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Les grand enjeux géopolitiques de l'eau - Tome 2 Conflits et acteurs dans un monde en changement

éditeur : Uppr Editions
catégorie : Sciences humaines et sociales > Sciences Politiques
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

La fin du XXe siècle a vu émerger, parmi les observateurs des questions hydriques, la prédiction de « guerres de l’eau » à venir dans un futur plus ou moins proche. Selon cette théorie, plusieurs facteurs concomitants en seraient à l’origine : la croissance démographique mondiale qui accentue la pression sur la ressource, notamment au niveau agricole ; les changements climatiques qui augmentent l’imprévisibilité et l’irrégularité des régimes climatiques et, par conséquent, celles de la disponibilité en eau ; et les tensions croissantes qui s’exercent déjà a sein même des sociétés autour des ressources hydriques. Ces mécanismes pousseraient alors les États à tenter de régler militairement la question cruciale de l’approvisionnement et du contrôle des réserves mondiales et provoqueraient donc de véritables « guerres de l’eau ». Cependant, beaucoup de spécialistes remettent en cause la vision très simpliste de ce raisonnement, ainsi que son caractère très politisé. En effet, soulignent-ils, la théorie des « guerres de l’eau » évacue plusieurs facteurs essentiels. Tout d’abord, il faut se rappeler qu’au cours de l’Histoire, ces guerres se sont limitées à un ou deux cas très isolés et ne sont jamais intervenues dans le cadre d’États modernes tels que nous les connaissons aujourd’hui. Ensuite, les mécanismes qui lient la disponibilité et les dynamiques conflictuelles sont très complexes et l’on se rend compte que le lien n’est pas direct entre une augmentation de la pression sur la ressource et l’apparition de conflits interétatiques, encore moins armés ou violents. Enfin, ces « guerres de l’eau » présentent elles-mêmes une vision très réductrice des dynamiques conflictuelles : en effet, on se rend compte que les ressources en eau, si elles provoquent bien des conflits au niveau local, on tendance à inciter à la coopération au niveau global et à celui des États.

Pour résumer, il ne faut pas évacuer la perspective d’un futur très conflictuel autour de l’eau : il est aujourd’hui certain que cette ressource constituera (et constitue déjà) un problème grandissant dans les relations entre les communautés, les États et les acteurs d’un même territoire. Cependant, il faut mettre de côté cette formulation très publicisée de « guerre de l’eau » pour embrasser l’ensemble des conflits de l’eau sous toutes leurs formes et à toutes les échelles. En outre, il ne faut pas oublier que les mécanismes qui mènent au conflit sont proches de ceux qui mènent à la coopération, que la seconde naît souvent du premier et que les deux forment un couple indissociable. Ainsi la question que nous nous poserons dans ce neuvième module est elle de savoir quels sont et quels seront les formes, les échelles, les acteurs et les facteurs des dynamiques de conflit et de coopération autour des ressources en eau.

Conflit et coopération sont les deux facettes d’une même réalité : il faut les concevoir comme deux conséquences possibles d’un système de gouvernance, c’est-à-dire de l’ensemble des mécanismes de prise de décision : les conditions sociales, économiques, institutionnelles, culturelles, juridiques qui entourent celle-ci, ainsi que la participation ou l’exclusion des acteurs concernés, depuis le local jusqu’au global. Ce système de gouvernance qui, lui-même, donne sa forme à la gestion de l’eau, permet non pas d’éliminer les conflits, mais de leur donner la possibilité de s’exprimer et de se réguler, sans quoi ils peuvent, parfois, prendre des formes violentes. De même, la coopération ne doit-elle pas être vue comme une symbiose parfaite des acteurs, des enjeux et des intérêts, mais plutôt comme une forme régulée de prise en compte des conflits dans un système de gouvernance assez efficace pour les gérer. La gestion de l’eau est donc essentiellement une gestion des nombreux conflits que cette ressource suscite. Pour aborder la question des « conflits de l’eau », il faut donc, plus largement, envisager les systèmes de gouvernance de l’eau et les mécanismes, facteurs et conditions qui concordent dans la formation d’un conflit ou dans la mise en place d’une coopération entre les acteurs.

Tout d’abord, il faut bien réaliser (on ne le soulignera jamais assez) qu’on ne trouve pas une seule et unique cause à ce genre de dynamiques, essentiellement complexes et multifactorielles. Il faut éliminer toute tentation de déterminisme, ce raisonnement trompeur qui consiste à associer une conséquence « obligatoire » à une cause unique. Dans le cas de l’eau, le déterminisme le plus généralisé est celui qui considère la disponibilité comme un facteur unique et nécessaire au conflit. Autrement dit, et c’est là une des erreurs fondamentales des théories des « guerres de l’eau », la diminution des ressources disponibles et l’augmentation de la rareté provoquerait automatiquement des conflits violents puisque la compétition entre les acteurs serait inéluctable, sans solution. Ce raisonnement est faux pour deux raisons principales : premièrement, la rareté est une construction technique, sociale, culturelle, politique et ne saurait être ramenée à une donnée objective ou universelle ; deuxièmement, on s’aperçoit que si la rareté est un facteur de conflit, elle en est aussi un de coopération.

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Titre Les grand enjeux géopolitiques de l'eau - Tome 2 - Conflits et acteurs dans un monde en changement
Auteurs ,
Editeur Uppr Editions
Langue FR
Date de publication 25/05/2016

Droits numériques

Ean EPUB 9782371680678
Type de protection Digital watermarking
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