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Au delà du capitalisme sénile - Pour un XXIe siècle non américain

éditeur : NENA
catégorie : Économie > Economie générale
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Résumé

Extrait

Préliminaire

1. Le discours du néo-libéralisme triomphant et la mise en œuvre de ses recettes au cours des deux dernières décennies du XXe siècle ont désormais du plomb dans l’aile. Le très large ralliement des opinions majoritaires, y compris à gauche, amplifié par l’effondrement du mythe soviétique qui paraissait constituer la seule alternative crédible pendant une bonne partie du siècle dernier puis par l’extinction des feux du maoïsme, s’est érodé en quelques années.

Le libéralisme renouvelé avait promis la prospérité pour tous ou presque, la paix (après la guerre froide) et la démocratie. Et beaucoup y avaient cru. Ce n’est plus le cas. Les voix de ceux qui ont compris que ses recettes ne pouvaient produire qu’un approfondissement de la crise de l’accumulation, générant par-là même une dégradation des conditions sociales pour la grande majorité des peuples et des classes travailleuses sont toujours plus et mieux entendues. La militarisation de l’ordre mondial, désormais à l’ordre du jour, non pas depuis les attentats du 11 septembre 2001, mais dès la guerre du Golfe (1991), a fait partir en fumée les promesses de paix. La démocratie piétine ici, recule là, est menacée partout.

Les thèses que je développerai dans les pages qui suivent ne se donnent pas pour objectif principal une explication de ces faits qui démentent les promesses sans fondements du libéralisme. Allant plus loin elles invitent à ouvrir le débat sur l’avenir du système capitaliste mondial. Les faits en question sont-ils seulement des phénomènes « provisoires » comme le prétendent les inconditionnels du capitalisme qui devrait s’ouvrir – au-delà des affres d’une transition difficile – sur une nouvelle période d’expansion et de prospérité? Ou bien (et c’est ma thèse) ils sont des indices de sénilité de ce système, dont le dépassement est de ce fait un impératif pour la survie de la civilisation humaine.

2. Les analyses qui suivent sont fondées sur une théorie du capitalisme, de sa dimension mondiale et plus généralement de la dynamique de la transformation des sociétés dont je crois nécessaire de rappeler les quatre thèses centrales qui sont :

(i) La centralité de l'aliénation économiste qui caractérise le capitalisme, faisant contraste avec à la fois ce que furent les sociétés antérieures et ce que pourrait être une société post capitaliste. J'entends par cette aliénation le fait que le moyen (l'économie en général, l'accumulation capitaliste en particulier) soit devenu une fin en soi, dominant l'ensemble des processus de la vie sociale et s'imposant comme une force objective extérieure à celle-ci.

(ii) La centralité de la polarisation produite par la mondialisation du capitalisme. J'entends par-là l'approfondissement continue de l'écart - en termes de niveaux de développement matériel - entre les centres du système mondial capitaliste et ses périphéries. Il s'agit là encore d'un phénomène nouveau dans l'histoire de l'humanité, l'ampleur de cet écart étant devenue en deux siècles sans commune mesure avec ce que l'humanité avait pu connaître au cours des millénaires de son histoire antérieure. Il s'agit également d'un phénomène qu'on ne peut que vouloir faire disparaître par la construction graduelle d'une société post capitaliste réellement meilleure pour tous les peuples.

(iii) La centralité d’un concept du capitalisme qui ne le réduit pas à celui de « marché généralisé », mais situe précisément l’essence du capitalisme dans le pouvoir au- delà du marché. La réduction de la vulgate dominante substitue à l’analyse du capitalisme fondé sur des rapports sociaux et une politique par lesquels s’expriment précisément ces pouvoirs au-delà du marché, la théorie d’un système imaginaire commandé par des « lois économiques » (le « marché ») qui tendraient, laissées à elles-mêmes, à produire un « équilibre optimal ». Dans le capitalisme réellement existant luttes de classes, politique, Etat et logiques de l’accumulation du capital sont inséparables. Le capitalisme est dès lors par nature un régime dont les états de déséquilibre successifs sont produits par les confrontations sociales et politiques se situant au-delà du marché. Les concepts proposés par l’économie vulgaire du libéralisme – comme celui de « dérégulation » des marchés – n’ont pas de réalité. Les marchés dits « dérégulés » sont des marchés régulés par les pouvoirs des monopoles qui se situent au-delà du marché.

