chargement

Matière à politique - Le pouvoir, les corps et les choses Le pouvoir, les corps et les choses

éditeur : Karthala
catégorie : Sciences humaines et sociales > Sciences Politiques
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

EPUB

Digital watermarking
17,99 €
Lecture multi-support

Résumé

Extrait

Notre propos est de montrer que des choses matérielles très concrètes – les caisses, scanners et présentoirs d’un point de vente de journaux à Paris, le diamant et les équipements dans les camps angolais contrôlés par l’UNITA, la bière en Afrique, les conduites d’ascétisme et de soin du vêtement dans la recherche du pouvoir en Indonésie – s’inscrivent dans des processus de subjectivation qui, à tout le moins, constituent le socle des rapports politiques.

Si tel est le cas, l’analyse du politologue et de l’anthropologue doit prendre en compte le sujet, ses conduites sensori-motrices, ses inventaires de culture matérielle incorporée, ses goûts, dégoûts et passions. C’est ainsi que nous verrons, au fil des chapitres, qu’un camp diamantaire angolais est une affaire de pelles, de pioches, d’équipements de plongée pour draguer le lit de la rivière, de consommation effrénée de femmes et de bière ; les sujets y sont façonnés corps et âme en tant que sujets de leurs propres rêves, assujettis à l’économie politique des gemmocraties analysées par François Misser et Olivier Vallée?[1]?. Qu’en Afrique, le consommateur de bière tourne le fait de boire dans les bars en technique de soi. Que le priyayi indonésien affiche, au travers de ses pratiques corporelles, ses prétentions à devenir un être d’exception, destiné à exercer son emprise sur les autres. Il y a du dandy dans ce robin qui cultive le vêtement, la retenue des passions et de la gestuelle, ainsi que l’excellence de tout ce qui l’entoure : habitation, mobilier, serviteurs, animaux familiers.

Ce qu’on peut maladroitement désigner du terme de « culture matérielle » (y aurait-il une culture immatérielle ?) se trouve au centre de la réalité que nous tentons d’analyser avec des outils empruntés tant aux travaux de Michel Foucault qu’à une gamme de recherches assez vaste qui va de la praxéologie motrice à la psychanalyse en passant par l’histoire et l’ethnologie. Afin de bien caractériser notre approche, il me paraît souhaitable de la démarquer par rapport à d’autres analyses de la culture matérielle. Sans se faire scrupule de trop de finesses théoriques, celles-ci ont emprunté jusqu’à présent trois voies principales :

la première énonce qu’il est possible de procéder à une étude sémiotique ou structuraliste des objets en tant qu’ils font signe dans un système de communication. Roland Barthes, Jean Baudrillard, Claude Lévi-Strauss et Mary Douglas s’y sont employé avec le succès que l’on sait?[2]? ; selon la deuxième, la culture matérielle a été souvent considérée à juste titre comme la logistique de la vie en société. C’est en partie le rôle que lui assigne Fernand Braudel?[3]? pour qui elle canalise le cours de la longue durée historique et fait fonction de structure. Elaborée en objet ethnologique, cette perspective est celle de la technologie culturelle, fondée par André Leroi-Gourhan?[4]?. Elle fut développée par André-Georges Haudricourt?[5]?, Robert Cresswell et le laboratoire « Techniques et culture », comme analyse de l’action efficace sur la matière exercée en société. Dans la division du travail propre aux sciences sociales, cette ethnologie des techniques possède sa variante sociologique avec des travaux comme ceux de Patrice Flichy, Bruno Latour, Philippe Roqueplo?[6]?.

En parcourant ces diverses voies, personne n’a cependant jamais rencontré la production des sujets, confrontés à leurs passions, aux autres et à la morale, tout en étant assujettis à une souveraineté. Or c’est cette production par le mouvement dans un monde matériel que nous cherchons à saisir.

Paul Veyne, Daniel Roche?[7]? et surtout Michel Foucault ont ouvert une troisième voie qui nous permet d’accéder à ces découvertes. On y voit la culture matérielle comme matrice de subjectivation des individus. Par exemple, dans son Histoire des choses banales, Roche a montré comment le développement de l’éclairage public et privé au XVIIIe siècle est allé de pair avec l’émergence d’une nouvelle subjectivité liée à la lecture et à de nouvelles formes de socialité. Ici, point de déterminisme. Aucune causalité ne s’exerce de la technique en direction du sujet ni en sens inverse. C’est en effet le sujet-mis-en-objets-dans-ses-conduites-sensorimotrices et non « la technique » ou « la société » qui est vecteur du changement historique et politique.

Michel Foucault n’a pas analysé la manière dont la culture matérielle est susceptible de médiatiser l’assujettissement et la subjectivation des humains en société. A première vue, Norbert Elias et Michel de Certeau auraient plus à nous offrir sur ce chapitre par l’attention qu’ils ont portée aux objets de la civilisation des mœurs et de la vie quotidienne. Alors, pourquoi Foucault ? A l’article du processus de subjectivation, pourquoi élire ce philosophe historien précisément convaincu d’avoir porté des coups mortels au sujet ? Parce que la victime du meurtre n’est pas le sujet désirant face aux autres et à la morale, mais le sujet de l’humanisme (chrétien ou athée) calé sur le cogito et la conscience de soi. Plus fondamentalement, parce que l’attention de Foucault porte non pas sur le sujet comme un donné, mais sur les processus qui se liguent avec ses propres actions pour le produire et le façonner.

Lire la suite...

Commentaires des lecteurs

9782811121631
- / 5
  5
  4
  3
  2
  1

Informations

Titre Matière à politique - Le pouvoir, les corps et les choses - Le pouvoir, les corps et les choses
Auteurs ,
Editeur Karthala
Langue FR
Date de publication 01/01/2004

Droits numériques

Ean EPUB 9782811121631
Type de protection Digital watermarking
Ean papier 9782845864580
Haut