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Guillaume le Conquérant

éditeur : Editions Jean-Paul Gisserot
catégorie : Histoire moderne et contemporaine > Europe
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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2,99 €
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Résumé

Extrait

Introduction

« Les Normands aussi bien que des Anglais ont écrit sur le roi Guillaume, poussés par des motifs différents. Les premiers se sont adonnés à des louanges excessives, portant aux nues ses bonnes actions comme ses mauvaises, alors que les seconds, par haine nationale, l’accablaient de leurs noires calomnies. »

La préface que compose dans les années 1120 l’historien Guillaume de Malmesbury pour le troisième livre de son Histoire des rois d’Angleterre, dit bien toute l’ambiguïté qui s’attache aux traces de Guillaume, duc de Normandie à partir de 1037, puis roi d’Angleterre à partir de 1066, jusqu’à sa mort en 1087. Présenté comme un héros dans sa région d’origine, il fut longtemps dénoncé outre-Manche comme un tyran et un oppresseur des libertés. Les historiens britanniques du XIXe siècle lui reprochaient d’avoir instauré l’absolutisme honni dans l’île et d’avoir détruit le système « démocratique » qui aurait existé dans l’Angleterre anglo-saxonne. De tels jugements paraissent aujourd’hui bien excessifs, mais les appréciations des historiens sur l’action de Guillaume demeurent très divergentes, d’autant que la documentation dont nous disposons est fragmentaire et laisse une large place à l’interprétation selon les sources qu’on choisit de mettre en avant ou d’écarter.

Pourtant, la vie de Guillaume est assez bien connue par rapport à celle de ses contemporains puisque de nombreux historiens médiévaux se sont intéressés à lui, et ce, dès son vivant. Le plus important est sans conteste Guillaume « de Poitiers », ainsi appelé parce qu’il fit une partie de ses études dans cette ville, mais qui était en réalité un Normand. Il suivit par la suite Guillaume en tant que chapelain et rédigea une biographie de son héros, résolument partisane. Œuvre de cour, son Histoire de Guillaume n’est pas à rejeter pour autant, loin de là. Guillaume de Poitiers connaît bien les événements qu’il raconte et les acteurs qu’il met en scène, et il nous montre ce que les Normands souhaitaient entendre. Malheureusement, son texte ne nous est pas parvenu intact : il y manque le récit des premières années de la vie de Guillaume jusqu’en 1047. Il s’interrompt également, brutalement, en 1067-1068, bien qu’il fasse quelques allusions à des événements postérieurs, car l’œuvre semble avoir été rédigée au début des années 1070.

L’autre historien normand contemporain est Guillaume « de Jumièges », du nom du monastère où il passa sa vie. Il écrivit en plusieurs étapes des Gestes des ducs normands, reprise et continuation d’un texte du même titre composé au début du XIe siècle par Dudon de Saint-Quentin. Il s’interrompt en 1070 et fournit dans l’ensemble moins d’informations que Guillaume de Poitiers. Par la suite, son texte fut à son tour repris et développé au XIIe siècle par Orderic Vital et par Robert de Torigni.

Sur la conquête de l’Angleterre et la bataille de Hastings, nous disposons d’un long poème, composé dans les mois ou années suivant les événements, sans doute par l'évêque Guy d’Amiens. On s’est longtemps interrogé sur l’auteur et la valeur historique du texte ; la grande majorité des historiens le considèrent aujourd’hui comme une source de premier ordre dont l’auteur est bien Guy.

De l’autre côté de la Manche, il existait depuis la fin du IXe siècle une chronique, c’est-à-dire un texte historique enregistrant les événements année par année, régulièrement mise à jour, la Chronique anglo-saxonne. Certaines versions en furent poursuivies après la conquête et nous donnent le point de vue des vaincus, en général très hostile au Conquérant.

