chargement

Camille Flammarion

éditeur : Imago
catégorie : Actualité et documents > Biographies et mémoires
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

EPUB

Adobe DRM
11,99 €
Lecture multi-support

Résumé

Extrait

INTRODUCTION

Le Cosmorama

Quand s’achève le XIXe siècle, Camille Flammarion est l’astronome le plus célèbre de la planète, et pourtant son succès couronne une carrière d’éducateur populaire bien plus qu’une activité de chercheur et d’observateur du ciel. Tout avait commencé en 1862, l’année où Flammarion, jeune et modeste employé au Bureau des calculs de l’Observatoire de Paris, vécut son premier triomphe éditorial et son premier conflit avec la science officielle (il fut renvoyé de l’Observatoire par son directeur). Le début de sa vie active de vulgarisateur coïncide avec la période héroïque de cette profession qui revendique son autonomie envers les milieux scientifique et littéraire, tout en se prévalant d’une double compétence d’écrivain et de savant. C’est en effet entre 1850 et 1860 que des chroniques scientifiques apparaissent dans les quotidiens, que des revues de science populaire naissent, que des collections spécifiques s’ouvrent chez les grands éditeurs. Camille Flammarion est de toutes les entreprises, sur tous les fronts de l’édition (il y entraîna, comme on le sait, son frère Ernest) et de l’enseignement. Il est toujours là lorsqu’il s’agit de mettre en place des structures « alternatives » d’éducation des adultes, d’ouvrir des cours du soir, d’inaugurer des bibliothèques populaires. Aux côtés de socialistes et de francs-maçons célèbres, il prend position avec énergie dans le débat politique sur l’éducation. La ferveur de cet engagement est sanctionnée par d’immenses succès de librairie (comme celui de son Astronomie populaire) puis par le rayonnement de la Société Astronomique de France qu’il a fondée en 1887.

Ainsi, est-ce très logiquement qu’un groupe d’entrepreneurs lui propose, en décembre 1897, de prendre la direction scientifique d’un pavillon de l’Astronomie destiné à l’Exposition universelle de 1900. Le projet est baptisé d’abord Panorama des mondes puis Cosmorama. Le programme tel que Flammarion l’a développé semble se proposer trois objectifs : d’abord le pavillon aura pour but de présenter l’état du savoir astronomique contemporain; ensuite il rassemblera, dans un même lieu, toutes les techniques de communication qui sont à la disposition du pédagogue de la fin du XIXe siècle; enfin il récapitulera dans un musée la carrière d’un vulgarisateur exemplaire — Flammarion lui-même. L’aménagement intérieur du bâtiment est conçu conformément à cette triple fin : doivent prendre place dans le Cosmorama, en plus du « Musée Flammarion », une « Salle de conférences », une « Exposition des âges de la terre », un « Panorama céleste sphérique », un « Panorama stéréoscopique » et un « Panorama cinématographique ». Rien ne manque de ce qui sera susceptible de capter le regard des visiteurs, invités à honorer à la fois une science, une technique, un homme. En cela, le Cosmorama est une très lisible figure symbolique de l’œuvre flammarionnienne.

Une science : l’astronomie

Le Cosmorama dessiné par l’architecte Henri Galeron, gigantesque sphère supportée par quatre arches monumentales saturées d’allégories, représente l’astronomie de Flammarion pour ce qu’elle est profondément, c’est-à-dire une grandiose entreprise de globalisation scientifique. En effet, tous les savoirs de son temps sont par lui absorbés dans une synthèse cosmologique d’inspiration spiritualiste qu’il nomme la Philosophie astronomique. Flammarion est un virtuose du réemploi et tout l’intéresse : médecine, anthropologie, psychologie, archéologie, paléontologie, criminologie, biologie, mais aussi magnétisme animal, spiritisme, occultisme. Le plus souvent, Flammarion articule les savoirs qu’il s’approprie aux dépens de leur intégrité et de leur pertinence; soit qu’il en déplace le champ d’application (comme le darwinisme affecté aux lois de la réincarnation), soit qu’il en développe des hypothèses improbables (comme les ondes psychiques). L’astronomie philosophique est le lieu utopique où se joue, pour chacun des systèmes d’idées qui y contribuent, sa compatibilité possible avec les autres. Elle résulte ainsi d’un bricolage hétéroclite dont l’architecture composite de Galeron offre une belle image. On est loin de la pureté géométrique du projet dont l’architecte s’inspire à l’évidence : le cénotaphe de Newton imaginé par Boullée. Pourtant l’œuvre de Flammarion impose sa cohérence; véritable totalisation culturelle, elle offre un Panorama des imaginaires de l’époque et, à ce titre, elle ne peut que passionner un « historien des représentations ».

Une technique : « faire voir »

Si Flammarion utilise tous les dispositifs optiques modernes dans le but de « faire voir » le cosmos (du panorama au cinéma), force lui est, dans ses livres, de traduire cette machinerie en écriture. Cette écriture ne lui est pas indifférente : il veut être « littérateur » pour que les images de l’univers soient transmises sans perte esthétique ou philosophique.

