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Secret maintenu, secret dévoilé A propos de la maltraitance

éditeur : Karthala
catégorie : Éducation et formation > Systèmes éducatifs et méthodes
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

Midas ayant organisé un concours de musique et ayant privilégié son ami Pan au détriment d’Apollon provoqua la colère de ce dernier qui lui dit : « Puisque tes oreilles sont si imparfaites, elles prendront la seule forme qu’elles méritent ». Midas, qui était roi de Phrygie, retourna dans son palais et un matin eut un grand mal à la tête. Il se regarda dans un miroir et vit avec horreur que ses oreilles s’allongeaient.

Alors il eut honte, et pour se cacher, se couvrit la tête d’un grand bonnet. Il fit jurer à son barbier qui s’en était aperçu de n’en rien dire sous peine de mort.

Mais ce dernier, n’y tenant plus, s’en alla dans la prairie, creusa un trou et lui confia son secret : « Midas, le roi Midas a des oreilles d’âne ».

Le sable le répéta aux cailloux, les cailloux aux herbes, les herbes aux roseaux, les roseaux aux oiseaux. Ce fut un beau tintamarre, un véritable tohu-bohu qui revint aux oreilles de Midas qui s’enfuit dans la forêt où on ne le retrouva jamais.

* * *

A Lyon, haut lieu de la Résistance, des femmes et des hommes ont été humiliés, torturés et massacrés. Ils ont gardé leur secret dans un idéal de refus d’une idéologie du non-être humain, une idéologie dans laquelle se retrouvent les racines et la structure de la maltraitance par la non-reconnaissance et le non-respect de l’autre semblable et différent.

Comment et pourquoi parler du secret à une période où notre société met l’accent sur la transparence, prône la communication et la gestion informatique ? Tout semble pousser l’individu à dévoiler son intimité, les lieux de parole se multiplient partout, il faut tout dire, se « mettre à nu ». Quelle place alors réserver au secret ? Ne faut-il pas en retrouver les vertus ? Tout est-il bon à dire ? N’y a-t-il pas des choses qu’il faut taire ou aider à taire ? En d’autres termes, l’individu n’aurait-il pas droit au secret, au respect de sa vie privée, à des espaces secrets ? Sans doute, puisque nous savons que toute personne garde des pensées secrètes, jamais confiées, même à un être cher.

Notre réflexion sera guidée par les différents aspects du concept de secret et ses champs d’application tant historiques, mythologiques que légaux ou théologiques… Ainsi, à travers les mythes, les contes, on verra comment le secret est à l’œuvre imposée par les dieux, porteur de peur et de mort. La dénégation, le refus d’avouer le secret sont alors considérés comme une vertu de discrétion. Dans les rites de l’enfance des sociétés primitives ou traditionnelles, le secret protège la croyance nécessaire à l’efficacité symbolique recherchée. Le droit nous permet d’appréhender la dialectique public/privé. Enfin, au sein de la religion catholique, le secret de la confession est le seul qui survive, opaque, non remis en question.

Au niveau individuel, le « jardin secret » apparaît donc comme une étape nécessaire de la maturation psychique : avoir des secrets est indispensable pour pouvoir penser. Ainsi peut-on distinguer de « bons secrets », structurant pour la personne, et des secrets pathogènes. Ceux-ci renvoient à des événements honteux ou douloureux et tentent d’être jalousement gardés. Trop opaques, ils entraînent des méfaits, écrasent l’individu, l’empêchent de s’approprier son destin et l’aliènent de façon durable.

En imposant une injonction d’ignorance, le secret de Polichinelle n’en est qu’une variante, car bien que le sachant, le sujet est censé l’ignorer.

« Je ne peux pas te le dire, c’est un secret… »

« Je vais te dire un secret, tu ne dois le répéter à personne ».

« C’est un secret entre nous, personne ne doit savoir… »

Ces expressions combien banales en apparence, quotidiennes, permettent cependant d’éclairer les rôles et fonctions du secret dans les situations de maltraitance et d’abus sexuels et les modes relationnels qui en découlent.

En effet, « je ne peux pas te le dire », recouvre ce qui ne peut être dit, ce qui par définition n’est pas clair ou en marge de la normalité. Le domaine du secret est donc alors du côté du caché, de l’inavouable ou de l’interdit. La maltraitance ou l’inceste lient les protagonistes et les séparent des autres. « Tu ne dois le dire à personne, c’est un secret entre nous ».

Outil de structuration sociale, le secret trace alors les frontières d’un groupe, d’une collectivité, quels qu’ils soient ; il détermine l’inclusion et l’exclusion : il y a ceux qui sont dans le secret et ceux qui n’y sont pas. Les membres inclus sont liés entre eux, dépendants et régis par des règles de fonctionnement établies sur le pouvoir, l’emprise et la domination : les rôles sont distribués. Le système de communication interpersonnelle entre les dépositaires du secret assure la sécurité vis-à-vis de l’extérieur menaçant. D’où le malaise de ceux qui, confidents nécessaires, vont être aspirés dans ce groupe.

C’est là le paradoxe auquel les professionnels sont confrontés en situation de savoir, de devoir se taire et d’être obligés de parler, soumis au secret professionnel mais répondant également à une déontologie et à une éthique de devoir parler et de devoir se taire.

« Je vais te confier un secret », il y a toujours quelque chose de valorisant pour le professionnel d’être choisi pour recevoir un secret. Cette confidence peut cependant peser bien lourd sur celui qui la reçoit, il devient quelque peu dépendant, il est inclus. Que faire alors de ce fardeau ? Ce n’est pas seulement la loi qui peut régler la question : elle n’est qu’un guide face à une situation singulière, où l’intervenant sera confronté à ses propres zones secrètes.

La révélation d’une situation de mauvais traitements ne peut être que traumatisante à moins qu’elle ne soit évitée au prix d’importants contre-investissements, mutilant gravement le psychisme de l’enfant, de l’adolescent, du sujet de façon plus générale. C’est là le secret pathogène. La révélation, la mise sur la place publique ne pourra se faire sans d’importants remaniements de la structure familiale.

L’auteur du dévoilement, en l’occurence le plus souvent l’enfant-victime, sera expulsé de ses relations de proximité familiale imposée par le secret comme un pacte. Il a transgressé la loi. Victime de maltraitance, d’inceste, il deviendra alors victime de sa parole contre le secret, voire éventuellement jugé coupable.

Les professionnels alors happés, voire fascinés par les faits, risquent de ne pas prendre conscience d’un deuxième niveau de secret, celui de la souffrance de l’enfant et ses besoins spécifiques à ce moment, d’autant que le dysfonctionnement familial provoque fréquemment un brouillage des signes de détresse.

L’enfant, ou le jeune, porteur du secret, devient messager, émet des signes vers l’extérieur, mais attend sans doute bien autre chose que ce qui lui est proposé : après le silence, le questionnement permanent, l’acharnement de l’aveu, la sollicitation répétée de sa parole. L’aide apportée doit alors de proposer pour fin un retour dans les limbes du secret et du discret.

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Informations

Titre Secret maintenu, secret dévoilé - A propos de la maltraitance
Auteur
Editeur Karthala
Langue FR
Date de publication 01/01/1994

Droits numériques

Ean EPUB 9782811121457
Type de protection Digital watermarking
Ean papier 9782865375042
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