(iv) La centralité de ce que j'ai appelé la « sous-détermination » dans l'histoire. J'entends par-là que tout système social (y compris donc le capitalisme) est historique, au sens qu'il a un commencement et une fin; mais que la nature du système successeur dépassant les contradictions de celui qui le précède n'est pas déterminée par des lois objectives qui s'imposeraient comme des forces extérieures aux choix des sociétés. Les contradictions propres au système en déclin (ici celles du capitalisme mondialisé et singulièrement celles qui sont associées à la polarisation qui le caractérise) peuvent être dépassées de manières différentes du fait de l'autonomie des logiques qui commandent les différentes instances de la vie sociale (la politique et le pouvoir, le culturel, l'idéologie et le système des valeurs sociales par lequel s'exprime la légitimité, l'économique). Ces logiques peuvent s'ajuster les unes aux autres pour donner une certaine cohérence au système dans son ensemble de manières différentes, en sorte que le meilleur et le pire sont toujours possibles, laissant à l'humanité la responsabilité de son devenir.

Le lecteur familier de mes écrits connaît probablement ces thèses qui me sont fondamentales. Je renverrai néanmoins à ceux de mes écrits les plus récents qui proposent des argumentaires développés de ces thèses présentées ici dans des formulations condensées à l’extrême.

Le capitalisme a développé les forces productives à un rythme et avec une ampleur sans pareils dans toute l'histoire antérieure. Mais il a simultanément creusé l'écart entre ce que ce développement permettrait potentiellement et l'usage qui en a été fait, comme aucun système antérieur n'en avait connu. Potentiellement le niveau des connaissances scientifiques et techniques atteint aujourd'hui permettrait de résoudre tous les problèmes matériels de l'humanité entière. Mais la logique transformant le moyen (la loi du profit, l'accumulation) en fin pour elle-même a produit à la fois un gaspillage gigantesque de ce potentiel et une inégalité dans l'accès aux bienfaits qu'il a permis sans pareils dans l'histoire. Jusqu'au XIXe siècle l'écart entre le potentiel de développement que les connaissances permettaient et le niveau de développement produit était négligeable. Non que cette réflexion nourrisse en nous une quelconque nostalgie passéiste : le capitalisme était un préalable nécessaire pour réaliser le potentiel de développement atteint aujourd'hui. Mais il a désormais fait son temps dans ce sens que la poursuite de sa logique ne produit plus que gaspillage et inégalité. Dans ce sens la « loi de la paupérisation » que l'accumulation capitaliste produit, formulée par Marx, est vérifiée - à l'échelle mondiale - chaque jour d'une manière plus éclatante depuis deux siècles. On ne devrait donc pas s'étonner qu'au moment même où le capitalisme paraît victorieux sur toute la ligne, la « lutte contre la pauvreté » soit devenue une obligation incontournable dans la rhétorique des appareils dominants.

Ce gaspillage et cette inégalité constituent l'envers de la médaille, définissant le contenu du « livre noir du capitalisme ». Ils sont là pour nous rappeler que le capitalisme n'est qu'une parenthèse dans l'histoire et non pas sa fin. Que s'il n'est pas dépassé par la construction d'un système qui mette un terme à la polarisation mondiale et à l'aliénation économiste il ne peut conduire qu'à l'auto destruction de l'humanité.

3. Comment ce dépassement a été compris au XXe siècle et quelles leçons on peut en tirer pour définir la nature du défi telle qu'il se dessine pour le XXIe siècle est l'objet même de cette étude.

L'opinion dominante dans le moment actuel (« l'air du temps ») est que le XXe siècle depuis 1917 (pour l'ex URSS) et 1945 (pour une bonne partie du tiers monde et même jusqu'à un certain point pour les centres développés) a été un siècle catastrophique parce que les pouvoirs politiques auraient contrarié par leur interventionnisme systématique la logique unilatérale et bienfaisante du capitalisme conçu comme expression transhistorique des exigences de la nature humaine. Qu'en mettant un terme à ces illusions par le retour à la soumission intégrale à la « loi du marché » (expression vulgaire et inexacte pour désigner le capitalisme), supposée avoir commandé l'histoire du XIXe siècle (ce qui est en réalité parfaitement faux), l'histoire aurait fait un pas en avant. Le « retour à la belle époque » par lequel s'ouvre les réflexions qui suivent exprime cette vision de l'histoire que l'air du temps inspire.

