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L’ogresse dans la littérature orale berbère

éditeur : Karthala
catégorie : Sciences humaines et sociales > Linguistique et Lettres
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

Étant à la recherche de la signification d’un mot, celle d’un terme employé en littérature orale berbère?[1]? — l’ogresse — nous ne pouvions envisager cette recherche sans nous interroger sur les conditions d’expression d’une part et, d’autre part, sur la nature du message qui le véhiculait. Cette double exigence correspondait aussi à la conviction que nous avions : l’expression orale demeurerait inintelligible tant que son explication ne s’épaulerait pas d’une interrogation sur les conditions de possibilités de toute expression. Cette conviction se trouva renforcée lorsque, après bien des lectures, nous nous sommes aperçu que cette investigation n’avait pas eu lieu et qu’ainsi bien des éléments avaient été omis lors de l’explication de cette partie de la production orale qu’est le conte populaire. Omission qui pouvait laisser croire que cette production était le lieu d’une incohérence redoutable, propre au langage et à l’émission de ces narrations.

Aussi, en un premier temps, nous nous sommes attaché à ce travail afin de voir clair dans une production qui ne cesse de poser des énigmes quant à son sens, quant à sa durée, quant à son langage, et, tout aussi bien, quant à son émission.

Avec beaucoup de précautions méthodologiques, d’attentions analytiques et de liberté critique, il est possible d’accéder au sens, d’approcher le lieu, le message et la réception du conte populaire.

C’est ce que nous avons essayé de faire, après bien d’autres recherches?[2]?, mais, cette fois, à partir d’un terme, ce terme appartenant au conte populaire berbère, terme qui, avouons-le tout de suite demeure pour nous aussi énigmatique qu’au début de notre recherche, et cela, bien que nous ayons cerné la « réalité » qu’il définissait, le moment où il apparaissait, le mouvement qu’il favorisait. Mais nous ne savons pas d’où ce terme est venu, bien que nous puissions dire comment il s’emploie, comment on le prononce, quand il est émis. Ce que nous pouvons dire aussi, c’est que l’utilisation, qui en est faite en littérature orale berbère, peut, à quelque égard, réserver bien des surprises quant à l’univocité du terme.

Cependant, pour nous, là n’était pas exactement le problème. Car le problème que nous posions, en quelque manière, était celui du fonctionnement d’une production imaginative. Problème que nous pourrions poser de cette façon : en quoi des ensembles sémantiques véhiculés par un terme, le même terme, sont différents ? Et, en quoi, cette différence/opposition est liée à la structure imaginative comme telle ?

Si nous nous reportons aux explications données par des dictionnaires?[3]?, nous voyons que ce mot nous renvoie à un type de réalité imaginaire bien définie.

Nous employons les termes de « réalité imaginaire » de préférence à ceux de personnifications ou de personnages pour autant que les explications par « personnages » voilent ce que nous voudrions faire apparaître ici : le fonctionnement d’un conte populaire.

Ce terme, en effet, nomme deux types de réalités ou plus simplement — mais il nous faudra dire en quoi le mot de personnage est impropre — deux types de personnages, situés à l’opposé l’un de l’autre, dont l’opposition peut être aisément masquée si l’on ne procède pas à une analyse textuelle des contes émis. C’est ce que nous avons fait, et c’est ce qui nous a permis d’intéresser cette recherche au croisement de plusieurs interrogations et disciplines.

Ce terme est celui de tsériel ou tériel ou tagrod, dont, à notre connaissance, l’équivalent masculin n’existe pas.

En langue française, ce terme est traduisible — nous reviendrons sur ce point — par celui d’ogresse ; mais le terme français ogresse, féminin du masculin ogre, ne recouvre pas, par exemple, dans le conte que nous analysons plus loin (p. 42) les ensembles sémantiques que ce mot désigne.

Le terme que l’on rencontre le plus fréquemment, en littérature berbère, pour désigner l’ogre est El Ghoul, terme emprunté tel quel à l’arabe. Il existe un terme propre au langage berbère : recouvre-t-il la même réalité que celle du mot ogresse ? Nous ne pouvons encore répondre à cette question, nous ne nous sommes intéressé, dans ce travail, qu’à l’ogresse. En ce qui concerne l’ogre, pour notre part, nous connaissons le terme de awarzeniu qui désigne cette sorte d’être en langue kabyle.

Dans les Contes de Perrault?[4]?, un conte utilise la réalité « ogressale » communément admise, celle d’une femme qui se réjouit d’un festin d’enfants. Ce conte est celui de La Belle au bois dormant.

« Est-il bien nécessaire de résumer la Belle au bois dormant?[5]? ? Rappelons seulement que le conte en fait se compose de deux contes que les éditeurs pour enfants séparent parfois ; l’histoire de la Belle qui se pique avec un fuseau, s’endort cent ans, puis est réveillée par le Prince Charmant, et l’épisode de l’ogresse qui menace les enfants de la Belle et la Belle elle-même ».

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Informations

Titre L’ogresse dans la littérature orale berbère
Auteur
Editeur Karthala
Langue FR
Date de publication 01/01/1994

Droits numériques

Ean EPUB 9782811120771
Type de protection Digital watermarking
Ean papier 9782865374854
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