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Machiavel - En 40 pages

éditeur : Uppr Editions
catégorie : Actualité et documents > Témoignage et Société
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

Machiavel ou « l’autre » de la philosophie

Machiavel possède le rare privilège d’être la source d’un adjectif et d’un substantif péjoratifs. Machiavélique et machiavélisme dans le vocabulaire courant (dis)qualifient une action tortueuse, aux desseins secrètement inavoués et inavouables. Aux noms de valeurs supérieures invoquées avec grandiloquence, elle manipule les passions et les faiblesses humaines au profit de la jouissance privée du pouvoir et du goût intéressé du succès. Elle ne craint pas voire revendique à seule fin de réussir, avec le cynisme désinvolte de l’affranchi, d’user et d’abuser des armes de la violence et du mensonge, de la ruse et de la traîtrise, de la simulation et de la dissimulation.

Cette noirceur diabolique requiert non pas seulement l’improvisation spontanée d’une bonne fortune mais la froide habileté d’un savoir-faire technique combinant sans scrupule le calcul savant des machinations et l’égoïsme flatteur des réputations, la cruauté efficace des effrois et les beaux discours des apparences pour mieux contrôler la logique des intérêts humains. Machiavel (1469-1527), particulièrement avec son opuscule synthétique de 26 chapitres, incarne cette inversion maligne. Le Prince (écrit en 1513 mais publié seulement en 1532 et mis à l’Index en 1559) signe cette apologie du mal. Il en donne des illustrations et en expose, avec la complaisance cynique d’une bonne conscience, la fécondité d’un véritable principe créateur de l’ordre politique. Fondé sur une connaissance neutre de la nature humaine, son effectuation pratique est assurément conduite par le discernement technique d’une rationalité accessible et reproductible. Elle prend valeur de fondation de la science politique moderne.

Cette science abrégée des leçons dégagées d’une lecture des histoires du passé et des pratiques politiques de la modernité, secrète, en tout cas, une vérité utile et praticable : elle autorise comme condition de toute action politique performante, non pas l’exception d’immoralité mais la règle d’une nécessité fonctionnelle, inscrite dans la nature propre de l’homme, lisible dans les continuités de son histoire et adaptée en connaissance de cause aux contingences historiques de l’empiricité.

L’homme se promeut comme capable d’imposer durablement sa puissance de faire obéir d’autres hommes dans le cadre d’un territoire possédé, habité et partant délimité donc défendu. Il peut se définir en tout temps et en tout lieu et quelques soient les régimes ou les civilisations, comme homme politique. Mais, il a vraiment « le sens de l’État » s’il assume, en sacrifiant sa propre humanité, la nécessité tragique d’un mal fondateur des lois et des vertus. Faire face à ce sacrifice contre-nature, générateur de l’existence et de la survie d’une communauté normative, sans la protection ni la légitimité d’une transcendance tutélaire qui la justifierait, spécifie l’acte proprement politique de ce que Machiavel appelle un « arte dello stato » : un art de l’État.

Cette altérité allègre, revendiquée avec l’air sec et subtil d’une insolente bonne humeur comme dit Nietzsche, inaugure une nouvelle pratique de la philosophie politique adaptée à une nouvelle conception de la nature humaine et de ses déterminations passionnelles. Elle ouvre, comme l’écrit Machiavel, « une route nouvelle ». Elle est, certes, périlleuse comme l’est pour le navigateur, « la recherche des eaux et terres inconnues » mais du moins, elle est féconde puisqu’elle dessine le chemin méthodique d’un progrès tournant à « l’avantage commun à tous » dans notre maîtrise de la « marche des choses humaines » (D.I avant-propos(1)). Quelle est cette route, où mène-t-elle, à quelles conditions la tracer et l’emprunter et comment s’y conduire?

La philosophie entretiendra, dès lors, un dialogue douloureux et difficile avec cet « autre » de la philosophie politique que représente la provocation du machiavélisme. De Descartes à Hegel en passant par Spinoza, Rousseau, Diderot, Fichte, chacun s’efforcera de résoudre l’énigme du Sphinx. « Comment le comprendrait-on? » se demande Merleau-Ponty s’interrogeant sur son irréductible différence. « Saisissant et insaisissable » selon Althusser, Machiavel est à la fois liquidateur d’une certaine philosophie de la politique et inaugurateur d’une autre pratique de la philosophie politique. N’est-il pas enfermé dans l’inaccessible d’un secret ?

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Informations

Titre Machiavel - En 40 pages
Auteur
Editeur Uppr Editions
Langue FR
Date de publication 20/05/2015

Droits numériques

Ean EPUB 9782371681934
Type de protection Digital watermarking
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