La thèse que je développerai va exactement à l'opposé de l'air du temps. La lecture du XXe siècle qu'elle propose est celle d'une première tentative de répondre au défi du développement, plus exactement du sous-développement, expression vulgaire désignant une réalité : le contraste grandissant centres/périphéries immanent à l'expansion mondiale du capitalisme. Les réponses qui ont été apportées à ce défi se situent dans un éventail large allant du timide au radical. Sans outrageusement simplifier la variété de ces réponses j'oserai dire qu'elles s'inscrivaient toutes dans une perspective définie en termes de « rattrapage » c'est à dire de reproduction à la périphérie de ce qui avait été réalisé au centre. Dans ce sens les objectifs poursuivis et les stratégies mises en œuvre au XXe siècle ne remettraient pas en cause le capitalisme dans son essence même - l'aliénation économiste.

Il y avait certes eu une intention de remettre en cause les rapports sociaux capitalistes dans les expériences radicales issues des révolutions socialistes de Russie et de Chine qu'on ne saurait ignorer. Cette intention s'est néanmoins progressivement diluée dans les exigences prioritaires du rattrapage, imposé ici par l'héritage du capitalisme périphérique.

La page de ces tentatives plus ou moins radicales de résoudre le problème du développement est aujourd'hui tournée. Les limites historiques de ce qu'elles pouvaient produire atteintes, elles n'ont pas su se dépasser elles-mêmes pour aller plus loin. Elles se sont donc effondrées en permettant une restauration provisoire mais dévastatrice des illusions capitalistes. De ce fait l'humanité est confrontée aujourd'hui à des problèmes encore plus gigantesques qu'ils ne l'étaient il y a cinquante ou cent ans. Il lui faudra donc être, au cours du XXIe siècle, plus radicale encore qu'elle ne l'a été au XXe siècle dans ses réponses au défi. C'est à dire qu'il lui faudra associer les objectifs d'un certain développement des forces productives dans les périphéries du système à ceux du dépassement des logiques d'ensemble de la gestion capitaliste de la société avec encore plus de vigueur et de rigueur. Elle devra de surcroît le faire dans un monde qui est nouveau par certains de ses aspects dont nous tenterons de préciser la nature et la portée. Le XXIe siècle ne peut pas être un XIXe restauré, il doit aller au delà du XXe siècle. Dans ce sens la question du développement occupera au XXIe siècle une place encore plus centrale que celle qui fut la sienne au XXe siècle.

Le lecteur aura certainement saisi que le concept de développement qui est le nôtre n'est pas synonyme de « rattrapage ». Le développement ai-je dit est un concept critique du capitalisme. Il suppose donc en amont un projet sociétaire qui n'est pas celui du capitalisme, et que définit son double objectif : libérer l'humanité de l'aliénation économiciste et faire disparaître l'héritage de la polarisation à l'échelle mondiale. Ce projet sociétaire ne peut donc être qu'universel, devenir - fut ce progressivement bien entendu - celui de toute l'humanité, des peuples des centres comme de ceux des périphéries du système mis en cause. Si le « rattrapage » pouvait à la rigueur être conçu comme une stratégie que les peuples concernés - ceux de la périphérie - pourraient mettre en œuvre par leurs seuls propres moyens, de leur seule volonté, par contre avancer dans la direction de la réalisation du double objectif du développement tel que je l'ai défini ici implique nécessairement la participation active et combinée des peuples de toutes les régions de la planète. De surcroît l'approfondissement des dimensions mondiales de beaucoup de problèmes sinon tous l'impose avec plus de force que jamais.

Un dernier mot dans ces propos liminaires : ayant consacré l'essentiel de mes efforts au cours des dernières années à examiner quelques uns de ces problèmes, je réduirai les redites au strict nécessaire pour maintenir la cohérence de ce texte, en faisant, en complément, des renvois aux cinq ouvrages suivants (par ordre chronologique de publication) : L'ethnie à l'assaut des nations (1994), La gestion capitaliste de la crise (1995), Les défis de la mondialisation (1996), Critique de l'air du temps (1997), L'hégémonisme des Etats Unis et l'effacement du projet européen (2000).

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Titre Au delà du capitalisme sénile - Pour un XXIe siècle non américain
Auteur
Editeur NENA
Langue FR
Date de publication 01/01/2014

Droits numériques

Ean EPUB 9782370151810
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