Le début du XIIe siècle vit le développement d’une abondante production historiographique en Normandie comme en Angleterre. Ces œuvres, de très bonne qualité, contiennent souvent des informations de la plus haute importance. Orderic Vital, Anglais devenu moine à Saint-Evroul en Normandie, écrivit une Histoire ecclésiastique, à l’origine centrée sur son monastère, mais qui s’élargit par la suite à l’histoire politique. Il y adopte souvent le point de vue anglais pour critiquer le Conquérant. Guillaume de Malmesbury, déjà cité, tenta pour sa part une fusion de ces traditions anglaise et normande dans son Histoire des rois d’Angleterre. Il est sans doute le plus grand historien anglais du XIIe siècle et fournit des renseignements précieux, même si, comme dans le cas d’Orderic Vital, on peut parfois s’interroger sur leur fiabilité. S’y ajoutent d’autres auteurs, comme Henri de Huntingdon ou Jean de Worcester, dont les textes transmettent parfois des informations d’importance. Jean a ainsi utilisé pour son texte une version de la Chronique anglo-saxonne qui ne nous est pas parvenue et dont sa Chronique des Chroniques est le seul témoignage. Plus tard, durant les années 1170, un certain Wace composa le Roman de Rou, texte en langue anglo-normande qui reprend des traditions antérieures et nous transmet un certain nombre de renseignements importants parmi de nombreux épisodes légendaires. Il faut alors chercher, transformé par un siècle d’embellissements, le noyau originel.

Parmi les textes « narratifs », on peut ajouter quelques rares vies de saints, comme celle de Helluin ou de Lanfranc. Plus importants pour reconstituer la vie de Guillaume sont les documents officiels émis par lui (on parle de textes « diplomatiques » car ce sont des diplômes) ou sur lesquels il a apposé sa signature. Plusieurs centaines ont survécu et nous permettent de reconstituer certains de ces itinéraires (quand le lieu et la date d’émission sont mentionnées), mais aussi la hiérarchie de son entourage. En effet, lorsqu’ils attestent ces chartes, les grands le font par ordre d’importance à la cour : le premier est le plus puissant, et ainsi de suite. D’autres documents officiels, comme le Domesday Book, réalisé à sa demande en 1086, fournissent d’importantes informations sur le gouvernement de Guillaume en Angleterre.

Les constructions qu’il fit réaliser témoignent aussi de son ambition et de son pouvoir : beaucoup ont disparu, surtout en Normandie, mais il subsiste les abbayes aux Hommes et aux Dames de Caen et de très nombreuses cathédrales anglaises, ainsi que des châteaux comme la fameuse tour de Londres, dont la construction fut entamée sous son règne.

À ces sources, dont on trouve des exemples pour les grands personnages du temps, il faut en ajouter une tout à fait exceptionnelle, la tapisserie de Bayeux. Brodée à la demande d’Odon, demi-frère de Guillaume, évêque de Bayeux et comte du Kent, elle raconte en la justifiant la conquête de l’Angleterre ou, plus exactement, le parjure de Harold, qui se serait engagé à transmettre la couronne d’Angleterre à Guillaume, avant de se renier et d’en être puni à Hastings. Là aussi, il s’agit d’une œuvre de propagande, mais elle ne reprend pas toujours le point de vue « officiel » normand, puisque l’action est racontée en accordant une très grande place à Odon et que Harold est présenté sous un jour bien plus favorable que dans les textes normands. Sans doute réalisé en Angleterre, à en juger par l’orthographe et le style (mais d’autres origines ont également été proposées), elle est d’une interprétation parfois délicate, car certaines représentations ne correspondent pas exactement à la réalité.

Comme c’est le cas avec tous les personnages historiques importants, la légende s’est très tôt emparée de la vie de Guillaume : la plupart des épisodes ou mots célèbres qu’on lui attribue sont à prendre avec précaution. Depuis l’Antiquité, en effet, le fait d’inventer le discours que l’on place dans la bouche de ses personnages est considéré comme une pratique parfaitement normale pour un historien. L’invention d’exploits personnels est elle aussi ancienne que l’homme mais, même lorsqu’on ne croit pas à tout ce qui est raconté, il importe de le prendre en compte, car de telles histoires révèlent ce que les lecteurs attendaient.

