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Histoire du protestantisme - En 40 pages

éditeur : Uppr Editions
catégories : Sciences humaines et sociales, Sciences humaines et sociales > Histoire
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Résumé

Extrait

Chapitre 1 - Le temps des ruptures

Le protestantisme est l’une des trois grandes confessions du christianisme, les deux autres étant le catholicisme et l’orthodoxie. Il réunit une diversité de tendances dont la source est la Réforme du XVIème siècle. Avant de s’interroger sur celle-ci, il faut comprendre au préalable ce qui l’a rendu inéluctable : le désarroi grandissant du monde chrétien et l’essor de nouveaux pôles de rayonnement intellectuel.

A. Le désarroi du monde chrétien

L’Europe de la Renaissance est affectée dans ce qui nourrit son essence même : le concept de chrétienté, à la fois affaibli dans ses fondements géopolitiques et dans ses fondements moraux.

1. L’affaiblissement du concept de chrétienté

Ce concept s’est élaboré entre les IXème et XIIIème siècles, c’est-à-dire entre le règne de Charlemagne (768-814), fondateur de l’Empire chrétien d’occident soumis à la théocratie royale, et le pontificat d’Innocent III (1198-1216), où l’Église atteint le faîte de sa puissance (voir : Histoire de l’Église, J.-P. Béchu, UPPR éditions). L’identification de l’Europe au christianisme, forgée pendant cette période de quatre siècles, a été parfaitement exprimée par le poète italien Baptiste Spagnoli (1447-1516) : « Nous sommes tous une nation unique, celle du Christ ».

Mais depuis le XVIème siècle cette « nation » chrétienne est gravement menacée par les Turcs. Ils dominent les Balkans, une partie de la Grèce et contrôlent la Méditerranée orientale. En 1453 ils s’emparent de Constantinople et assiègent Vienne en 1529 (la prise de Constantinople par les Turcs marque la fin du Moyen-Âge et la naissance de l’Empire Ottoman). Silvius Poccolomini, futur pape Pie II (1458-1464), prêche la croisade contre les Turcs qui sont « en Europe, c’est-à-dire dans notre patrie, dans notre propre maison, dans notre domaine ». Mais il y a pire encore : en 1536 François Ier s’allie aux Turcs contre Charles Quint. Cette alliance d’un souverain catholique avec un souverain musulman, ajoutée aux frontières enfoncées de l’Europe, souligne l’irrémédiable déclin du concept de chrétienté envisagé dans sa dimension géopolitique. Mais il est également touché dans ses fondements moraux.

L’Empire espagnol confronte en effet l’Europe aux civilisations et aux peuples du Nouveau Monde. Une telle confrontation trouble doublement le concept de chrétienté. Aztèques et Mayas au Mexique, Incas au Pérou, prouvent que de brillantes civilisations peuvent éclore en dehors du monde chrétien. La main-d’œuvre indienne quant à elle, pose la question de l’altérité, de la reconnaissance du « sauvage » dans sa dignité d’homme, ce qui soulève un problème moral. Des voix s’élèvent, comme celle du dominicain Las Casas (1474-1516) qui défend inlassablement les Indiens et affirme qu’une société païenne n’est pas moins légitime qu’une société chrétienne1. De son côté Montaigne (1533-1592) développe la notion de relativisme : la diversité des peuples et des mœurs est une richesse pour l’humanité, et nul ne doit mépriser ou condamner des cultures autres que la sienne. L’envol de la colonisation déstabilise donc l’Europe du XVIème siècle à la fois dans son éthique chrétienne et dans son sentiment de supériorité sur le reste du monde. Mais c’est là le moindre mal : l’Église traverse une crise si profonde qu’elle va devenir la cible d’une grande partie de l’intelligentsia européenne.

2. La crise de l’Église

Depuis le milieu du XVème siècle les institutions chrétiennes sont en pleine dérive. Si la papauté a le mérite de protéger les arts et les lettres de la Renaissance italienne, elle offre le spectacle de la dépravation : train de vie fastueux, débauche, intrigues ou crimes caractérisent les pontificats qui se succèdent de 1455 à 1513, les tréfonds de l’ignominie étant atteints avec les Borgia Alexandre VI (1492-1503) et Jules II (1503-1513). La richesse insolente de l’Église, l’attribution d’évêchés ou d’abbayes à des personnes souvent indignes achèvent de discréditer le monde ecclésial. Le prédicateur dominicain Savanarole (1452-1498) n’a d’ailleurs de cesse de fustiger « l’Église infâme ». Gangrenée au sommet, elle l’est aussi à la base. Les curés n’ont plus aucune formation intellectuelle solide et nombre d’entre eux sont presque analphabètes. « Presque tous les prêtres, écrit Nicolas de Clamanges, sans comprendre ni les paroles ni leur sens, sont à peine capables de lire correctement syllabe par syllabe. Quel fruit auront-ils pour les autres, eux pour qui ce qu’ils lisent est barbare ? Comment arriveront-ils à obtenir de Dieu les grâces pour les autres alors qu’eux-mêmes l’offensent et déshonorent leur ministère par leur ignorance et l’indignité de leur vie ? »

3. Une « apparence de chrétienté »

L’historien Georges Duby a usé de cette formule pour qualifier les immensités campagnardes de l’Europe. Les mentalités paysannes y sont imprégnées de superstitions et de magie allant de pair avec la sorcellerie qui se développe considérablement aux XVème et XVIème siècles. En 1484 Innocent VIII (1484-1492) assimile les sorciers à des criminels et le « Mallus Maléficorum » (1486) expose les règles à suivre pour anéantir l’empire de Satan. En 1580 « La démonomanie des sorciers » de Jean Bodin (1530-1596) encourage la répression : par milliers des bûchers vont s’allumer dans toute l’Europe. Cette vivacité du paganisme dans les campagnes résulte de la déchéance du bas-clergé, lui-même victime d’une corruption gagnant toutes les instances de l’Église.

L’Europe chrétienne vacille. Touchée dans son idéal le plus haut, celui du concept de chrétienté, elle souffre aussi de la décadence de son Église. La décomposition de celle-ci n’est d’ailleurs qu’un élément d’une décomposition encore plus vaste, celle du monde féodal. Le Moyen-Âge se défait : la pensée traditionnelle affronte l’essor de la pensée scientifique, la réussite des banquiers italiens révèle l’irrépressible croissance du capitalisme, les empires ibériques inaugurent l’européanisation du monde, la noblesse décline alors que la bourgeoisie s’empare du pouvoir économique. Autant de forces vives désireuses d’en finir avec un héritage médiéval vu comme un frein aux temps nouveaux qui s’annoncent. C’est pourquoi une grande partie de l’intelligentsia chrétienne s’éloigne de l’Église pour se réunir autour de nouveaux pôles de rayonnement intellectuel.

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Informations

Titre Histoire du protestantisme - En 40 pages
Auteur
Editeur Uppr Editions
Langue FR
Date de publication 20/06/2015

Droits numériques

Ean EPUB 9782371681989
Type de protection Digital watermarking
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