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De la bienveillance envers soi-même Et autres discours

éditeur : Uppr Editions
catégorie : Santé, bien-être et famille > Développement personnel et relations
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

« Rien. Rien… Il n’y a rien à en dire. C’est toujours le même rituel : je me redresse, les yeux mi-clos. Puis, je pose difficilement un pied par terre, puis l’autre. Hésitante. Je finis par redresser tout mon corps. Le geste est lent, difficile, bien que quasiment automatique. Je me dirige à tâtons vers la salle de bain, et là, sans savoir, sans y penser, je redresse la tête et tombe nez à nez avec mon visage. Vertige de l’instant. Je suis saisie d’effroi : les yeux cerclés de noir ne laissent aucun doute sur l’état de ma fatigue. Le grain de peau est irrégulier, le teint pâle est presque gris. La bouche sèche est pincée. Mon regard me terrifie. Les cheveux en liesse inspirent la sortie d’un bombardement. Je ferme les yeux, baisse la tête et détourne le regard. Je pense immédiatement que j’ai de la chance de vivre seule, car je n’aimerais pas qu’un autre être que moi croise une telle image : j’ai presque honte. Quel écart il peut y avoir entre la femme qui parait en société et dans le monde, apprêtée, préparée, maquillée et celle dont le reflet matinal trahit toutes les imperfections ! Je viens de croiser mon image. Je viens de prendre en pleine face une dose « d’image de soi ». Mon regard n’est guère complaisant. J’ai plutôt envie de détourner le regard que de le soutenir. Mais entre l’image de moi policée, celle qui me rend belle, par l’effet d’un filtre (que ce soit par la magie de la lumière, du maquillage, de l’absence de lumière ou par un filtre résultant directement des nouvelles technologies) et celle renvoyée par la froideur du miroir matinal, où se trouve la vérité ? Où se trouve ma vérité ? ».

Certains diront : « tout dépend du regard que l’on porte sur soi ». En effet, selon que je suis d’humeur joviale ou de mauvaise humeur ; selon que j’aurais passé une bonne ou une mauvaise journée ; selon que j’aurais plus ou moins bien dormi, le regard que je vais porter sur moi sera différent, plus ou moins complaisant. Il n’est pas tant question ici de vérité que d’humeur. Reprenons la même scène du réveil, mais changeons un paramètre : je me réveille après avoir passé une nuit d’amour :

« J’ouvre les yeux. L’un, puis l’autre. Doucement. Je m’étire sans me redresser. Je me retourne délicatement. A côté de moi dort encore le corps de cet homme. Il est nu. Les draps ne le recouvrent pas entièrement. Je songe un instant à cette nuit, où nos corps se sont appartenu dans la pleine et entière réciprocité, sans distinction, sans altérité. Je lui ai appartenu. Ce matin, j’ai le sentiment de me sentir vivante de l’intérieur. Non, ce n’est pas tout à fait cela. Ou plutôt, ce n’est pas que cela. C’est plus simple et plus vrai : ce matin, j’ai le sentiment de me sentir aimée. Mon cœur et mon ventre, traversés par une intense émotion, se resserrent à l’idée de cette pensée : je suis heureuse. Sans précipitation et sans faire trop de bruit, je pose un pied par terre, puis l’autre. Je me dirige, un sourire en coin, complice de moi-même, vers la salle de bain. Je cherche le miroir, comme pour confirmer dans cette rencontre avec mon regard, que ce que je ressens à l’intérieur est bien réel à l’extérieur, que mon ressenti est bien visible. Au premier regard, je saisis deux yeux rieurs qui portent encore l’odeur de la jouissance, des agates dans les pupilles. L’air mutin, presque taquin, imprime sur les joues un fard pourpre : celui des grandes traversées d’émotions. Ma bouche est gorgée de désir, comme si elle n’était pas rassasiée… Puis, soudain je sens le corps de mon homme m’enlacer. Je suis rattrapée dans mes pensées et, à mon regard dans le miroir, vient s’ajouter le sien. Ce matin : je me sens belle. »

Où se trouve la vérité ? Où se trouve ma vérité ? Certains diront : « tout dépend du regard que l’on porte sur soi ». Selon que je pose un regard de bienveillance sur moi ou pas, l’image que je vais avoir de moi-même va se modifier. Cette bienveillance si souvent convoquée ces derniers temps dans nos temps hyper-modernes pour justifier que nous agissons avec humanité aux injonctions les plus nauséeuses : « sois bienveillant ! » ; « agis avec bienveillance » ; « adopte un management bienveillant », jusqu’au fameux impératif indigeste : l’incontournable « regard bienveillant ». Or, le sentiment d’humanité ne se décrète pas ! Le danger des injonctions, c’est que bien souvent on les applique sans les penser. Que vaut un acte bienveillant qui serait pour autant un impensé ? Que vaut la bienveillance quand elle est expression d’une injonction derrière laquelle il est facile de se cacher pour agir sans réfléchir ? Et quelle place pour une bienveillance envers soi-même face à l’impérialisme d’une société des apparences qui fait de la tyrannie de l’image une norme indubitable ?

Pour autant, il semble impossible de renoncer à la bienveillance, dernier bastion de notre humaine condition dans un monde où les valeurs ont chuté dans l’innommable. Renoncer à la bienveillance ce serait un peu comme nous arracher ce dernier élan d’espoir qui viendrait nous rassurer quand on se sent si facilement indifférent, si légitimement égoïste, si paisiblement hyper-individualiste. C’est pourquoi, entre vertu politiquement hyper-correcte et disposition naturelle qui tend librement vers le bien, il est urgent de penser l’impensé de la bienveillance.

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Informations

Titre De la bienveillance envers soi-même - Et autres discours
Auteur
Editeur Uppr Editions
Langue FR
Date de publication 20/01/2017

Droits numériques

Ean EPUB 9782371682054
Type de protection Digital watermarking
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