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Croiser n'est pas jouer

éditeur : Textes Gais
catégories : Littérature érotique > Romans, Littérature érotique
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

Fier comme Artaban

J’ai beaucoup de chance, j’habite aux Buttes-Chaumont. J’occupe en bordure du parc, un petit appartement bourgeois dans un immeuble haussmannien, rue Manin, dans le 19e arrondissement.J’ai toujours vécu à Paris dans un immeuble haussmannien. Au domicile parental, du côté de la Porte Dorée, où je fus condamné à une existence morne et étriquée, enfermée dans un étau, entre celle de Benjamin, mon frère aîné et celle de ma sœur cadette, la délicieuse Clarence, une existence d’un quart de siècle chez papa et maman à entasser des diplômes. Lorsque finalement, je me décidai à quitter ma prison dorée, j’avais déjà coiffé Sainte-Catherine ou presque, malgré le désir bien naturel de croiser la femme, qui d’un baiser, aurait délivré de son innocence, le garçon puceau que j’étais encore. Je m’installai alors, seul dans un logement de même style, rue du Faubourg-Montmartre, au tout début de ma fulgurante carrière au sein d’une radio communautaire à l’audience confidentielle.

Paris m’est toujours restée fidèle, les immeubles haussmanniens aussi. J’aime empoigner leurs lourdes portes-cochères qui s’ouvrent sur des halls d’entrée aux odeurs d’encaustique, leurs loges dont mon oreille s’est approprié les accents lusophones, les ascenseurs en bois enserrés dans des cages en fer forgé, et leur lente ascension où défilent les paliers aux portes vernies. Dans mon immeuble de la rue Manin, je passe plusieurs fois par jour sur le palier des Godefroy et de la famille Thibaud au 1er, sur celui des Cohen au 2d, avec sa poignée de porte allongée qui se différencie de toutes les autres et du dentiste, dont la porte est couverte d’une plaque dorée en son milieu, sur celui des Dutourd au 3e, gardé par un teckel nain qui braille à chacun de mes passages. À l’étage plus élevé, le mien que je partage avec les Lochzameur du Guilvinec, dont on chuchote qu’ils seraient en instance de divorce... Ma clef triture la serrure dans un bruit métallique désormais familier. Je pousse la porte, elle grince, je la referme, elle grince de nouveau, le parquet craque sous mes pas. Je pourrais aisément remédier à ces bruits parasites, mais tous ces bruits bizarrement me rassurent. J’aime mon appartement, petit nid douillet de 50 m2 au dernier étage, parce que précisément, il vit, il me parle, il me tient compagnie.

Cinq ans déjà que j’ai emménagé dans ce quartier attachant pour sa mixité sociale. Les bobos à l’aisance discrète côtoient ici des gens plus modestes, des juifs à kippa, des boubous africains et des foulards islamiques. Mais ce qui m’a décidé à m’enraciner dans le 19e, ce sont les espaces verts du parc des Buttes-Chaumont qui me permettent quelques oxygénations des plus exigeantes sur le plan sportif. Avec une arrivée au sommet à près de trente mètres d’altitude, selon le GPS de mon iPhone, l’ascension en petites foulées du temple de Sibylle se révèle plus efficace pour enrayer ma brioche naissante que les trente minutes de pédalo sur un vélo de salle, préconisées, graphique à l’appui, par le coach de mon club de fitness… Il est dix-huit heures quinze. « Ma chérie » m’attend quelque part dans un restaurant huppé des Ternes. Du moins, elle m’attendra vers 19H15, dans tout juste une heure. Ma chérie, c’est Christelle, ma copine depuis trois ans, presque ma compagne et moins que jamais ma femme.

On se connut au collège et elle m’avait un jour confié, entre deux cours dans les couloirs du bahut, regretter « mon look de gamin pas fini », rédhibitoire pour un hypothétique « mariage » (un gros mot qui résonna en moi comme le scatologique pipi, caca…). Qu’importait ! Le simple fait qu’elle ait pu s’imaginer au dodo à mes côtés avait pour le coup ravigoté le petit mâle qui sommeillait en moi. On s’était ensuite suivi au lycée, puis on s’était perdu de vue. Chacun avait expérimenté ses aventures amoureuses propres, propos sibyllins pour désigner des « plans culs » sans lendemain, plus en phase avec la réalité de nos expériences de jeunes adultes... Nous sommes en couple depuis trois ans, mais en couple à mi-temps. Christelle est ma compagne depuis que l’on s’était revu tout à fait par hasard lors d’une réunion de travail où elle se présenta comme agent évènementiel. D’abord dubitatif, j’avais froncé les sourcils avant de reconnaître la fille à frange et à nattes de l’époque du collège, la seule image de Christelle, qui avec le temps, s’était gravée sur le disque dur de ma mémoire. Le coup de foudre tardif ne fut pas immédiat. Pourtant, la joie de revoir la seule copine de classe qui ait pris la peine d’écouter et de comprendre l’adolescent renfrogné et timide que j’étais, m’avait ému au plus haut point. En même temps, elle avait rempli mon cœur d’autant de petits cœurs que le gros pouvait en contenir. Nous avions convenu de nous revoir au plus tôt. Ce fut acté autour d’un café à Saint-Germain-des-Prés, dans le brouhaha du boulevard et le bruissement des âmes attablées en terrasse. Comme Christelle semblait aussi enthousiaste et libre de tout engagement que moi, nous nous étions rapidement retrouvés sous la couette, à partager dans un grand bonheur nos ADN les plus intimes. Je déteste le terme « ma chérie ». Pourtant je l’utilise à tout bout de champ, devant elle, avec mes amis, ou lorsque je parle d’elle à ma famille. Le possessif « ma » me gêne, car Christelle ne m’appartient pas, pas plus je ne lui appartiens. Je suis libre et je lui laisse l’autonomie nécessaire qui évite la routine des échanges quotidiens. Elle n’en abuse pas. Chacun a conservé son appartement. Nous nous retrouvons chez l’un ou chez l’autre, autour de plats simples chez moi, à la table d’un grand chef, chez elle, en tête à tête, ou en compagnie de nos amis respectifs. J’apprécie ces dîners presque parfaits, dans la mesure où je peux ensuite m’isoler pour me retrouver seul avec mes angoisses et faire le point sur les vicissitudes de l’existence. On appelle ça : se ressourcer.

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Informations

Titre Croiser n'est pas jouer
Auteur
Editeur Textes Gais
Langue FR
Date de publication 15/06/2014

Droits numériques

Ean EPUB 9782363079770
Type de protection Digital watermarking
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