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L'empire du chaos - La nouvelle mondialisation capitaliste

éditeur : NENA
catégorie : Économie > Economie internationale
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Résumé

Extrait

Nous vivons tous sur la même planète dont nous partageons collectivement le sort. Indéniablement la mondialisation — qui n’est pas tout à fait nouvelle puisqu'elle a été amorcée il y a cinq siècles avec la conquête de l'Amérique, puis l'universalisme des Lumières — a franchi une étape nouvelle, au cours des quarante dernières années, par l'intensité des échanges et des communications de toutes natures, comme la portée globale des moyens de destruction. Doit-on tirer de cette observation banale la conclusion que l'interdépendance impose la subordination des projets de toutes les sociétés de la planète au même critère de la rationalité que commande l'expansion mondiale du capitalisme ? Cette opinion, bien que dominante aujourd'hui, est non seulement rigoureusement erronée, mais elle est de surcroît infiniment dangereuse.

1) Je rappelle brièvement que, selon moi, le capitalisme a toujours été un système mondial. Le procès de l'accumulation du capital qui en commande la dynamique, lui-même façonné par la loi de la valeur mondialisée, opérant sur la base d'un marché mondial tronqué, (c'est-à-dire limité aux marchandises et aux capitaux, à l'exclusion de la force de travail) produit alors nécessairement la polarisation mondiale (le contraste centres/périphéries). La polarisation est donc immanente au capitalisme et ne saurait être expliquée par des facteurs divers et contingents, internes ou externes aux différentes formations sociales dont est composé ce système mondial. La reconnaissance de cet aspect essentiel du « capitalisme réellement existant » entraîne évidemment des conséquences décisives tant au plan de l'analyse théorique du système qu'à celui de la définition de l'action politique progressiste. Car tout est subordonné à la logique de la polarisation mondiale : les luttes sociales qui se déroulent sur des théâtres locaux (on a ici la clé qui permet de comprendre la rationalité de la stratégie social-démocrate à un pôle et de celle de la libération nationale à l'autre), les conflits inter États centraux, les modalités de la différenciation au sein de la périphérie, etc.

Ce caractère permanent du capitalisme n'exclut pas le changement, qui marque les phases successives de son expansion. Par exemple la longue phase « britannique » (1815-1914) était fondée par l'ouverture d'un marché mondial (particulièrement entre 1848 et 1896) façonné par le contraste centres industrialisés (ces centres s'étant eux-mêmes constitués historiquement sur la base des États nationaux bourgeois)/périphéries « coloniales et semi-coloniales » non industrialisées. L'« ouverture », assumée par l'hégémonie britannique, entre en crise à la fin de la période, du fait de l'accentuation de la concurrence de l'Allemagne et des États-Unis. Le système se referme graduellement par l'amorce des repliements impériaux des anciennes puissances (la Grande-Bretagne et la France) et la remise en cause du partage du monde par les nouveaux venus (l'Allemagne), conduisant à la guerre.

L'éclatement du système que la révolution russe (1917) inaugure et que celle de la Chine (à partir de 1949) accentue prend l'allure de la constitution de « deux systèmes » dont l'un se prétend socialiste alors qu'il s'agit en fait d'une déconnexion de pans importants de la périphérie. Cette longue phase (1917-1980) se subdivise elle-même en deux périodes : de 1914 à 1945 le devant de la scène est occupé par le conflit violent des centres; à partir de 1945, le marché mondial se reconstruit sous la protection de l'hégémonie des États-Unis, dans l'atmosphère de la bipolarisation militaire et idéologique et de la guerre froide. Durant toute cette phase le conflit Est-Ouest apparaît comme le conflit socialisme-capitalisme alors qu'il ne s'agit que d'une forme — mais la plus radicale — du conflit périphéries/centres. Cet état particulier du système mondial stimule les luttes de libération dans l'ensemble des périphéries, même si celles-ci demeurent largement bourgeoises par leurs directions et capitalistes par leurs aspirations (« l'ère de Bandoung »)1 et si également, d'une certaine manière, ces conflits Nord-Sud s'inscrivent dans la logique de la bipolarisation Est-Ouest.

Les exigences de la mondialisation s'étaient exprimées dans l'essor de l'après-guerre 1945-1970 par un double paradigme complémentaire. Dans les pays développés on pensait l'interventionnisme keynésien capable d'assurer une croissance indéfinie au bénéfice de tous, gommant les fluctuations conjoncturelles et réduisant le chômage à un niveau minimal. Cette performance paraissait d'autant plus remarquable qu'elle se conciliait avec une ouverture extérieure faisant oublier le souvenir des conflits possibles entre les politiques nationales et la marche de la mondialisation. Dans les pays du tiers monde l'idéologie de « l’ère de Bandoung » (1955-1975) affirmait qu'un développement ouvert sur les avantages de l'interdépendance pouvait être maîtrisé nationalement. Ces consensus impliquaient que les nuances et les polémiques se mouvaient dans les espaces de ces paradigmes de référence. Par contre coup les pays socialistes étaient réfugiés dans le ghetto d'un troisième paradigme, hostile à l'interdépendance.

La crise du capitalisme à partir de 1970 a certainement mis fin aux illusions keynésiennes et à celles de l'idéologie du développement, tandis que celle du « socialisme » n'a certainement pas encore trouvé la réponse à ses problèmes. Mais, dans le vide créé par cette double crise, s'est engouffrée l'offensive conservatrice d'un « néolibéralisme » qui se réduit à prôner l'usage d'un remède universel — le « marché ». Pourtant la poursuite entêtée des politiques que cette dogmatique inspire ne peut conduire qu'au désastre et au contraire de l'objectif qu'elle s'assigne : à la désagrégation du système mondial et à un renouveau des heurts confus entre nationalismes non maîtrisés.

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Informations

Titre L'empire du chaos - La nouvelle mondialisation capitaliste
Auteur
Editeur NENA
Langue FR
Date de publication 01/01/2015

Droits numériques

Ean EPUB 9782370153968
Type de protection Digital watermarking
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