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Amour-des-femmes

éditeur : Editions le Mono
catégorie : Romans et nouvelles
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Préface

L’horreur la confusion, le meurtrier isolé de ses camarades, tout cela était fini avant mon arrivée. Il ne restait, dans la cour du quartier, que du sang d’homme par terre, qui criait du sol. Le chaud soleil l’avait réduit à une pellicule noirâtre, pas plus épaisse qu’une feuille d’or battu, qui se craquelait en losange, sous la chaleur ; et, comme le vent se levait, chaque losange, se soulevant un peu, frisait aux bords comme une langue muette. Puis une rafale plus forte balaya tout en grains de poussière sombre. Il faisait trop chaud pour rester au soleil avant l’heure du déjeuner. Les hommes étaient dans les casernes, en train de causer de l’affaire. Dans le quartier des ménages, un groupe de femmes de soldats stationnait à l’une des entrées, tandis qu’à l’intérieur une voix de folie s’étranglait en vilains mots orduriers.

Un sergent tranquille, de conduite irréprochable, venait d’abattre d’un coup de feu, en plein jour, juste après l’exercice du matin, un de ses propres caporaux, puis était rentré dans sa chambre et s’était assis sur un lit, en attendant que la garde vînt le chercher. Il s’ensuivait qu’on le traduirait en temps voulu devant le Conseil de Guerre pour le procès. En outre, mais c’est là plus qu’on n’eût pu lui demander de prévoir dans son plan de vengeance, il allait affreusement bouleverser mon travail ; car le compte rendu de la cause devait m’échoir, sans recours. Ce qu’il serait, ce procès, je le savais d’avance jusqu’à la lassitude. Il y aurait le fusil qu’on aurait pris soin de ne pas nettoyer, souillé de taches au canon et à la culasse, sur lequel viendraient prêter serment une demi-douzaine de témoins militaires et superflus ; il y aurait la chaleur, la buée étouffante, qui font glisser et chavirer le crayon humide entre les doigts ; et le punkah ferait son bruit monotone, et les plaideurs jacasseraient sous les verandahs, et le capitaine de l’accusé apporterait des certificats de moralité à l’actif du prisonnier, tandis que le jury soufflerait et que les effets de toiles des témoins jetteraient une odeur de teinture et de potasse. Puis, quelque abject balayeur de chambrée perdrait la tête au cours de l’interrogatoire, et le jeune avocat, qui plaide toujours les causes militaires en vue du crédit qu’elles ne lui apportent jamais, dirait et ferait des choses étonnantes, après quoi il s’en prendrait à moi de n’avoir pas transcrit ses paroles avec exactitude. Enfin, car on ne le pendrait certainement pas, je retrouverais peut-être l’accusé, en train de quadriller des bordereaux en blanc dans la prison Centrale, et lui relèverais le moral avec l’espoir d’une place de chiourme aux Andamans.

Le code pénal indien et ses interprètes ne traitent pas le meurtre en plaisanterie, à quelque provocation qu’ait obéi le meurtrier. Le sergent Raines, à mon avis, aurait beaucoup de chance s’il s’en tirait avec sept ans. Il avait passé la nuit entière à cuver l’injure, et tué son homme à vingt mètres avant aucun échange de paroles possible. J’en savais assez là-dessus. À moins donc qu’on ne fit un brin de toilette à la cause, sept ans seraient le maximum ; et, à mon idée, il se trouverait excessivement à propos pour le sergent Raines de s’être fait aimer dans sa compagnie.

Ce même soir — il n’y a pas de jour plus long que le jour d’un meurtre — je rencontrai Ortheris avec les chiens, et il entra de suite, avec un air de défi, dans le vif du sujet.

— Je serai témoin, dit-il. J’étais sous la verandah quand Mackie est arrivé. Il venait de chez Mrs. Raines. Quigley, Parson et Trot, ils étaient, eux, dans l’autre verandah ; ils n’ont rien pu entendre. Le sergent Raines me parlait sous la verandah et voilà Mackie, qui s’amène dans la cour et qui dit : « Eh bien, » qu’il dit, « il tient encore, votre casque, sergent ? »

En entendant ça, voilà Raines qui reprend sa respiration et qui dit : « Nom de Dieu, j’peux pas souffrir ça ! » qu’il dit, et il attrape mon fusil et tue Mackie. Compris ?

— Mais qu’est-ce que vous faisiez avec votre fusil sous la verandah extérieure, une heure après l’exercice ?

— Nettoyage, dit Ortheris, en me fixant du regard de plomb, opaque et intraitable dont il accompagnait ses mensonges de choix. Il aurait tout aussi bien pu dire qu’il dansait tout nu, car en aucun temps son fusil n’avait réclamé curette ou chiffon vingt minutes après l’exercice. Le Conseil, toutefois, ignorerait sa routine.

— Et vous allez vous tenir à cela… sur le Livre ? demandai-je.

— Oui. Comme une sacrée sangsue.

— Très bien, je n’ai pas besoin d’en savoir plus long. Rappelez-vous seulement que Quigley, Parson et Trot n’ont pas pu se trouver où vous dites sans entendre quelque chose ; et que, pour sûr, il devait y avoir, à ce moment, dans la cour quelque balayeur du quartier à se promener, par là. Il y en a toujours.

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Informations

Titre Amour-des-femmes
Auteur
Editeur Editions le Mono
Langue FR
Date de publication 03/07/2016

Droits numériques

Ean EPUB 9782366591422
Type de protection Adobe DRM
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