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Kondo, le requin

éditeur : Coédition NENA/Éditions Clé
catégorie : Poésie, Théâtre et Correspondance > Théâtre
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

ACTE I

SCENE PREMIERE

(Dans la salle d’audience du palais du roi Glélé, Bayol et Béraud, deux Blancs, sont assis dans un angle sur des tabourets. Dans le fond, entourant un siège en bois sculpté, des princes et des princesses, l’air indifférent ou soupçonneux)

BAYOL : Eh bien ! Béraud, as-tu vu ces crânes humains pourrissant au-dessus des murs ? N’es-tu pas écœuré de la puanteur qui s’exhale des fossés remplis de cadavres ? N’entends-tu pas toujours le tapage des corbeaux et des vautours se disputant les lambeaux ?

BERAUD : Nous venons en effet de traverser la célèbre Place d’Adjahi où se font les sacrifices humains. On y dresse une estrade d’où l’on précipite les victimes et au pied de laquelle se tient le Migan qui tranche les têtes.

BAYOL : Tais-toi. Ces horreurs me rendent malade. Nous y mettrons fin.

BERAUD : Pourquoi te laisser troubler à ce point ? Dans leurs traditions, les Noirs accordent une valeur éminente au sang et…

BAYOL : Ton attitude m’étonne, Béraud. Tu sembles estimer ces gens alors que nous sommes en danger.

BERAUD : Les Danhoméens sont courtois et notre vie n’est nullement menacée. J’essaie de les comprendre.

BAYOL : Soit ! Et maintenant que nous voici dans ce palais de Singbodji, crois-tu qu’il s’agisse d’une audience ? Et que mon insistance a pu fléchir ces hôtes bizarres ? Et que le roi Glélé accepte enfin de me recevoir depuis quarante jours que j’attends ?

Oser traiter de la sorte l’envoyé du président de la République Française ! Quelle plaisanterie que la célèbre hospitalité du roi d’Abomey !

BERAUD : Une autre chose m’inquiète plutôt. On dit Sa Majesté gravement malade et l’issue fatale peut survenir avant peu.

BAYOL : Est-ce la cause de l’hostilité de ces Nègres ? Ne m’accuseront-ils pas d’avoir provoqué par des maléfices la maladie de leur vieux roi décrépit ? Eux d’ordinaire si bruyants, vois comme ils se taisent et me toisent. Ils ont besoin d’être civilisés.

BERAUD : Parle bas et dissimule ton ressentiment. J’ai appris que tes cadeaux ont déçu le roi Glélé. Les princes disent que tu t’es moqué de lui, le maître de l’univers, en lui apportant des chaussettes de laine, des parapluies, un bonnet d’astrakan, une boite à musique, un casque de dragon et quelques bouteilles de liqueur. Ils te considèrent plutôt comme un quémandeur, d’où leur attitude méprisante.

BAYOL : Pour qui se prennent-ils ? Je ne traiterai pas d’égal à égal avec des barbares avides de sang. J’exposerai fermement les buts de ma mission. Après, je ne resterai pas un jour de plus dans Abomey.

BERAUD : Attention ! Le roi revient.

(Les princes se lèvent; Kondo, le futur Gbêhanzin vêtu d’un pagne de velours et d’un boubou blanc s’avance à pas majestueux, l’air grave et va s’assoir. Les assistants noirs se prosternent et demeurent agenouillés. Ne voyant pas le roi, Bayol reste assis. Béraud se lève).

BERAUD : Lève-toi donc!

BAYOL : Mais ce n’est pas le roi Glélé.

BERAUD : C’est tout comme. Voici Kondo, l’héritier présomptif, le Vidaho.

(Bayol s’avance, tend la main à Kondo qui ne le regarde pas. Confus, Bayol revient s’asseoir. Kondo fait un signe à Mèhou qui se prosterne encore et parle enfin).

