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Pilhan De quoi est-il devenu le nom ?

éditeur : Uppr Editions
catégorie : Actualité et documents
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

Prologue

Fin mai 1998, un appel téléphonique – c’est Jacques Pilhan(3). Je ne sais pas sa fin si proche. Il veut me parler d’un article que je vais publier et qui lui est largement consacré. J’ai souhaité avoir son imprimatur éthique et factuel. L’article(4) doit paraître dans La Célibataire, revue de psychanalyse clinique, logique, politique, lancée en 1998 autour de Charles Melman(5) et dont je suis un membre fondateur. Ces précisions sont importantes pour l’objectif de cet essai. J’avais présenté Pilhan et Melman, nos dîners conviviaux étaient à eux seuls un révélateur – d’un enjeu, d’une envie et d’une retenue. Une attirance réciproque méfiante.

Un terreau semble-t-il commun d’analyse mobilise 1. chez Melman : le vertical et le signifiant maître(6) ; 2. chez Pilhan : le symbolique ; 3. chez moi : la théorie des jeux(7) et les enjeux de la société numérique. Melman produira L’Homme sans gravité (2002), Pilhan L’Ecriture médiatique (1995) ; mon article La Paille dans la lucarne sera édité à l’automne 1998. Je ne cherche, ici, aucun rapport causal, mais décris un contexte.

Cet appel n’était pas anodin. Par le moment cruel, par la forme inhabituelle, trente minutes pour Pilhan c’était un exploit, mais, bien sûr, cet appel n’était pas anodin surtout par le fond. Je n’aime pas exposer les détails d’une conversation personnelle, qui plus est avec quelqu’un qui ne peut plus démentir et alors que j’en suis le seul témoin. Je ne livrerai que trois éléments et uniquement parce qu’ils autorisent et légitiment la poursuite de mon projet d’écriture : « je suis sur le cul » (une expression répétée dix fois pour bien signifier un point imprévu de convergence), « tout est juste », « tu as mis des mots sur ce qu’on a fait ».

Hors de Michèle, sa femme et complice, et de quelques amis, ceci est resté un instant précieux et personnel. L’article sortit à l’automne 1998. Entre-temps, Jacques nous avait quittés. Il n’aura pas connu la publication. Michèle eût la gentillesse de me dire quelques bonnes choses et surtout qu’elle aimait que j’aie dit : « Ainsi de 1984 à 1997, la France aura eu un aperçu d’un laboratoire live de l’installation de cette nouvelle donne sociale avec Jacques Pilhan, son meilleur stratège, peut-être aussi son plus grand utopiste », parce que c’était vrai.

Alors pourquoi, vingt ans après, réactualiser tout cela ? C’est en écrivant mon dernier livre, République sans curseur, et en décrivant le malaise contemporain, qu’arracher le lierre et voir les pierres pour ce qu’elles sont m’est apparu comme une tâche nécessaire.

Autant dire que je n’entends pas écrire ce que François Bazin a fait remarquablement (cf. Le sorcier de l’Elysée). Ici, on ne croisera pas les « people » de la saga Pilhan, des Présidents aux Ministres ou personnalités de la société civile. Seuls ceux que j’ai identifiés comme des acteurs de l’hypothèse que je vais formuler pourront être appelés à paraître : Jean-Luc Aubert, Claude Chirac, Jean Glavany… Eux, mais pas pour leur part opérationnelle, quelle qu’en soit l’importance, mais pour une complicité d’affect et de manière de regarder.

Ce que je veux interroger, c’est le malentendu entre la communication publique, les dispositifs opérationnels et la « passe » déterminante constituée par le symbolique qui semble faire aujourd’hui l’objet de malentendus, quand il ne fait pas cruellement défaut. Mais, au travers de cela, plus encore, l’impossibilité apparente de la société contemporaine, et singulièrement du discours politique, de générer la sublimation qui conditionne les grandes adhésions collectives.

Wanted femmes et hommes providentiels, à défaut discours de semblant qui comblerait le manque… Foutaises le mal est plus profond et mérite mieux que ces vœux pieux. Alors, pourquoi Pilhan aurait-il réussi durablement avant de lui-même rencontrer un vent mauvais nouveau (1995-1996) ? N’avait-il pas identifié un symptôme durable, le traité de Maastricht, comme un révélateur essentiel d’une cassure dans la cohésion sociale et l’adhésion politique ?

Qu’aurait-il fait à l’heure des réseaux sociaux et du numérique ?

Ceux qui attendent des recettes, qu’ils s’adressent au site du Marmiton, il n’en manque pas. J’en serais incapable. Techniquement. Mais plus encore parce que se poser ainsi la question participe du ratage de la nomination des douleurs contemporaines. Bazin a intitulé son livre Le sorcier de l’Elysée ; ça révèle la sensation de mystère. Mais il n’y pas de potion magique pour le sacré. L’analogie avec le psychanalyste est claire : il ne faut pas voir en l’analyste un « ingénieur des âmes » ; ce n’est pas un physicien, il ne procède pas en établissant des relations de cause à effet : sa science est une lecture, une lecture du sens.

Sans doute est-ce pourquoi, sans bien savoir ce qui se cache derrière les portes de son cabinet, on a tendance à le prendre pour un sorcier, et même un peu plus grand que les autres (Jacques Lacan, Entretiens avec Madeleine Chapsal, L’Express du 31 mai 1957).

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Informations

Titre Pilhan - De quoi est-il devenu le nom ?
Auteur
Editeur Uppr Editions
Langue FR
Date de publication 25/01/2017

Droits numériques

Ean EPUB 9782371682061
Type de protection Digital watermarking
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