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Eskom - Électricité et pouvoir en Afrique du Sud

éditeur : Karthala
catégorie : Économie > Economie industrielle
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

INTRODUCTION

Eskom, un objet technopolitique

« There is no crisis at Eskom. I think the way

Eskom gets reported on creates the

perception of a crisis »

Tshediso Matona, Eskom Chief Executive

Officer, December 8, 2014.

Premier producteur africain d’électricité, classée au onzième rang mondial par la capacité installée, au sixième rang des firmes africaines tous secteurs économiques confondus, Eskom Holdings SOC Ltd est une entreprise publique en monopole, verticalement intégrée, détenue à 100% par l’État sud-africain et non cotée en Bourse. Elle fournit 95 % de l’électricité consommée en Afrique du Sud, 38 % de celle utilisée en Afrique et possède la seule centrale nucléaire du continent. Propriétaire et gestionnaire du plus grand système technique électrique africain, ce champion national a été ébranlé en 2008, lorsqu’il a dû multiplier les coupures tournantes et les délestages sectoriels afin d’éviter une rupture totale de la desserte en électricité. Depuis lors, les dysfonctionnements du réseau s’accumulent, les états d’alerte sont périodiques, les coupures tournantes ont repris en 2014 et la marge de réserve d’Eskom est quasi nulle. L’équilibre précaire entre capacité réelle de production et demande est devenu structurel et la gestion du réseau relève de l’improvisation dans l’urgence. Alors qu’en 2014 la consommation nationale d’électricité est moindre qu’en 2008, Eskom, aux abois durant les pics de demande, en est réduite à gérer l’incertitude et les difficultés ne devraient cesser au mieux qu’en 2018 ou 2019, quand les deux nouvelles mégacentrales à charbon propre seront totalement opérationnelles, ce qui demeure très hypothétique.

Ces défaillances productives répétées sont qualifiées de crise, notion mobilisée par la plupart des acteurs nationaux (chambres économiques, organisations syndicales et politiques, associations citoyennes, ingénieurs, experts et chercheurs), à l’exception des dirigeants d’Eskom1 et du gouvernement, lequel a pourtant créé, le 10 décembre 2014, un dispositif ad hoc2 et décrété un plan d’urgence3. Plaçant l’énergie électrique au premier rang de ses neuf priorités de croissance, le président Jacob Zuma, dans son discours à la Nation du 12 février 2015, a préféré évoquer un défi (« resolving the energy challenge ») et une contrainte (« the country is currently experiencing serious energy constraints ») plutôt qu’une crise4. S’il s’agit simplement de caractériser un dysfonctionnement technique, l’usage du terme de crise atteint rapidement des limites ; en revanche, s’il s’agit, au-delà de défaillances réelles des centrales thermiques et/ou du réseau de distribution, de comprendre la nature d’une déstabilisation à caractère systémique affectant non seulement le réseau mais aussi l’opérateur, cet usage fait sens. On ne peut en effet réduire la crise électrique sudafricaine à ses seules dimensions techniques. D’une part, ces dernières ne sont pas des isolats, elles ont une histoire et sont ancrées dans une société particulière, d’autre part, l’énergie électrique a eu et garde un rôle central dans la construction et l’évolution du complexe politico-économique sud-africain. La crise dite électrique est surtout celle d’Eskom en tant qu’organisation publique en monopole. Il faut donc dépasser la dimension technique et interroger les relations de réciprocité entre la construction du pouvoir d’État, avant, pendant et après l’apartheid, et celle d’Eskom, organisation d’abord créée sous forme d’une commission en 1923, corporatisée en 1987 et convertie en entreprise publique en 2001.

Ce petit ouvrage est consacré à ces relations organiques. Ni monographie, ni histoire d’Eskom, il est encore moins une analyse du secteur électrique ou, plus largement, de la question énergétique en Afrique du Sud et de la transition dans laquelle le pouvoir d’État s’est engagé depuis 2011 pour amoindrir la pesante addiction au charbon. Tous ces thèmes sont déjà amplement traités dans une foisonnante littérature technique, universitaire et militante tandis que d’anciens dirigeants d’Eskom ont rédigé des ouvrages mémoriels (McRae, 2006 ; Khoza et Adam, 2007) apportant une riche contribution à la connaissance intime des rouages de l’organisation. Nous tentons ici de comprendre comment et pourquoi l’une des entreprises emblématiques du capitalisme d’État sud-africain, distinguée en 2001 par l’obtention du prix de la Global Power Company of the Year, est aujourd’hui en détresse et proche du naufrage.

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Informations

Titre Eskom - Électricité et pouvoir en Afrique du Sud
Auteurs ,
Editeur Karthala
Langue FR
Date de publication 30/03/2015

Droits numériques

Ean PDF 9782811113988
Type de protection Digital watermarking
Ean papier 9782811113971
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