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Le progrès en crise - En 40 pages

éditeur : Uppr Editions
catégorie : Actualité et documents
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

Avant-propos

Notre époque aime changer, innover, transformer, dépasser une limite jusqu’à participer avec jubilation à la « course au changement », ou à la course à l’innovation, célébrées par les slogans économiques, publicitaires voire politiques. Cette gamme de vocables positifs s’applique à des données quantitatives (« toujours plus ») comme qualitatives (« toujours mieux »), qui sont censés refléter une amélioration des choses. Nous sommes à la recherche des dernières améliorations techniques de transport, de soin, de formation, de communication, de divertissement, etc. D’où l’adage « On n’arrête pas le progrès », qui fait de cette course ou fuite en avant, à la fois un puissant désir subjectif de perfectionnement, contrastant avec tout conservatisme stérilisant, et une impérieuse nécessité historique et morale de rendre meilleurs le monde et l’humanité. Entraînés par la ronde des changements, impulsée par une économie capitaliste qui a besoin de renouveler son offre, nous sommes sensibles à toute justification fondée sur l’amélioration, qui nous conforte dans l’idée d’un progrès. Pour les modernes, le changement est devenu résolument positif, connotant la nouveauté, l’innovation, l’amélioration des choses. Nous sommes d’ailleurs toujours en quête de signes, de critères, d’indicateurs des changements, qui sont d’emblée associés, par synonymie voire par tautologie, à de « bons » changements, car les mauvais sont généralement nommés autrement, catastrophe, décadence, crise, régression, recul, etc.

Pourtant depuis la fin du XXème siècle cette croyance commence à s’affaiblir, à susciter le doute, voire à être traitée d’illusion dangereuse. Pour une grande partie de l’opinion publique du monde développé le monde va plutôt mal : violence, injustice, catastrophes naturelles et industrielles, démesure scientifique s’amoncellent, se multiplient, semant l’inquiétude voire l’angoisse. Alors que l’on annonçait que l’humanité allait continuer à progresser, des signes de plus en plus nombreux font croire que le prix à payer est trop lourd, que les résultats ne sont pas toujours conformes aux espérances, que le développement engagé est devenu aberrant ou insupportable. Au point que certains annoncent la «fin de l’histoire», voire même l’abolition du futur (no future, slogan des Années 1980). Le désenchantement entraîné par les grandes catastrophes du XXème siècle (totalitarismes, génocides, bombe atomique, etc.) nous a certes ouvert un peu les yeux. Nombreux sont nos contemporains qui ne croient plus au « Progrès », aux lendemains qui chantent, qui ne croient même plus que toute transformation aboutisse à une amélioration des choses.

À vrai dire, notre croyance au progrès, aujourd’hui en crise, qui a traversé les derniers siècles du développement de l’Occident n’est ni si ancienne, ni vraiment universelle. Dans les sociétés traditionnelles, précolombiennes, égyptiennes pharaoniques, gréco-latines, le terme de changement a été tenu plutôt pour négatif, péjoratif, car seul ce qui se maintient en place, en ordre, est digne d’éloge. Les sociétés asiatiques n’ont jamais, avant le contact avec l’Occident, pensé le monde comme une histoire en progrès, mais plutôt comme fait de cycles de dysharmonie et d’harmonie. Pour les anciens grecs, comme Platon, le devenir du monde et des sociétés les condamnait à une décadence, de sorte que tout projet de réforme comme celui de La République de Platon, devait porter sur les moyens de freiner ou de stabiliser cette chute.

À la réflexion, nous savons bien nous-mêmes que tout changement n’est pas forcément positif, bénéfique, salutaire. Changer pour changer n’est pas toujours source d’effets heureux, n’est pas toujours une progression ni surtout un progrès. Ce hiatus entre un changement dû aux modifications aléatoires et ce qui est un progrès véritable est souvent difficile à établir, à comprendre et à accepter. Notre modernité a espéré, en se référant à quelque sens de l’histoire cachée, à quelque Providence laïcisée, d’inspiration biblique, que l’évolution des choses la menait inéluctablement vers un état meilleur, peut-être continuellement meilleur, jusqu’à une perfection ultime attendue. Le monothéisme juif et chrétien avait commencé à appréhender l’Histoire comme une chute suivie d’un salut. Les philosophies européennes de l’Histoire, culminant avec Hegel et Marx, se représentent le temps de l’Histoire comme une irrésistible marche en avant destinée à actualiser à la fin une rationalité absolue.

