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La sonatine de Clementi

éditeur : M.E.O.
catégorie : Romans et nouvelles
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

Laurent reprit sa température. À peine 38°. Pourtant, le polo lui collait à la peau et il sentait que de nouveau ses paupières tremblaient un peu.

Descendrait-il quand même en ville après le déjeuner ? La Pensione Bencistà était beaucoup plus calme que d’habitude. Il la retrouvait comme trente ans auparavant, monacale, fraîche, à peine encombrée de claquements de portes et d’appels du personnel. Il aimait alors faire une longue sieste dans sa chambre, les persiennes rabattues sur les fenêtres puis les volets, juste un rien entrouverts afin qu’il fût convaincu que le soleil était toujours là. Parfois, une obscurité plus forte le réveillait. Alors, il espérait l’orage, quittait le lit pour écarter les volets et voir si les nuages s’étaient accumulés au-dessus de Florence. Si c’était le cas, ce qu’il espérait chaque fois, il ouvrait tout grand, retournait au lit et attendait le premier coup de tonnerre.

Il remit le thermomètre dans l’étui métallique, et le rangea soigneusement dans sa trousse de toilette. L’odeur de transpiration lui donna une nausée qui l’effraya. Il ôta le polo mauve et l’étendit soigneusement sur le dossier d’une chaise afin qu’il séchât un peu, s’assit un court instant sur le lit, car la tête lui tournait, puis enfila le polo blanc acheté la veille à l’Upim. Ou était-ce au Coin ? Il ne savait plus. Décidément, il ferait mieux de consulter un médecin.

– Vous ne mangez pas à la terrasse ? demanda Beatrice.

– Non, il fait trop chaud et… Et je ne me sens pas très bien. Je préfère en bas, dans la salle à manger.

– Comme vous voulez, mais c’est dommage : nous vous avions réservé votre table à l’ombre du jasmin. Il embaume aujourd’hui.

– C’est très gentil à vous, mais vraiment je préfère ne pas sortir.

D’ailleurs, je crois que je resterai à l’hôtel cet après-midi.

Laurent était seul dans le restaurant. La serveuse lui apporta la bouteille de rosé qu’il avait entamée la veille.

– Mais vous savez bien que je ne bois jamais de vin à midi !

Il entendit la voix résonner dans son oreille, rocailleuse, rude comme du schiste. Il le regretta tout de suite. La serveuse était toujours aimable avec lui et ne méritait vraiment pas qu’il lui parlât sur ce ton. Elle s’était déjà éloignée, mais il la rappela :

– Je ne bois jamais de vin à midi.

Cette fois, il avait mis dans sa voix une douceur de pâte de fruits. Elle lui sourit et dit :

– Oui, je suis vraiment désolée, Monsieur. Pardonnez-moi. Je n’ai pas toute ma tête aujourd’hui. J’ai reçu de mauvaises nouvelles de ma soeur Anna.

– Anna ? Celle qui faisait les chambres avec vous il y a si longtemps ?

– Elle ne va pas bien du tout. Évidemment, elle n’est plus très jeune.

Pendant qu’elle s’éloignait, Laurent calculait. Anna, c’était quand ? Dans les années 80 ? Oui, début des années 80. Il avait trente-cinq ans, la première fois qu’il était venu à Florence. Anna devait donc avoir près de quatre-vingts maintenant, plus peutêtre. Et la soeur, comment s’appelait-elle déjà ? Giovanna ? Non, pas Giovanna. Il le lui demanderait.

– Dites à Anna que je garde un très bon souvenir d’elle, voulez- vous ? Voulez-vous, chère… ? Chère… ? Oh ! voilà que j’ai oublié votre prénom. Moi non plus, je n’ai pas rajeuni.

– Rita, Monsieur, Rita.

– Rita, oui c’est ça, Rita. Vous pouvez emporter les fruits, Rita. Je prendrai plutôt un peu de fromage.

– Gorgonzola ?

Le mot lui rappela ce vieil inspecteur d’assurances qui était à la pension les premières fois qu’il était venu ici. Pommier ? Quelque chose comme cela. Le plus fidèle représentant de la France et des Français qu’il ait jamais vu ! Pas un mot d’italien. À la rigueur quelques bribes d’anglais avec les Américains. Et jamais un sourire. Mais toujours là pour commenter et conseiller. Un soir que le voisin de table des Pommier hésitait sur le fromage, l’inspecteur lui avait conseillé :

– Prenez du gorgonzola, c’est du roquefort.

Toute la France, ça, pensa Laurent.

De se souvenir de cette époque le fit sourire et le rendit triste en même temps. Où étaient-ils tous passés ? Cette dame juive handicapée de la main gauche, qu’était-elle devenue ? Stein ? Oui, c’est ça, Ruth Stein. Elle était venue des États-Unis pour restaurer des livres anciens abîmés lors des grandes inondations de 1966. Presque vingt ans plus tard, tant d’oeuvres n’avaient pas encore été réparées. Il l’avait revue une fois ou l’autre. Une érudite. Mais comment faisait-elle, avec cette main pratiquement paralysée, pour remettre en état les reliures ?

Il y avait aussi le danseur qui venait pieds nus à table. Jérôme ? Et ce jeune homme mystérieux qui se promenait toujours avec les oeuvres de Chateaubriand dans la Pléiade et mangeait même avec elles.

Et madame Bonnet, une Corse qui lui avait raconté les plasticages dont elle avait été victime. Parlant de paysans qui avaient bu un coup de trop, elle avait dit : « Ah, ces contadins éméchés. » Même quand elle parlait italien avec le personnel ou des voisins, elle utilisait une langue qui avait disparu. Elle critiquait l’ancien maire de Florence en disant de lui que c’était un forestiere. Laurent avait dû vérifier dans le dictionnaire pour comprendre que c’était simplement un étranger à la commune !

Il y avait aussi l’ancienne comédienne alsacienne. Et l’aquarelliste.

Et elle surtout. Elle.

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Informations

Titre La sonatine de Clementi
Auteur
Editeur M.E.O.
Langue FR
Date de publication 01/02/2017

Droits numériques

Ean EPUB 9782807001046
Type de protection Adobe DRM
Ean PDF 9782807001039
Type de protection Adobe DRM
Ean papier 9782807001022
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