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Journal d'une robe noire

éditeur : Textes Gais
catégories : Littérature érotique > Romans, Littérature érotique
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

1er septembre

Voilà. J'ai acheté ce cahier sur les conseils de mon psy. Il pense que ça me fera du bien de mettre des mots sur mes maux par écrit puisque je suis incapable de lui parler. Je suis dubitatif. Je ne vois pas bien comment un journal pourrait me permettre de recoller les morceaux de ma vie, les morceaux de moi. Ces pages blanches, vides, lisses, me donnent comme un vertige. Trop vides, comme mon avenir… ou trop plein des possibles. C'est peut-être ça qui me fait mal, qui me fait peur. Avec Jacques, j'avais l'impression que mon destin était écrit, ma vie était un livre, je n'avais plus qu'à la lire, tranquillement installé, à tourner les pages à mon rythme, sous son regard gris et bienveillant. C'était bien, rassurant. J'étais heureux.

Maintenant, tout a volé en éclats, et je reste là, les mains et le cœur vides, devant ces pages blanches. Je ne sais pas quoi faire de moi. De cette vie. De cette liberté toute neuve qui se profile dont je ne veux pas. Dont je n'ai jamais voulu. Tout ce que j’ai jamais demandé, c'est une main dans la mienne, pour m'accompagner le long du chemin. Comme la main de ma mère qui guidait mes premiers pas. Celle de papa qui m'apprenait à rouler sur mon premier vélo de grand, sans les roulettes. Celle de Théo, celle de Jacques. Où sont-elles aujourd'hui ces mains aimantes ? Disparues, évanouies dans le froid de l'oubli, ou en voie de l'être. Sauf mon Théo. Encore heureux !

J'avais sept ans quand je l'ai rencontré et ma vie venait de s'effondrer. Deux mois auparavant, je perdais mes parents dans un accident de voiture. Moi, j'ai survécu. À l'hôpital, quand je me suis réveillé, j'ai fait semblant de ne pas comprendre ce que l'on me disait. Mais je savais. Je savais que mon père et ma mère étaient morts. Je revoyais le corps de maman, visage ensanglanté, brisé, je le revois toujours, encore et encore, il hante mes rêves. Et mon père… Je savais qu'ils ne reviendraient plus. Jamais. Mais je refusais d'en parler, comme si admettre leur mort la rendrait plus réelle. Je restais là, bien sage sur mon lit d'hôpital, refusant de montrer mon chagrin, l'enfouissant au plus profond de moi. Je n'ai pas versé une larme ce jour-là ni les jours suivants, je n'ai pas parlé non plus. C'est là que je me suis forgé le visage que je montre au monde. Un Bastien lisse, impassible, silencieux. Un garçon discret.

Mon oncle et ma tante sont venus me chercher. J'allais vivre avec eux désormais, ils étaient ma seule famille. Jean était le frère aîné de papa. Beaucoup plus âgé, et si différent. Mon père était… avait été un jeune homme plein de vie, enjoué, dynamique, il avait tout juste trente-deux ans à sa mort. Avec maman, c'était un couple heureux, amoureux, ils étaient toujours en train de rire, de s'étreindre, de s'embrasser, de m'embrasser. J'étais leur petit trésor, le joli fruit de leur si bel amour.

Mon oncle avait quinze ans de plus. Il était vieux à mes yeux d'enfants, avec ses petites manies, son silence, ses pantoufles et son journal. Quant à sa femme… que dire ? Il n'y avait guère d'amour en elle, et le peu qu'elle avait avait déjà été attribué à son caniche nain, Joris, un nabot orange aux petits yeux noirs et méchants, qui regardait le monde autour de lui avec hostilité et méfiance. Le chien avait sa place dans leur maison, moi non. Je quittais Lyon pour ne plus jamais y revenir, sur la banquette en skaï caca d'oie de leur vieille 404, sans jeter un regard en arrière sur cette ville qui m'avait vu naître et grandir, enfermé dans mon silence. C'est ainsi que j'arrivais à Nice.

Petit garçon renfermé sur un cri immense, muet, ma première vision de la baie des Anges, sur un tournant de l'autoroute, parvint néanmoins à me toucher au cœur. Jamais je n'ai pu me défaire de cette première impression que je rentrais chez moi, que l'arrondi de cette baie m'était familier, que la mer scintillante, les collines du mont Boron, les montagnes bleutées à l'arrière-plan étaient gravées dans mon âme, inscrites dans mon sang depuis ma naissance. Jean et Henriette habitaient un appartement tristounet, encombré de meubles rustiques d'un goût douteux, Boulevard Gorbella. J'eus le droit de poser l'album photo, et la boite à musique de ma mère, qui constituaient mes seuls souvenirs de ma vie d'avant, dans la chambre d'ami, qui devint, par habitude, la mienne.

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Informations

Titre Journal d'une robe noire
Auteur
Editeur Textes Gais
Langue FR
Date de publication 23/06/2013

Droits numériques

Ean EPUB 9782363077165
Type de protection Digital watermarking
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