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Créatures celtiques

éditeur : Locus Solus
catégorie : Fiction > Contes, Fables et Mythologie
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Bretagne

La pierre magique

Noela se tordait de douleur, les mains couvertes de sang, quand un automobiliste s’arrêta pour la secourir. Il l’emmena aux urgences. À son arrivée, elle se débattait et hurlait à qui voulait bien l’entendre qu’un Korrigan l’avait attaquée. Pour calmer son agitation, on lui administra un sédatif et elle partit rapidement au bloc opératoire.

Au vu du caractère particulier de sa blessure, les urgentistes contactèrent immédiatement la police municipale. Quand ils arrivèrent, les gendarmes auditionnèrent en premier le conducteur qui l’avait secourue. L’homme, toujours sous le choc, raconta : « La pauvre femme titubait sur la route. J’ai cru qu’elle avait trop bu. Mais en garant ma voiture près d’elle, j’ai vu le sang qui coulait de son visage. Je l’ai tout de suite fait monter dans la voiture et j’ai foncé jusqu’ici. Je ne comprends pas ce qui lui est arrivé. Il… il lui manquait un œil ! »

Quand le chirurgien sortit de la salle d’opération, il fut interrogé à son tour : « Le nerf optique de l’œil droit a été sectionné par un objet extrêmement tranchant. Le globe oculaire a été retiré de son orbite aussi proprement que si un chirurgien avait procédé à l’opération. Il me paraît improbable que la patiente ait pu s’infliger une telle souffrance. J’en conclus que cette femme a été agressée. »

Après l’opération, Noela resta plus de six heures en salle de réanimation avec une intraveineuse de morphine afin d’atténuer sa douleur. Hélas, les effets secondaires provoqués par ce dérivé de l’opium étaient pour elle bien pires que la souffrance physique qu’elle endurait. Ce médicament provoquait chez elle des hallucinations terribles, elle voyait notamment au pied de son lit une Korrigane en train de jongler avec des globes oculaires !

Le lendemain, elle fut transférée dans une chambre individuelle où l’attendaient sa fille et son mari encore sous le choc, ainsi qu’un gendarme venu prendre sa déposition. Ce dernier s’adressa à elle en premier :

— Madame Le Dall, avez-vous vu votre agresseur ?

— C’était une femme…

— Pouvez-vous m’en dire un peu plus ? l’encouragea le policier en prenant des notes sur un carnet.

— Elle était petite, les oreilles pointues et des griffes à la place des doigts. Elle s’est jetée sur moi et m’a arraché l’œil d’un coup sec ! J’ai senti une douleur violente et tout est devenu rouge…

— Des griffes ? répéta le policier en griffonnant sur son carnet.

— Oui. Ses ongles étaient longs comme des griffes de chat. C’était une Korrigane.

— Comme dans les légendes bretonnes ? dit-il, un peu désabusé.

— Oui... Je sais, c’est fou ! Et personne ne peut témoigner de ce que j’ai vu.

Noela sentit son cœur s’accélérer dans sa poitrine. Elle se demanda comment elle avait trouvé le courage de raconter tout cela à haute voix.

— Madame, les Korrigans n’existent pas. Se pourrait-il que ce soit une femme de petite taille qui se serait déguisée ?

— Non ! hurla-t-elle avant de poursuivre plus calmement. Elle ne portait pas de déguisement, reprit Noela à voix basse en se remémorant avec tristesse son pauvre grand-père que toute sa famille surnommait le barjot.

Le policier demanda à son mari de l’accompagner dans le couloir. En refermant la porte, il s’adressa à lui sans détour :

— Est-ce que votre épouse a déjà tenu ce genre de propos ?

— Pas du tout. C’est la première fois ! gémit-il en se laissant tomber sur une chaise.

— Y a-t-il, dans la famille de votre femme, d’autres cas de démence ?

— Et bien… Son grand-père racontait tout le temps que les Korrigans l’avaient kidnappé, répondit-il un peu gêné.

La vie de Noela Le Dall bascula un soir de pleine lune, quelques semaines avant son agression. Elle avait l’habitude d’aller courir en fin d’après-midi, à l’heure où la lande plongeait dans un demi-sommeil au doux parfum de bruyère et d’ajonc en fleur.

Ce jour-là, son esprit était bercé par le fracas des vagues s’écrasant contre les falaises de Plouha quand le cri d’une femme la tira de sa rêverie. En l’entendant, Noela sentit son cœur s’emballer et tous ses sens se mettre en alerte. Un autre hurlement la guida vers un rocher aussi grand qu’un menhir. Elle s’avança lentement, sans écouter son instinct qui lui ordonnait de prendre la fuite. Elle contourna le rocher et découvrit dans la pénombre de la nuit tombante une étrange petite femme couchée sur le dos dans l’herbe qui serrait contre elle un bébé emmailloté de vieux tissus. L’inconnue la regarda et murmura : « Aidez-moi… »

Noela s’agenouilla et la rassura en lui caressant la joue. Elle lui demanda si elle voulait qu’elle aille chercher de l’aide. Mais l’étrange petite femme refusa et lui tendit une pochette en velours. Noela l’ouvrit et en sortit une pierre blanche sur laquelle la lumière de la lune traçait de jolis reflets argentés.

— Il faut frotter les yeux de mon enfant avec ceci, demanda la mère d’une voix râpeuse en lui confiant son nouveau-né.

Noela prit délicatement l’enfant dans ses bras. Ce dernier était pourvu d’étranges oreilles pointues un peu velues qui lui rappelèrent brutalement les histoires sur les Korrigans que lui racontait son grand-père : « Ils sont laids avec leurs oreilles pointues. Si un jour tu en croises un, ne lui fais jamais confiance ! » Noela faillit lâcher l’enfant, mais la mère lui lança un regard si pénétrant qu’elle préféra s’exécuter sans réfléchir. Elle dirigea la pierre vers les yeux du bébé qui dormait paisiblement en se demandant quel pouvoir magique elle pouvait conférer. Après en avoir frotté doucement les paupières du nourrisson, elle profita du moment où la petite femme tentait de se relever pour passer rapidement la pierre sur son œil droit. Après tout, se dit-elle, si cela doit être bénéfique à l’enfant, autant que cela me serve également. Puis elle la replaça dans sa pochette en velours et la rendit à sa propriétaire. Noela déposa ensuite le bébé dans les bras de sa mère et lui proposa de la raccompagner chez elle, mais l’étrange petite femme refusa énergiquement :

— Je suis déjà chez moi. Je te remercie de ton aide.

Sur ces mots, elle disparut dans la nuit en laissant Noela seule au milieu de la lande qui resta quelques instants à scruter le paysage, immobile, sans comprendre ce qu’il venait de se passer.

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Titre Créatures celtiques
Auteur
Editeur Locus Solus
Langue FR
Date de publication 19/05/2017

Droits numériques

Ean EPUB 9782368331620
Type de protection Digital watermarking
Ean papier 9782368331613
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