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La généalogie de la logique Le statut de la passivité dans la phénoménologie de Husserl

éditeur : Vrin
catégorie : Sciences humaines et sociales > Philosophie
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délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

Le dévoilement de l’intentionnalité passive

La passivité a mauvaise réputation. À ce dénigrement général de l’opinion commune, la philosophie ne fait pas, pour une fois, exception. Elle en porte même le flambeau. L’histoire des systèmes philosophiques apparaît ainsi comme le récit univoque d’une dépréciation complète. La plupart des philosophes ne sont enclins à voir dans la passivité que la simple inertie matérielle, l’effet accidentel du sensible sur la vie de l’esprit qui, de son côté, demeure nécessairement pure vita activa. Depuis la condamnation platonicienne de la doctrine de Protagoras qui identifiait la science à la sensation et qui par là présupposait une totale équivalence entre passivité et savoir, pathos et épistémé, tous s’accordent communément à considérer les états passifs comme des obstacles matériels à la saisie de l’esprit par lui-même. N’est en cela digne d’intérêt que la toute puissante activité, même si elle n’est pour beaucoup véritablement effective et achevée qu’en Dieu seul, car comme l’affirme Aristote dans le De Anima??: «??toujours l’agent est d’une dignité supérieure au patient??» (III, 430a 18). Que ce soit du point de vue de la connaissance ou de la liberté, de la théorie ou de la pratique, l’activité représente toujours l’attitude la plus noble.

Dans cette longue histoire du mépris, rapidement esquissée, la pensée husserlienne est l’une des premières qui réserve un sort moins défavorable à la passivité. Elle essaie de trouver en elle une certaine positivité, voire une primauté. Par ce simple geste, elle nous est déjà précieuse. Pourtant la doctrine phénoménologique de la passivité n’est pas des plus aisées à comprendre. Son ambiguïté essentielle et ses difficultés internes pourraient même la condamner plus vite que ne l’auraient voulu ses détracteurs les plus zélés. Outre la difficulté du terme lui-même, sur laquelle nous reviendrons, se greffent d’autres problèmes relatifs à la délimitation de son rôle dans la pensée phénoménologique. Malgré les nombreux textes husserliens qui traitent de la passivité et de ses fonctions plurielles dans la constitution transcendantale, on ne peut dire d’eux qu’ils forment à strictement parler une doctrine unifiée, un corpus stable et univoque. Dans leur désordre parfois rebutant pour le chercheur, ils figurent plutôt une sorte de variation multiple autour des thèmes du «??passif??», de la «??passivité??», de la «??genèse passive??», dont malheureusement l’invariant eidétique ne nous est que rarement donné. Pour avancer dans cette forêt de signes et de mots, il est donc nécessaire de trouver une ligne directrice qui, comme dans ces dessins pour enfant, nous permette de passer successivement par tous les points éparpillés et de les rassembler ainsi en une progression unique qui donnera lieu à une représentation claire, à une figure cohérente. Mais quel chemin choisir??

Pour introduire le concept phénoménologique de «??passivité??», il n’est pas, selon nous, de meilleur fil conducteur pour l’analyse que la «??corrélation intentionnelle??», non seulement parce que l’intentionnalité représente l’axe fondamental de la pensée phénoménologique, mais aussi et surtout, et ce sera là le point central de notre lecture, parce que la passivité ne peut se comprendre en dehors de sa co-appartenance à une subjectivité constituante1. Prima facie, ce rapprochement peut sembler surprenant, voire paradoxal, étant donné l’opposition apparente du passif et de l’intentionnel. En tant qu’acte, l’intention paraît immédiatement contraire à la simple réceptivité de l’acte??: la passivité de l’affection. Pourtant, comme nous allons essayer de le montrer, c’est au cœur même de la relation constituante entre un acte subjectif et un objet visé que peut apparaître le sens véritable de ce que Husserl nomme la «??constitution passive??». Cependant ce dévoilement de l’ancrage de la passivité dans la vie intentionnelle de la conscience, pour capital qu’il soit, ne s’est pas fait de manière aisée. C’est qu’au tout début des recherches husserliennes il rencontre sur sa route deux obstacles principaux.

Premièrement celui lié à la conception traditionnelle (en un mot kantienne2) de la passivité comme pure receptivitas de la sensibilité, pur accueil de données sensibles sans autre lien entre elles que celui de leur simple coexistence dans la sensibilité. Est passif l’effet d’un acte sur le sujet, à savoir l’affection provoquée par une causalité qui n’est pas lui. Dans ce cas, la passivité s’identifie à la simple réception de données ou de liaisons pré-catégoriales toutes faites, au simple état de l’Erfahren. Comme le fait remarquer E.??Holenstein, on retrouve ici cette acception traditionnelle de la passivité surtout dans les «??phases pré-génétiques??»3 de la phénoménologie husserlienne. La passivité y est alors décrite comme le pâtir subjectif, à savoir le simple fait d’être affecté par des données impressionnelles qui excitent l’attention du moi et le poussent à se tourner vers elles.

Nous avons là le comportement de réagir à quelque chose, par quoi nous faisons l’expérience d’excitations, par quoi nous sommes motivés en un sens déterminé (…). Nous avons là, dans tous les cas, le fait de «??pâtir de la part de quelque chose??», le fait d’être déterminé passivement par quelque chose, et la réaction active, le passage à l’acte?; et cet acte a un but4.

Le second obstacle que la théorie de l’intentionnalité passive rencontre dans les premiers écrits husserliens tient à la nature particulière de la relation intentionnelle??: celle-ci, alors uniquement posée comme résultat d’un acte de conscience clair et distinct, immédiatement présent à lui-même dans la thématisation explicite, paraît exclure toute modalité passive d’accomplissement. Est intentionnelle une visée produite par la spontanéité active de la conscience. Sans anticiper sur la suite de nos analyses qui, dans l’étude de l’émergence du concept de «??synthèse passive??», reviendra plus précisément sur cette percée d’une activité subjective non-explicite, indiquons pour l’heure que l’intentionnalité telle qu’elle est encore présentée par Husserl dans les Recherches Logiques ne permet pas encore de penser la corrélation intentionnelle en dehors d’une activité réfléchie et thématisante. À ce stade de la pensée de Husserl, on doit constater que l’intentionnalité est le caractère des «??actes??»5 et d’eux seuls.

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Informations

Titre La généalogie de la logique - Le statut de la passivité dans la phénoménologie de Husserl
Auteur
Editeur Vrin
Langue FR
Date de publication 20/07/2000

Droits numériques

Ean EPUB 9782345000037
Type de protection Adobe DRM
Ean papier 9782711614325
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