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L'intégrité dans le sport

éditeur : Uppr Editions
catégorie : Actualité et documents
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

Introduction

Le 27 mai 2015, alors que la fédération internationale de football association (FIFA) s’apprête à réélire à sa tête Joseph « Sepp » Blatter pour un cinquième mandat, sept hauts responsables de la fédération sont arrêtés au petit matin par la police suisse dans leur hôtel à Zurich. Les chefs d’accusation sont graves : corruption, soupçons de blanchiment d’argent, enrichissement personnel. Les montants se chiffreraient en millions de dollars. Dans l’œil du cyclone depuis la désignation, en décembre 2010, de la Russie et du Qatar comme pays hôtes des Coupes du monde de football 2018 et 2022, la FIFA est finalement rattrapée par les justices américaine et suisse, bien décidées à mettre un peu d’ordre dans les affaires de la fédération. Ce coup de tonnerre provoquera une crise durable au sein de l’organisation suisse à but non lucratif, faut-il le rappeler, entraînant la démission, sous conditions, de Sepp Blatter, et mettant un peu plus sous le feu des projecteurs les guerres intestines, les règlements de compte politiques et une gouvernance de l’institution pour le moins hasardeuse. Au-delà de la FIFA, c’est l’ensemble du monde du football qui en ressort ébranlé.

L’année suivante, à seulement quelques jours des Jeux olympiques et paralympiques de Rio d’août et septembre 2016, l’incertitude plane toujours sur la participation des sportifs russes. La même semaine, l’Agence mondiale anti-dopage (AMA) publie un rapport révélant l’existence d’un véritable système de dopage d’État russe impliquant jusqu’au Kremlin, le tout sur fond de chantage et de corruption, tandis que le Tribunal arbitral du sport (TAS) estime, quant à lui, que la fédération internationale d’athlétisme (IAAF) n’avait pas outrepassé ses pouvoirs en excluant les athlètes russes de toute compétition sportive internationale. Alors qu’une réaction du CIO se fait attendre, il décide finalement, dans un communiqué plein de circonvolutions de… ne pas décider et de confier aux fédérations internationales le soin d’accepter ou de refuser la participation des Russes dans leur sport respectif aux Jeux de Rio. Après d’âpres discussions et jusqu’à quelques heures de l’ouverture officielle des 31e olympiades, l’ensemble des fédérations rendent leur avis et ce sont finalement 271 sportifs russes qui participent aux compétitions, privant ainsi Moscou de plus d’un tiers de sa délégation totale. Au cours de la quinzaine olympique, le Comité international paralympique décide, quant à lui, de priver l’ensemble des sportifs russes de Jeux paralympiques, en raison des accusations portées dans les différents rapports.

Ces exemples sont révélateurs à deux égards. D’une part, il montre que le sport est menacé par différents canaux. Tour à tour, les scandales de dopage, de corruption, mais aussi les affaires de matchs truqués sont découverts et constituent des menaces réelles qui pèsent sur le sport. En effet, par leur nature, mais aussi par leurs conséquences, ils mettent en péril l’intégrité des compétitions, des sportifs, et même au-delà, du système sportif lui-même. Qui de nous veut regarder ou participer à des compétitions dont on sait qu’elles sont truquées ou achetées ? Où est donc passée la « glorieuse incertitude du sport » chère au Baron de Coubertin si les jeux sont déjà faits avant le coup d’envoi ? Quel intérêt y a-t-il à suivre une compétition dont on connaît déjà le vainqueur et donc le vaincu ?

D’autre part, à la lumière de ces affaires, on peut observer le nombre toujours croissant d’acteurs du sport, nationaux comme internationaux, sportifs comme indépendants, qui investissent ce domaine. Dans cet imbroglio d’institutions, aux enjeux et aux intérêts parfois divergents, il peut parfois être difficile de se repérer, voire paradoxal de voir autant d’acteurs défendre pourtant le même objectif.

