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Togo 1990-1994 ou le droit maladroit

éditeur : Karthala
catégorie : Histoire moderne et contemporaine > Monde
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

I-1

Le procès Dossouvi-Agbélengo.

Première secousse (5 octobre 1990)

Pour l’ensemble des démocrates togolais de l’époque, c’est la date du 5 octobre 1990 qui aura indiscutablement marqué le déclenchement de la lutte populaire pour l’obtention d’un État de droit et la liquidation d’un régime autocratique vieux de presqu’un quart de siècle, populaire à ses débuts mais progressivement devenu – ici comme ailleurs – insupportable au plus grand nombre.

Ce jour-là, dans la grande salle du Palais de Justice de Lomé déjà bondée bien avant 7 heures du matin, l’ambiance est plus que houleuse. Inculpés d’outrage aux autorités et complicité, Logo Dossouvi et Doglo Agbélenko, jugés à une première audience le 21 septembre suivie d’un délibéré, vont savoir quelle peine le Tribunal correctionnel leur inflige pour avoir, en août, confectionné et distribué des tracts offensant le chef de l’État. Le public, composé en majorité de jeunes, étudiants, apprentis, chômeurs et « badauds1 » (7 000 pour les uns ou même 10 000 pour les autres2 !) est nerveux et hostile. Peu après l’arrivée des prévenus dans la salle, il explose, poussant cris et slogans politiques et entonnant l’ancien hymne national « Terre de nos aïeux » qui a été celui de l’indépendance en 1960. L’atmosphère s’échauffe, le tumulte s’amplifie. Pareil désordre ne s’est jamais vu dans un prétoire togolais et n’est évidemment pas de mise dans un pays rigidifié par deux décennies de parti unique sans véritable évolution. On requiert les forces de l’ordre mais policiers et gendarmes, sans même avoir pris de lui leurs instructions, font irruption dans la salle et, encouragés – semble-t-il – par le directeur de la Sûreté en personne, la font évacuer sans douceur ni états d’âme.

À l’extérieur, la flambée populaire, spontanée ou non, plus vraisemblablement préparée depuis deux semaines, est immédiate. Lomé s’embrase4. À la fin de la journée, le bilan provisoire va s’établir à 4 morts, 34 blessés dont 2 graves, 26 véhicules brûlés, 6 commissariats incendiés ou saccagés, surtout dans la moitié est de la capitale. On n’a rien vu de tel à Lomé depuis vingt-quatre ans lors de l’émeute du 21 novembre 1966 peu avant la chute du président Nicolas Grunitzky et l’avènement du régime actuel.

C’est alors que les avocats, présents dès le matin et victimes eux-mêmes de la brutale intervention des forces de l’ordre, se font recevoir, immédiatement et « en robe », par le président Eyadema pour lui signifier leur indignation et leur décision de déclencher une grève de trois jours à compter du lundi 85. Pour eux, l’affaire est non seulement professionnelle, éthique et judiciaire (le Tribunal correctionnel, reprenant immédiatement l’audience et siégeant sans défenseurs ni public, vient de condamner Logo et Doglo à chacun cinq ans de prison ferme6) mais aussi et avant tout politique. Du coup, dans la foulée, l’Ordre des avocats informe le chef de l’État de son intention de lui soumettre « un document sur l’avenir politique du Togo ». Ce sera chose faite le 11 octobre. On va y revenir aussi. En tout cas, une période nouvelle s’ouvre dont il est bien difficile, au soir du 5, d’esquisser le contenu.

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Informations

Titre Togo 1990-1994 ou le droit maladroit
Auteur
Editeur Karthala
Langue FR
Date de publication 27/04/2015

Droits numériques

Ean PDF 9782811112783
Type de protection Digital watermarking
Ean papier 9782811112776
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