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Les filles du Déluge

éditeur : Tabou éditions
catégorie : Littérature érotique > Romans
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

L’Image mirée de soi 1

J’ai cinquante-trois ans et j’enseigne la littérature contemporaine dans une université française. Je suis le père (divorcé) d’un adolescent et j’ai la chance d’aimer une compagne (et d’être aimé d’elle) que je veille à protéger de la rumeur et des railleries à la fois mesquines et stupides: d’une part, notre intimité ne regarde que nous; d’autre part, la société dans laquelle nous vivons s’arrange du fétichisme et du sadomasochisme quand ils relèvent de la mode et du « porno chic » mais demeure, notamment dans la sphère professionnelle, crispée visà- vis de ces pratiques. J’accepte de payer ma transparence (relative) au prix fort, celui d’une carrière arrêtée, bloquée, stoppée, attendu que l’institution à laquelle j’appartiens considère que mes travaux et mes publications consacrés depuis 10 ans aux représentations du corps, des sexualités et des genres dans les arts et la littérature sont au mieux « périphériques », au pire « originaux » (c’est-à-dire « pas sérieux »). Je m’interdis néanmoins d’exposer mes proches.

Voilà une trentaine d’années que j’ai pris cons - cience de mes fantasmes, c’est-à-dire que j’ai accepté de les regarder en face sans en avoir honte. Depuis la fin des années 70, j’explore donc ce qu’il est convenu d’appeler la sexualité SM, même si cette terminologie est sujette à bien des confusions et des approximations. Cette découverte m’a d’abord fourni l’occasion d’escapades particulièrement jouissives (la transgression augmentant le plaisir dispensé). Pendant longtemps, je me suis contenté d’étreintes furtives avec des partenaires souscrivant à ces passages à l’acte, de liaisons brèves mais intenses, de séances tarifées avec des soumises prostituées (dès l’époque du Minitel, il a été facile d’en trouver à Paris). Depuis une décennie, je considère ne plus avoir à dissimuler mon orientation sexuelle. Je l’assume pleinement (sans prosélytisme), ce qui me conduit à ne m’intéresser qu’à des femmes susceptibles de « rentrer » durablement dans mon univers fantasmatique. Celle qui est aujourd’hui dans ma vie partage librement cette sexualité.

Je me garderai de généraliser. Du coup, je n’érigerai pas mes désirs en normes : ce qui m’excite n’est pas forcément de nature à échauffer tel (le) ou tel (le) autre. De même que l’hétérosexualité conventionnelle n’a pas pour corollaire que ses « sectateurs » fassent pareillement l’amour, une orientation sexuelle SM n’exige pas qu’elle soit vécue selon une seule modalité.

Je me définis comme un sujet dominant (beaucoup voudront mettre une majuscule à ce qualificatif, pas moi, je n’aime pas l’emphase et je prise davantage le souci que l’estime de soi2 ; plusieurs préféreront recourir au vocable de maître). En vertu d’une trame « narrative » qui fait de ma partenaire ma soumise, mon esclave, mon objet sexuel, je suis celui qui dirige et met en scène nos ébats. Les personnes curieuses d’en savoir plus se reporteront à ces récits littéraires (Histoire d’O de Pauline Réage et L’Image de Jeanne de Berg) qui, en la matière, font figure de classiques: le factuel de mes amours n’a pas valeur d’exemple, à moins de verser dans l’exhibitionnisme et de vouloir flatter le voyeurisme de la société de l’information, ce dont je me garde.

En revanche, il convient de poser que cette sexualité implique le consentement et le respect mutuels. Cela peut surprendre mais ma compagne ne vit rien de ce qu’elle ne veut pas subir. Mon rôle au sein de notre couple correspond à celui du sujet sadomasochique (pour reprendre Gilles Deleuze3). Fort heureusement, je ne suis pas sadique: je ne suis le dominant et le maître que parce que ma soumise me reconnaît cette place; à bien des égards, c’est elle qui m’instrumente (même si en apparence c’est moi qui la réifie). Je déconseille à toutes et à tous de croiser la route d’un(e) sadique, au sens clinique, car ces individus ne se préoccupent pas du plaisir ni du bien-être ni de la sécurité de l’autre (leur profil est psychotique).

1. Ce texte a été initialement publié en ligne le 30 juillet 2009 sur le site de Rue69: http://www.rue89.com/rue69?page=0%2C1#.

Il est repris dans ce livre avec l’autorisation de l’équipe de Rue69/Rue89 (que je remercie avec une mention spéciale pour Camille).

2. Je lis avec passion Michel Foucault ; je me méfie de la « fierté » surdéterminée par la société des écrans.

3. Se reporter à Gilles Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, avec le texte intégral de La Vénus à la fourrure, Paris, Éditions de Minuit, 1967.

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Informations

Titre Les filles du Déluge
Auteur
Editeur Tabou éditions
Langue FR
Date de publication 02/09/2016

Droits numériques

Ean EPUB 9782363265654
Type de protection Adobe DRM
Ean PDF 9782363265401
Type de protection Adobe DRM
Ean papier 9782915635706
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