Rendus méfiants par l’expérience, devenus plus critiques dans nos représentations et jugements, nous sommes peut-être à nouveau en position de nous demander vraiment quelles sont les conditions d’une amélioration de l’humanité, qui n’est plus garantie à l’avance parce qu’écrite dans un plan de l’Histoire, et qui ne passe plus par une course frénétique et inconditionnelle vers la nouveauté. La question devient incontournable. Le monde va-t-il continuer sa frénétique course en avant, avec son cortège d’aventures, d’excès, de méfaits, à côté d’innovations impressionnantes ou au contraire stagner, régresser, disparaître ? Comment dès lors penser et agir dans un monde qui ne serait plus voué à progresser ?

Nous nous voyons donc contraints dans l’urgence à reconsidérer notre socle de croyances en l’histoire de l’humanité, à vérifier si la promesse de changements destinés à améliorer la vie des hommes sur terre est vraiment réalisée et correspond de fait aux énoncés proférés. D’où vient d’ailleurs cette croyance ? Que renferme-t-elle authentiquement comme contenus ? Est-elle vraiment source d’améliorations et en quoi ? Que signifie le « méliorisme », cette conviction que les choses doivent être toujours meilleures qualitativement, moralement, qu’auparavant ?

Une fois établie l’intelligence de la notion de progrès, quels sont de nos jours les arguments précis pour le soutenir, le contester, le dénoncer ? Si tout n’est pas voué à s’améliorer, faut-il renoncer à l’idée de progrès ? Quelles distinctions faudrait-il faire pour mieux discriminer amélioration et progrès ? Faut-il même y renoncer, mais par quoi le remplacer ?

Les débats sur l’écologie, la paix internationale, les avancées des techniques constituent des points critiques qui permettent d’engager l’évaluation. Les débats actuels montrent de plus en plus un affrontement entre une tendance pessimiste, voire désespérée, et une autre qui réinvestit à nouveaux frais la perspective du progrès. Comment s’orienter dans ces antagonismes souvent vifs et radicaux ? Faut-il vraiment choisir entre un camp ou l’autre ?

Il s’agit donc de se demander : que tenons-nous pour vraiment meilleur que ce qui est ? Comment valider et concrétiser notre représentation du meilleur, voire du parfait ? Et si le projet d’amélioration de la condition humaine rencontre d’abord la question des moyens, elle ne peut échapper à celle des fins. Qu’est-ce qui peut être tenu pour un idéal souhaitable à réaliser ? Ne confondons-nous pas souvent ce qui est bien en soi et bien pour nous, ce qui rend meilleur et ce qui seulement nous comble de plaisirs et de bonheur ? Sur quels modèles, étalons, prototypes nous régler pour changer l’homme en bien, en mieux ?

S’il existe incontestablement des progrès, sériels et localisés, dans un domaine donné (par exemple, dans le domaine des communications par transport physique ou par télécommunication ou de l’alimentation diversifiée et conditionnée), chaque progrès est-il vraiment une amélioration, ne cache-t-il pas des effets néfastes, pervers et entraîne-t-il avec lui un perfectionnement d’ensemble ?

D’ailleurs, toutes choses peuvent-elles progresser, l’humanité en elle-même peut-elle être perfectionnée et pas seulement ses milieux et ses techniques ? En d’autres termes, y a-t-il en fin de compte un progrès matériel et moral, peut-on extrapoler de certaines avancées partielles et souvent intermittentes l’avènement d’un « nouvel homme » ? On le voit, sous l’évidence d’un désir indiscutable, celui d’améliorer notre sort et notre nature, se cachent des questions complexes, aux enjeux redoutables.

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Informations

Titre Le progrès en crise - En 40 pages
Auteur
Editeur Uppr Editions
Langue FR
Date de publication 01/11/2014

Droits numériques

Ean EPUB 9782371680197
Type de protection Digital watermarking
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