Le squelette de Guillaume n’est pas conservé puisqu’en mai 1572 les protestants ont pillé l’abbaye Saint-Étienne de Caen où il était enterré. Seul le fémur gauche aurait été conservé : il indique que Guillaume mesurait un peu plus de 1, 70m. Cependant, les conditions rocambolesques dans lesquelles il a été transmis incitent à être très prudent sur son authenticité. Mieux vaut s’en tenir aux descriptions de ses contemporains, qui en font un individu de grande taille, sans plus. On sait par ailleurs qu’à la fin de sa vie il a considérablement pris du poids, ce qui a provoqué divers problèmes de santé.

La vie de Guillaume n’est pas connue de manière uniforme. Les sources dont nous disposons pour la Normandie sont inférieures à celles qui traitent de l’Angleterre. D’une manière générale, nous sommes bien mieux renseignés sur sa carrière à partir des années 1050, et plus encore à partir des préparatifs de la conquête, que sur sa jeunesse.

Malgré ces difficultés, répétons-le, il est possible de raconter la vie de Guillaume sans devoir combler par l’imagination de vastes blancs, comme c’est le cas avec les autres personnages du temps. On peut même penser que c’est un des hommes du XIe siècle dont la vie est la mieux connue.

Afin de la raconter sans lasser le lecteur par l’énumération des guerres et escarmouches presque permanentes, nous avons préféré ne pas suivre ici strictement la chronologie. Tout en respectant les grandes phases de la vie de Guillaume, nous avons regroupé les événements autour d’axes thématiques et géographiques. Ainsi, les conflits sont traités dans la durée et non dans leurs multiples rebondissements, dont beaucoup ne sont pas bien datés, du reste. Ce regroupement ne doit pas faire oublier l’activité incessante de Guillaume, toujours prêt à se précipiter sur un champ de bataille lointain pour faire respecter son autorité. Même à une époque où l’itinérance seigneuriale est la règle, son activité impressionne les contemporains et le biographe.

La transcription des noms de personnes et des titres pose toujours de délicats problèmes. Nous avons essayé d’être cohérent en ne donnant qu’un nom aux personnages, même si les choix de détail peuvent être contestés. Ainsi de celui que nous appelons Odon de Bayeux, que l’on nommerait aussi à bon droit Eude, puisque ce sont deux traductions du nom latin Odo. Plus difficile et plus lourde d’enjeux est la question du statut du royaume : doit-on parler de France ou de Francie ? Nous avons tranché en faveur du premier terme pour des raisons de clarté, tout en sachant qu’il n’implique pas de prise de conscience nationale. Parler de Francie serait tout aussi justifié. La titulature du prince normand n’est pas sans ambiguïté non plus, puisque pendant longtemps il est appelé « comte » avant de devenir « duc » au début du XIe, mais ces deux titres coexistent durant plusieurs décennies. Enfin, soulignons que le surnom de Conquérant attribué à Guillaume pose un problème historiographique. Guillaume ne prétendait pas être un conquérant puisqu’il considérait que l’Angleterre lui revenait par droit de succession. Qu’il soit passé dans l’histoire sous ce nom constitue une défaite posthume mais, comme il n’en a pas d’autres – « le Bâtard » n’ayant plus de sens une fois que son pouvoir est bien établi et que personne ne s’aviserait de contester sa légitimité – nous l’utiliserons parfois pour le distinguer des nombreux autres Guillaume qui peuplent son entourage.

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Informations

Titre Guillaume le Conquérant
Auteur
Editeur Editions Jean-Paul Gisserot
Langue FR
Date de publication 01/10/2012

Droits numériques

Ean EPUB 9782755803459
Type de protection Adobe DRM
Ean papier 9782755802153
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