Au premier abord, Flammarion ne revendique le statut de « littérateur » qu’au gré d’une conception cyniquement utilitaire de la littérature (ne pronostique-t-il pas que celle-ci est vouée à une disparition prochaine si elle ne se met pas tout entière au service de la diffusion des savoirs?). Fidèle à la formation qu’il a suivie, il n’envisagerait l’écriture que dans le cadre d’une rhétorique, d’une stratégie de séduction. Mais l’astronome ne se contente pas de présenter agréablement la science qu’il diffuse. Il met en scène cette diffusion en persuadant de la nécessité de la posséder, de la partager. Le vulgarisateur, en même temps qu’il transmet un savoir, exhibe ainsi sans cesse le don qu’il en fait. Il insiste sur l’importance d’une communication qu’il effectue en son nom propre, et exagère parallèlement la réticence (bien réelle) des savants de l’institution à galvauder leurs connaissances. Il y a du Robin des Bois chez le vulgarisateur; il dérobe les richesses du savoir à des accapareurs, les dépouille de tous leurs aspects rébarbatifs et les distribue à ceux qui en sont démunis. Le savoir est l’objet d’une communication « hors la loi », et il importe que le lecteur ne l’oublie pas afin qu’il en soit reconnaissant. L’écriture de Flammarion est exhibitionniste.

Cette opération réflexive, qui « met en scène le langage, au lieu de simplement l’utiliser », est caractéristique de la littérature. Roland Barthes rappelait en effet que le savoir est un énoncé, alors que l’écriture littéraire est une énonciation. L’énoncé scientifique « normal » se présente comme le produit d’une absence de l’énonciateur dont toute trace est effacée au profit d’un énoncé théorique, d’un énoncé de réalité. La vulgarisation de Flammarion expose sans cesse, quant à elle, la place du sujet, dans le désir même que celui-ci a de se proposer à la gratitude de son lecteur. Ainsi le je (et le vous) fait-il sans cesse surface dans ses volumes strictement pédagogiques. Engager les interlocuteurs dans une fiction, comme il le fera très vite dans des récits, n’est qu’un pas de plus et non pas un saut générique. La mise en scène romanesque de deux personnages, dont l’un est vulgarisateur et l’autre « vulgarisataire », permet surtout de démontrer l’efficacité du discours de l’un à bouleverser et à modifier l’autre. La description scientifique se donne donc comme l’objet d’un échange entre des individus déterminés, engagés dans une relation grave et intime. L’acte vulgarisateur est une communication « dramatique », avec ses personnages, son intrigue, ses péripéties, son dénouement.

Un homme, un sujet paradoxal

Flammarion ne veut pas non plus que le lecteur ignore qu’avant de le transmettre à son lecteur, il a dû conquérir son savoir de haute lutte. Fils d’un petit entrepreneur de province qui fit faillite, il dut renoncer à ses études. Flammarion est un autodidacte. La culture savante est pour lui l’objet d’une voracité d’autant plus singulière qu’elle échappe à l’enseignement supérieur et qu’elle se conçoit sous la forme d’une revanche sociale. Flammarion est un braconnier du savoir pour reprendre le terme de Michel de Certeau. Ce dernier rappelait que, parallèlement à une histoire des représentations, il y a une histoire des appropriations. Flammarion s’empare des représentations qui lui sont offertes par la culture qui lui est contemporaine, et expérimente leur pouvoir avant tout sur lui-même : en quoi l’aident-elles à penser sa situation dans le monde ? Le savoir scientifique est donc moins testé sur la nature que sur le sujet qui doit s’y confronter. Or c’est encore une fois l’écriture qui montre cette confrontation d’un individu avec les énoncés scientifiques. On a pu voir, dans cette épreuve singulière des représentations offertes par les savoirs, l’opération littéraire par excellence. La littérature de Flammarion est une chronique mouvementée des effets que l’astronomie produit sur lui, et ils sont loin d’être aussi triomphants et bénéfiques qu’on pourrait l’attendre. L’appropriation du savoir est une aventure et un danger parfois.

Car les modèles littéraires (romantiques surtout), qui ne sont dans un premier temps que chargés de présenter une science séduisante, entraînent Flammarion dans une spirale infernale : « À travers l’écriture, le savoir réfléchit sans cesse sur le savoir. » Son bel optimisme progressiste va parfois être trahi par la littérature. Rien n’est plus étrange par exemple que ces élans lyriques qui se mettent à la traverse des descriptions astronomiques quand celles-ci sont trop angoissantes pour le sujet. C’est dire si l’expérimentation sur soi de l’efficacité des modèles scientifiques est souvent désastreuse. Pour vivre heureux, il faudrait parfois ne rien savoir de l’astronomie. Flammarion est, quoi qu’il en ait, un astronome mélancolique.

Comme le visiteur du Cosmorama, invité à parcourir une science, à reconnaître une technique, à rencontrer un homme, nous traverserons l’œuvre de Flammarion. Mais pour que ce Panorama des mondes flammarionniens ait lui aussi un semblant de centre optique — à l’instar de la plate-forme centrale du Cosmorama — nous envisagerons cette œuvre à partir de son « foyer littéraire », en faisant la part belle à la description et à la narration, l’une créant des observations imaginaires, l’autre révélant un imaginaire de la transmission.

Lire la suite...

Commentaires des lecteurs

9782849525708
- / 5
  5
  4
  3
  2
  1

Informations

Titre Camille Flammarion
Auteur
Editeur Imago
Langue FR
Date de publication 01/01/2011

Droits numériques

Ean EPUB 9782849525708
Type de protection Adobe DRM
Ean papier 9782911416088
Haut