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La route des cendres

éditeur : M.E.O.
catégorie : Romans et nouvelles > Littérature française
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

La maison a tremblé quand il est parti un matin de pluie, un matin étincelant. Il pleuvait des diamants de lumière, des gouttes de soleil mouillé qui allumaient le bitume.

Il a franchi la barrière de bois au bleu écaillé – il ne se rappelait pas l'avoir jamais repeinte – et il a saisi la bête par les cornes, pour ne pas se retourner et voir les larmes sur les fenêtres, ne pas entendre la souffrance sourdre des murs rougis de vigne. Et surtout il a craché dans la terre, un long jet de salive. Il a craché comme on vomit son âme ou l'alcool à l’œuvre dans ses tripes.

Les mains crispées sur les bretelles du sac, il a lutté et bientôt la carcasse s'est mise en mouvement, l'a arraché au trottoir où il s'enlisait.

« Quand tu pars, ce sont les premiers pas qui comptent », il ne sait pas de qui est cette phrase – il a tellement lu de phrases –, mais elle s'est imprimée en lui pour resurgir au bon moment. Les premiers pas, qui donnent le ton, le « la » d'une autre vie, sans filet pour les chutes, sans toit pour abriter les peurs… Une autre vie pour oublier les démons enterrés au hasard des jardins secrets, ou pour expier les visages lapidés par le silence. Ou pour oublier un visage surtout. Il part pour marcher contre le vent, contre le temps, comme on surfe une vague d'automne.

Il a fermé sa porte comme les autres matins, quand il se rend à la gare pour gagner Bobigny où il travaille dans un dépôt pharmaceutique. À la Fac, où il étudiait la chimie, il aimait par-dessus tout marcher à la lisière de l'automne, quand les premiers frimas reniflent le fond de l'air en se demandant s'ils vont s'installer. Il remontait la Seine, presque persuadé d'entrer un jour dans un grand laboratoire pour travailler sur des vaccins prometteurs. Bien sûr, il n'aurait jamais le prix Nobel, mais il participerait, il apporterait sa petite pierre à l'édifice, il serait dans la course comme un jogger anonyme au marathon de New York… « Se fondre dans la masse en ayant conscience d'y avoir une place aussi importante qu'infime », c'étaient les mots de son grand-père, il vendait des chaussures sur les marchés – il les réparait aussi – et il ajoutait avec son accent inimitable que sans lui le monde marcherait pieds nus.

David a dépassé la gare. Aujourd'hui, il ne prend pas le RER, il enjambe les rails via le gros tube en plastique qui abrite la passerelle et vire sur la droite dans la direction de Meaux. Tout à l'heure, s'il est trop fatigué, il coupera à travers champs pour rejoindre la Nationale et lèvera le pouce comme aux plus beaux jours de sa jeunesse. À bientôt quarante ans, il laisse sa vie derrière lui avec un goût d'amertume qu'il n'aurait pas imaginé. Il n'y a pas que les fenêtres qui pleurent. Les larmes montent aussi à l'assaut de sa gorge. Les larmes viennent du ventre – comme tout le reste – et les yeux ne sont que les orifices de sortie, des déversoirs dont les vannes sont enfouies au plus profond du corps. A-t-il des raisons de pleurer ? D'être malheureux ? De partir ?

David élude les questions. À quoi bon se les poser puisqu'il n'a pas le choix ? Son départ l'arrache à l'attente, à la soumission… C'est une fuite en avant, une fuite qu'il a choisie sans vraiment réfléchir, il fallait qu'il parte, c'est tout…

Les escaliers de la passerelle, et déjà l'idée qu'il a trop chargé son sac. Les bretelles mordent la chair, ou ce sont les coutures de sa veste de pluie… Ou simplement le poids des souvenirs qu'on ne veut pas laisser. Peut-être que cela va passer, qu'il va s'habituer en entrant dans la marche. C'est une question de rythme, paraît-il, le corps doit réapprendre à se mouvoir, à balancer à la cadence du pas, la tête bien droite, les épaules décontractées, sinon le sac tire trop sur la nuque… David se donne quelques heures pour prendre la décision du sacrifice. À la mi-journée, si son dos cassé demande grâce, il fera l'inventaire de son sac. Pour l'heure, il coupe par de petites rues calmes. Un rayon de soleil pointe le museau entre les toits et se niche à l'angle d'une haie. C'est beau. David hâte le pas. Il a eu raison de partir.

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Informations

Titre La route des cendres
Auteur
Editeur M.E.O.
Langue FR
Date de publication 01/02/2017

Droits numériques

Ean EPUB 9782807001077
Type de protection Adobe DRM
Ean PDF 9782807001060
Type de protection Adobe DRM
Ean papier 9782807001053
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