chargement

Essai sur le postcolonialisme en tant que code de l'inégalité

éditeur : Coédition NENA/Éditions Clé
catégorie : Économie > Economie internationale
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

EPUB

Digital watermarking
18,99 €
Lecture multi-support

Résumé

Extrait

Une nouvelle vision du monde veut insérer l’Afrique dans la mondialisation autour des concepts de Paix, de Droit et de Commerce. Cela ressort de l’examen des textes qui encadrent aussi bien l’ajustement structurel que la « stratégie de développement » appelé « nouveau partenariat ». Pensée consciemment, cette conception structurée du monde se donne toutefois dans sa nue réalité comme une alternative hégémonique non négociable : s’ajuster ou périr. La question du droit y est essentiellement performative et idéologique, car le droit des gens s’y exprime de façon liminale soit sous la forme de la « charité paternaliste » soit sous la figure de la « guerre juste ».

Le but de cette alternative est néanmoins à double détente. D’une part, il s’agit de stériliser l’ordre politique en neutralisant tout projet autre que celui qui veut universaliser le libre-échange. Aussi la démocratie libérale (« pacifiée » ou « apaisée », nous dit-on !) tout comme la morale des droits imprescriptibles de la personne y sont-elles instrumentalisées. Depuis la fin des années 70, un discours académique a annoncé et accompagné la rhétorique institutionnelle sur notre insertion dans l’actuel ordre du monde. Un exemple suffira ici : pour hâter l’alternance dans nos pays en faveur des ultralibéraux, Achille Mbembe propose ainsi aux forces de l’opposition (entre autres mesures) « une utilisation habile et une instrumentalisation du nouveau lexique international (lutte contre la corruption, transparence, État de droit, bonne gouvernance ». En tant qu’elles sont des « conditionnalités » pour l’ouverture à l’ordre capitaliste du monde, ces nouvelles normes sont de fait réduites au rôle ancillaire de moyens pour ouvrir des marchés. D’autre part, il s’agit de fracturer et de casser l’ordre social en créant des êtres « superflus » ou des « encombrements humains » devant servir soit de main-d’œuvre « peu chère » et « bien formée » (selon le vœu du même Achille Mbembe3) soit de force de travail « surnuméraire » – une « armée de réserve » excédentaire sur le « marché universel » – mais sédentarisée dans un « espace social domestique où pourront s’accentuer la domination et l’exploitation ». C’est pourquoi est théorisée la nécessité de mettre fin à toute forme d’exit option, de fuite ou d’escapade de l’exploitation économique et de la domination politique. Car il faut que les travailleurs africains soient empêchés de fuir leur exploitation, notamment par des transnationales délocalisées dans des « zones franches », dans des « comptoirs » et dans des « États entrepôts ». Assignés à résidence, ils doivent néanmoins y rester disponibles – « en jachère » – pour entrer dans le cycle de l’exploitation à tout moment qui sera jugé propice. C’est ce qui explique d’un côté leur cantonnement dans un espace régional de libre-échange en cours de négociation entre l’Europe et l’Afrique et de l’autre la criminalisation de l’émigration africaine au cœur de la récente codification du « droit de réadmission » des immigrants africains non « choisis ». Ces hommes « jetés » ou « jetables » peuvent aussi être voués à une violence ou à une élimination non fonctionnelles puisqu’ils sont abandonnés à leur sort, c’est-à-dire aux catastrophes naturelles, aux pandémies, aux génocides, aux guerres, etc. De tels faits, au contraire du discours rédempteur du libéralisme, montrent une incapacité du capital à faire face aux coûts financiers, sécuritaires, idéologiques et politiques d’un processus d’accumulation véritablement mondialisé.

Du point de vue de la méthode, l’objet de ce travail veut examiner le droit des gens lorsqu’il prend la forme d’un discours administratif public, collectif, apparemment aseptisé et neutre de diverses institutions internationales qui parlent de la mondialisation en direction de l’Afrique6. Ce discours public sur l’ajustement de l’Afrique à la mondialisation se trouve dans des traités, des « accords de partenariats », notamment ceux qui lient l’Union européenne et ses États « associés » d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, les rapports des institutions internationales (le FMI, La Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce), le texte Notre intérêt commun de la Commission pour l’Afrique initiée par Tony Blair et Gordon Brown, le texte Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique de l’Union africaine (The New Partnership for Africa’s Development7, plus connu sous l’acronyme NEPAD), le Rapport Berg8, le discours partenarial suédois, japonais, américain (African Growth Opportunity Act ou AGOA), allemand9. Le paternalisme reste l’approche intellectuelle générale : la France et la Grande-Bretagne veulent parler non avec l’Afrique (comme le veulent les Allemands avec leur Partnerschaft mit Afrika) mais pour et à la place de l’Afrique10.

Notre acceptation docile du « verrou idéologique » du « Consensus de Washington », voire notre inaction et notre passivité intellectuelle et diplomatique sont encore telles aujourd’hui que d’autres se donnent, plus de cinquante ans après que Césaire l’a dénoncé, « délégation pour penser pour nous ; délégation pour chercher pour nous […] l’habitude de faire pour nous, l’habitude de disposer pour nous, l’habitude de penser pour nous, bref l’habitude de nous contester [le] droit à l’initiative »

Lire la suite...

Commentaires des lecteurs

9782370150233
- / 5
  5
  4
  3
  2
  1

Informations

Titre Essai sur le postcolonialisme en tant que code de l'inégalité
Auteur
Editeur Coédition NENA/Éditions Clé
Langue FR
Date de publication 01/01/2013

Droits numériques

Ean EPUB 9782370150233
Type de protection Digital watermarking
Haut