MEHOU : Hôte blanc, en ma qualité de ministre des Affaires étrangères et au nom de Sa Majesté, je vous ai fort bien accueilli. Mais depuis bientôt deux lunes le roi est souffrant. Quand le soleil du Danhomè se couvre de nuages, nos langues devraient uniquement formuler des vœux de guérison et implorer la faveur des Vodouns. Cependant le Vidaho lui-même accepte de vous écouter.

(Bayol se lève, tend encore machinalement la main à Kondo, mais celui-ci l’ignore. Perplexe, Bayol tourne vers Béraud).

BERAUD : Il se croit le descendant d’une panthère et ne veut pas se déshonorer en serrant la main à homme.

BAYOL : (Enervé) - Que de prétention ! ... (Parlant à Kondo). Monsieur le Prince héritier ! Vous savez que la France protège Toffa, roi de Porto-Novo. Depuis longtemps notre ami se plaint des méfaits d’Abomey. Vous avez pillé plusieurs de ses villages. Il faut le laisser en paix car attaquer notre protégé c’est nous offenser et cela peut être un cas de guerre.

MEHOU : Votre honneur ne peut s’abaisser à parler à haute voix devant des étrangers. Chuchotez vos réponses et je les transmettrai.

KONDO : (A demi souriant) Non, Mèhou. Ma volonté ne diffère point de celle de mon glorieux père. Et ma propre voix l’exprimera. (Se tournant vers Bayol). Etranger blanc ! Au sujet de nos frères de Hogbonou que vous appelez Porto-Novo, rassurez-vous. Tôt ou tard nous nous entendrons car les nombrils de nos ancêtres ont été enterrés dans le même coin d’AdjaTado.

BAYOL : J’en prends acte avec plaisir. D’autre part, le roi Glélé (les assistants se prosternent ; geste de surprise de Bayol) a signé deux traités accordant à la France des droits sur le territoire de Koutonou. J’en veux une confirmation car vos représentants à Ouidah les contestent. Des bandes de Danhoméens ont attaqué de paisibles populations placées sous notre protectorat. Nous avons vu ici même égorger sauvagement les prisonniers. Le dernier but de ma mission est d’obtenir au nom des droits de l’homme que vous cessiez les sacrifices humains que condamnent toutes les nations civilisées.

KONDO : : (A un haut le corps et redresse la tête). Vous manifestez une prétention inimaginable en considérant Koutonou comme propriété de la France. N’étaient la maladie de mon vénérable père et ses recommandations expresses de vous ménager, je vous renverrais tout de suite d’Abomey. Je suis trop bon de discuter avec quelqu’un qui insulte mes ancêtres et critique les sacrifices qu’on leur offre. Vous, Bayol, vous avez trompé mon père, par deux fois. Comment pouvez-vous penser qu’un descendant de Houégbadja peut violer la loi qui cimente le Danhomè et céder un pouce de son territoire ? C’est un cœur de panthère souveraine et non celui d’un marchand cupide qui bat dans ma poitrine.

BAYOL : Plaît-il ? Remettez-vous en cause des traités régulièrement signés avec le président de la République Française ?

KONDO : Vous avez abusé de notre bonne foi. Est-ce pour nous déposséder que votre président nous a envoyé ces cadeaux ridicules ? Votre président, comme vous dites, ne vaut sûrement pas un roitelet de nos contrées puisqu’il ignore les bons usages. Pour récompenser le moindre de ses esclaves, mon père lui donne, au bas mot, une femme, une filière de cauris, sans compter d’autres choses utiles.

BAYOL : Là n’est pas la question. Reconnaissez-vous les droits de la France ?

KONDO : (Furieux) Au nom de quoi, de qui, un étranger ose-t-il parler aux descendants de Houégbadja de droits sur le Danhomè ? Sous prétexte de commerce, vous en voulez donc à notre terre ? Je ne puis en entendre davantage. Le roi, mon père, écrira à votre président et vous contresignerez la lettre. Voilà mon dernier mot

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Informations

Titre Kondo, le requin
Auteur
Editeur Coédition NENA/Éditions Clé
Langue FR
Date de publication 01/01/2013

Droits numériques

Ean EPUB 9782370150271
Type de protection Digital watermarking
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