Mais finalement, de quoi parle-t-on ? Alors que l’expression « intégrité dans le sport » (ou « intégrité du sport ») revient inlassablement dans les articles et commentaires, sa compréhension se révèle être plus ardue, pour ne pas dire obscure. En paraphrasant l’expression de Thierry Ménissier à propos de la corruption, on pourrait dire que l’intégrité dans le sport est aussi intuitivement parlante que mal définie. Comme toujours, l’étymologie peut nous apporter quelques éclairages. Integritas désigne en latin un état intact, innocent, symbole de probité. Si le mot latin caractérisait originellement une chose, l’expression se trouve être utilisée pour qualifier une personne à partir du XVe siècle et devient, dès lors, synonyme d’honnêteté, d’incorruptibilité. En conséquence, dans le cadre de notre recherche, l’intégrité dans le sport désignerait la probité à toute épreuve et l’innocence des acteurs du sport – et en premier lieu des sportifs – afin que les compétitions et le sport en général restent intacts, inaltérables et hermétiques à la corruption par des éléments extérieurs.

Plus que la définition en elle-même, c’est la définition en creux qui se révèle ici la plus pertinente. L’intégrité du sport ne prend réellement chair que si elle est menacée et donc lorsqu’un processus de protection se met en place. Plus que de comprendre réellement en quoi consiste l’intégrité du sport, c’est en étudiant les menaces auxquelles elle est confrontée que l’on en saisit la notion. Ainsi, on parlera de la préservation, de la protection de l’intégrité du sport. Cette intégrité apparaît donc comme quelque chose de vulnérable, de fragile qui peut être facilement ou rapidement vicié et qu’il faudra donc sans cesse défendre et garantir. Il s’agira ici d’aller se plonger dans l’envers du décor, découvrir et expliquer ce qui se cache derrière ce vocable d’intégrité.

Sujet sensible, voire parfois de polémique, l’étude de cette intégrité dans le sport nécessite d’être abordée, tout au long de ces lignes, loin des caricatures que l’on peut souvent – et malheureusement – voir présenter. En effet, sur ce sujet comme sur tant d’autres, deux camps s’affrontent. Alors que pour les fervents défenseurs du sport, les méfaits présents dans le sport ne sont que le fruit de sportifs malhonnêtes isolés et n’ayant rien à voir avec l’esprit du jeu qui, lui, est pur et beau, les ardents détracteurs considèrent au contraire l’ensemble du sport comme vicié, tronqué, perverti et qu’il convient mieux, dans le doute, de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Pour justifier leur position, chacun des argumentaires s’appuie sur deux notions, brandies telles des étendards par les deux camps : l’éthique et les valeurs du sport. À la lumière de la pensée du Baron de Coubertin, « l’éthique dans le sport s’est à la fois révélée comme exemplaire et populaire aux yeux du public, au point que le sport moderne se trouve érigé en modèle social complet » (Katz-Bénichou, 2004). Restent, dès lors, que les valeurs du sport posent quelques questions. À quoi fait-on référence et que désigne-t-on par ce vocable ? Si la formule est fréquemment utilisée, que doit-on considérer comme relevant directement des valeurs du sport ? Respect ? Entraide ? Dépassement de soi ? Abnégation ? Ce sont autant de qualités morales revendiquées par le sport et pour le sport. Si on peut les retrouver dans d’autres domaines (travail, éducation, religion), le sport les a pourtant faites siennes.

Si « l’important est de participer » selon le bon mot du Baron de Coubertin, le public ne retiendra pourtant que les vainqueurs d’une compétition, ceux qui auront réalisé le meilleur score ou le meilleur temps, qui auront franchi la ligne en premier. La question de l’entraide et de la solidarité, pourtant valeurs cardinales du sport, sera oubliée au profit de celle de la performance. Le cyclisme nous offre quelques exemples de ce paradoxe. Lors d’une échappée, les coureurs se relayent pour conserver leur avance sur le peloton. Ceux qui vont faire vivre cette échappée se dépensent sans compter pour le groupe, font preuve de qualités physiques et relationnelles afin d’amener le groupe au sommet. Pourtant, au fur et à mesure des kilomètres, alors que la ligne d’arrivée se rapproche, la victoire deviendra l’obsession. Seule la victoire compte et personne ne veut être relégué à la seconde marche du podium, ou pire, décrocher « la médaille en chocolat ». L’important n’est donc plus de participer mais d’arriver premier. Dans l’oreillette, on entendra les ordres de l’équipe pour appliquer la stratégie vue à l’entraînement, réaliser tel ou tel mouvement ; sur les bas-côtés, les hurlements de la foule amassée pour se dépasser, battre ses compagnons d’infortune et faire fi de la solidarité du groupe. Les valeurs du sport apparaissent dès lors toute relatives.

