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Donoso cortes

éditeur : Beauchesne Éditeur
catégorie : Religion et spiritualité
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Table des matières

Je n’entends pas étudier dans un livre, dont les ambitions ne peuvent être que limitées, toute la vie et toute l’œuvre de Donoso Cortés. Ce philosophe, un des plus grands dont l’Espagne puisse s’honorer, a été trop profondément mêlé à la vie politique de son temps pour que l’on puisse négliger le retentissement qu’ont eu sur sa pensée les luttes, les conflits et aussi, hélas ! les intrigues qui déchiraient sa patrie. Il faut laisser à ses compatriotes le soin de discerner la part de l’évolution personnelle et celle des événements extérieurs sur un homme dont la capacité de réflexion fut égale à la sensibilité1.

Donoso Cortés fut un très rare exemple de cette interpénétration de l’esprit de géométrie et de l’esprit de finesse qui — comme l’a bien vu Pascal — constitue l’intelligence. Chez lui, l’imagination était puissante ; elle lui fournissait, sans se lasser, les symboles qui forment la trame du discours de l’orateur : d’où ses succès à la tribune du Congrès. Elle lui fournissait même ces larges synthèses qui, si elles ne sont pas sans péril, n’en éclairent pas moins l’histoire. Mais il savait également discerner les causes et, fil par fil, recomposer la trame des événements dont il avait scruté le sens et anticipé le déroulement. Un heureux équilibre, qui d’ailleurs masquait un effort continu sur lui-même, assurait à ce sentimental une secondarité qui lui permettait de comprendre les faits et de les éclairer avant d’agir. S’il discerna les failles qui séparent en nous l’action de la pensée, il ne s’en attacha pas moins à les combler. De plus, il possédait cette éducation parfaite où s’ajoutent à tous les dons d’une culture raffinée la délicatesse des sentiments et cette capacité de discernement qui n’appartient qu’au cœur. Il souffrit, au plus profond de son âme, des discordes et des révolutions auxquelles il était bien malgré lui mêlé : bien malgré lui, car cet aristocrate, que tout destinait à jouer un rôle de premier plan, souhaitait par-dessus tout de pouvoir se tenir en dehors et au-dessus de la mêlée ; il aurait pu, étant plus loyal et plus clairvoyant que tant d’autres, diriger — il avait certes l’étoffe d’un chef d’État, — il se borna à conseiller. Il eut le sens du moment où des réformes peuvent être efficaces, et percevait la mesure exacte de ce qu’on peut consentir sans mettre en péril les principes sur lesquels repose la stabilité de l’État. Mais ses conseils furent mal suivis : son esprit conservateur le rendait suspect aux progressistes ; son souci du bien-être général et de la prospérité des classes déshéritées plaisait peu aux conservateurs. L’ordre social qu’il préconisait était, il aimait à le répéter, fort différent de celui qui régnait à Varsovie. Sa formule : « tout pour le peuple, rien par le peuple » est celle justement qui ne plaît à personne. Elle n’agrée point aux conservateurs qui n’entendent renoncer à rien de ce qu’ils possèdent ou de ce qu’ils acquièrent ; elle scandalise les démagogues qui entendent surtout éveiller les ressentiments et spéculent sur la misère pour se hisser au pouvoir. Narvaèz lui-même, qui avait fait sienne sa phrase favorite : « Gouverner, c’est résister », ne l’appliqua pas toujours avec discernement. Il est des cas où cette résistance est illégitime parce qu’elle ne défend que des intérêts, inefficace parce que trop tardive. Il eût fallu s’en rendre compte à temps.

Donoso Cortés souffrit plus que quiconque de déchirements dont il sut percevoir les raisons profondes. Le carlisme ne traduisait-il pas surtout l’attachement sain et touchant de populations profondément croyantes à un despotisme éclairé qui avait, durant des siècles, assuré la grandeur de la nation espagnole ? Caractérologue avant la lettre, il aperçut même les infiltrations dangereuses du fatalisme musulman dans le catholicisme espagnol : développant, dans son important Discours sur les relations avec l’étranger, cette idée qu’une civilisation ne peut agir vraiment sur une autre qu’en tant qu’elle est en contact avec elle et qu’elle en a elle-même subi l’influence, il voit dans l’Espagne la tête de pont de l’Europe vers l’Afrique. Ainsi la France pour lui ne peut réaliser sa mission en Afrique que si elle se résout à une entente avec les pays de la péninsule ibérique. Entre la culture française et la vieille civilisation africaine, il y a, selon lui, une solution de continuité géographique, physique, morale ; entre les coutumes raffinées de la France et les coutumes africaines, barbares et primitives, s’intercalent les mœurs espagnoles, tout à la fois primitives et cultivées ; de même, ajoute-t-il, entre le mahométanisme fataliste de l’Africain et le catholicisme philosophique français, toujours nuancé de scepticisme, « s’intercale le catholicisme espagnol avec ses tendances fatalistes, avec ses reflets orientaux ». L’esprit inquiet et sombre de l’Inquisition y demeure toujours présent. La Vérité y est entière et sans ombre, nue et abrupte comme les hautes montagnes des sierras que le soleil éclaire d’une lumière crue. Il se rendit compte que les libéraux, les progressistes étaient le plus sûr appui de la régente Marie-Christine. Il faut au peuple des mots clés capables d’illuminer son destin. A l’autorité stricte qui maintient intégralement le passé et qui veut immuables les institutions, on ne pouvait opposer que la liberté. Mais les enivrements de la liberté sont aussi périlleux que les excès du despotisme. Les Gouvernements mixtes ne sont que l’invention d’esprits débiles qui renoncent à toute discipline de pensée. On ne mélange pas plus la vérité et l’erreur que l’eau et le feu. L’art de gouverner est une chose, — et nous verrons que D. Cortés en connaissait et en savait fort bien appliquer les règles — ; mais les principes en sont une autre, et l’autorité ne peut se diviser sans se perdre.

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Informations

Titre Donoso cortes
Auteur
Editeur Beauchesne Éditeur
Langue FR
Date de publication 01/01/1956

Droits numériques

Ean EPUB 9782701020846
Type de protection Adobe DRM
Ean PDF 9782701020907
Type de protection Adobe DRM
Ean papier 9782701020228
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