Pourtant, ce sont précisément ces valeurs qui sont mises en exergue, parfois à l’excès. Peut-on faire de toute qualité sportive une valeur et doit-on s’en prévaloir ? Ne pas tricher relève-t-il d’une valeur du sport ou de son éthique personnelle ? Et comment justifier ce choix ? C’est précisément le non-respect de ces valeurs, qu’elles soient sportives ou non, qui vient corrompre l’intégrité du sportif, d’une compétition ou d’un sport tout entier.

À l’heure actuelle, trois types de menaces distinctes sont classiquement identifiées et viennent altérer cette intégrité dans le sport : le dopage, le trucage de matchs et la corruption dans un sens plus large.

Dans le cas du dopage, la triche se situe dans la prise de produits, de stimulants ou l’utilisation de technologie destinée à améliorer les qualités physiologiques voire psychiques du sportif. On cherche donc à repousser artificiellement les limites humaines. En d’autres termes, on triche pour gagner, dénaturant ainsi la compétition qui ne reposerait dès lors plus sur les valeurs et performances « naturelles » du sportif. D’autre part, se trouve le cas des matchs truqués, où le trucage est ici le plus souvent destiné à perdre, trahissant une nouvelle fois l’esprit du jeu et du sport. Il constitue aussi un rouage du mécanisme plus global de la fraude. En augmentant ou en minorant ses performances sur le terrain, la piste, dans les bassins, contre de l’argent, un service ou par contrainte, le trucage de match est devenu depuis quelques années un véritable fléau au sein du milieu sportif, renforcé par l’arrivée d’organisations criminelles transnationales investissant le sport, notamment pour blanchir de l’argent sale.

Dans le dernier cas, celui de la corruption institutionnelle, la multiplication des scandales touchant différentes fédérations nationales et internationales a un impact important sur le monde sportif ainsi que sur sa perception par le grand public, à tel point que le sport en tant que « creuset de valeurs » est lui-même touché. Mener des actions en faveur d’une plus grande transparence et militer pour un changement de gouvernance du sport est devenu indispensable.

Ces trois cas de figure constituent, par leur expression, des menaces réelles et durables vis-à-vis du sport, de la compétition et du sportif lui-même, demandant donc une prise de conscience nécessaire afin de pouvoir lutter efficacement à leur encontre. Cette mobilisation doit dépasser le seul cadre du sport en raison de la diversité des menaces qui pèsent sur lui : risque sanitaire, infiltration des organisations criminelles transnationales et des « mafias » dans le milieu du sport, blanchiment d’argent, fraude, corruption sont autant de défis auxquels doivent faire face les sportifs et les institutions sportives. Aussi, cette situation nécessite l’intervention d’acteurs extérieurs au milieu du sport afin de pouvoir apporter des réponses pertinentes face à ces dangers, allant des institutions supranationales à la société civile, en passant évidemment par l’État.

Au-delà de ces trois cas de figure que nous développerons et analyserons, d’autres dangers pèsent sur l’intégrité : la violence sur les terrains de jeux, le racisme, l’homophobie, le sexisme sont autant de situations qui portent directement atteinte à l’intégrité dans le sport, qu’elle soit physique, verbale ou psychologique. Compte tenu de la spécificité de ces cas, ils n’apparaîtront qu’indirectement à travers ces lignes, leur décryptage méritant un ouvrage à part entière.

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Informations

Titre L'intégrité dans le sport
Auteur
Editeur Uppr Editions
Langue FR
Date de publication 21/12/2016

Droits numériques

Ean EPUB 9782371681781
Type de protection Digital watermarking
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