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Le Folklore de France - La Faune

éditeur : Imago
catégorie : Fiction > Contes, Fables et Mythologie
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Résumé

Extrait

PRÉFACE DE ROBERT DELORT

Le contact de l’homme avec l’animal est tout aussi immédiat et probablement perçu plus vite que le rapport à l’environnement immobile ou moins durable des phénomènes naturels ou du monde minéral et végétal.

La bête recherche parfois, et impose presque aussi souvent qu’elle subit, cette relation affectueuse, utile, dommageable, répugnante ou terrible dont l’homme est donc tout à la fois objet et sujet.

La place de l’animal dans le folklore, dans l’imaginaire, dans les mentalités est l’une des caractéristiques fondamentales des différentes civilisations humaines. On peut évoquer par exemple l’Ancienne Egypte, ses animaux totémiques vite divinisés, mais aussi la vie réelle et quotidienne entre les chats de Bastêt, défenseurs des greniers contre les rats et des maisons contre les serpents, les chienschacals d’Anubis, compagnons de jeu, de chasse, gardiens de troupeaux et nettoyeurs de villes, les bœufs, les moutons, les abeilles... Nous pensons également à la situation des animaux dans l’Inde brahmanique ou encore aux civilisations de l’Afrique Noire qui insèrent animal sauvage comme animal domestique dans un complexe réseau de parents ou de relations connues et assumées par les traditions orales, les fables, les expressions artistiques...

Les pays qui ont fait la France ont, de la même manière, fourni à P. Sébillot et à son infatigable quête un ensemble considérable de traditions que la mise par écrit, quand elle a eu lieu, permet partiellement de dater ou de suivre à travers les siècles ou les régions, avec les additions, les corrections, les nouveaux développements qui ont pu s’y ajouter. Certes, il n’est pas possible, sans de très longues recherches, de découvrir dans le loup du Petit Chaperon Rouge (bien avant le XVIIe siècle de Perrault, les symptomatiques arrangements des frères Grimm au XIXe siècle et ceux de Walt Disney au XXe siècle) et la légende indo-européenne de l’animal se transformant en vieille femme pour obtenir pot de beurre et galette, aliments d’immortalité, et la lycanthropie psychanalytique du mâle beau parleur et suborneur d’encore innocentes fillettes, faisant connaître dans le lit et le sang le passage à l’âge adulte après élimination cannibalesque des vieilles ayant trop servi... Mais P. Sébillot se garde bien de nous suggérer des interprétations qui, d’ailleurs, sont souvent les expressions des préoccupations du temps et sont susceptibles de varier et de s’enrichir suivant les époques, tout comme les légendes, fables ou traditions qui les provoquent. Il se borne à nous offrir un immense fichier qu’il présente avec double entrée : nom de l’animal (classé suivant la zoologie mais aussi les rapports privilégiés avec l’homme : sauvage ou domestique) ; thèmes abordés et modalités selon lesquelles en ont traité les diverses régions (et éventuellement les époques). C’est unir ainsi à la réalité de l’animal la manière dont il a été vu et interprété par l’homme, depuis le monde celtique, romain, germanique... jusqu’au début du XXe siècle, jusqu’au moment où enfants et petits enfants entendaient encore légendes, coutumes ou contes locaux des mères grands, dont les voix se sont tues devant la domination de l’écrit, du français obligatoire, de la radio, de la télévision, de la bande dessinée et bientôt du folklore aseptisé et simplifié dans le « melting pot » culturel de la civilisation occidentale. Aux lecteurs actuels de chercher, en fonction de ce qu’ils savent et de ce qu’ils croient, les clés multiples utilisables dans cette somme séculaire dont, sans Sébillot et ses trop rares collègues ou élèves, ne resteraient que de désolants lambeaux.

Réalité des animaux d’abord, établie par la convergence de la zoologie et de l’histoire. Parmi les mammifères sauvages, c’est un truisme de rappeler l’omniprésence du loup dans les campagnes françaises jusqu’à la fin du XIXe siècle et jusqu’aux travaux de Pasteur sur la rage, qui ont consommé son extermination. Mais l’importance et le poids du loup ont varié suivant les époques, suivant les régions (grands hivers, périodes de guerre, contraction démographique ou expansion humaine, migration depuis la taïga russe) ; son rôle essentiel de prédateur du bétail a aussi dépendu des concentrations de moutons ; et le loup mangeur d’hommes (d’enfants, de femmes, de vieux ou de blessés) extrêmement rare n’a vivement frappé qu’à partir de cas exemplaires, indéfiniment répétés ou transformés. Et la peur du loup, cette bête avisée, intelligente, courageuse et infatigable que décrivent sans erreur les chasseurs, a pu entraîner dans un rassurant folklore sa présentation en benêt vorace et méchant dont la sottise, la gloutonnerie et la cruauté amènent la punition. C’est par antiphrase que le loup redouté, puissant seigneur, finit dans le ridicule du Paillasse ; tandis que le sous-loup qui s’attaque au sous-bétail des basses-cours, petit seigneur battant en brèche l’autorité des grands, a vu ses qualités de ruse, de sagacité mais aussi de fondamentale déloyauté, non stigmatisées mais plutôt considérées — et pas seulement au temps du Roman de Renart et des paysans, spectateurs partiaux des querelles de nobles.

Quant à l’ours, que pouvaient bien en connaître les gens de France, à part ceux des marges pyrénéennes, d’Auvergne, du Jura et des Alpes ? Les réminiscences de la bête royale des traditions germaniques semblent bien avoir disparu et l’on ne voyait guère que cet animal anthropomorphe, un anneau dans le nez, fréquemment montré au bout de la corde du baladin, sachant danser sans grâce ou exécuter quelques tours « de force » sans agressivité, donnant des humains l’image déformée et balourde d’une force considérable au service d’un cerveau épais et bonasse. Même l’ours libre qui, dans les montagnes, passe pour croquer quelques moutons, voire çà et là une vache, n’est un danger ni pour l’homme qu’il évite (et qu’il n’attaque que s’il est acculé ou blessé) ni pour les biens de l’immense majorité des paysans. Quant au sanglier, lui aussi en recul avec la forêt dévorée par les clairières de défrichements, au chat sauvage qui fuit les hommes, au blaireau plus gênant que méchant, bien des traits du folklore rappellent à la fois qu’ils étaient connus avec précision et qu’ils dérangeaient assez peu. Leur nom a changé dans la plupart des pays francophones : le felis est devenu cattus, chat, mot arrivé depuis la Nubie ou des profondeurs de la forêt celtique. L’aper (ibar, Eber) a été remplacé par le porcus singularis, solitaire, « sanglier » et le meles romain ou le taisson (Dachs, tasso) germanique a été individualisé comme la bête « blanche et noire » (blari, blaireau). . Repérées avec acuité, ces bêtes ont été aussi reconnues moins proches et apparaissent moins fréquemment et avec moins de nuances dans notre folklore.

Nous pouvons aussi, sinon « expliquer », du moins suggérer la place importante qu’occupe la taupe, aveugle et travailleuse, bien connue du paysan dont elle paraît plus couper les racines des plantes utiles que défendre les récoltes contre les insectes « nuisibles » ; les différentes sortes de rats sont tout aussi bien connues du paysan ou du citadin ; sauf les plus importantes, identifiées tardivement par les zoologues et les épidémiologistes, trop tard pour marquer profondément le folklore : le rat noir des greniers secs et de la peste, présent dès le haut Moyen Age et très répandu dès le XIIe siècle, et le rat gris, le terrible surmulot des égoûts actuels, qui ne s’est multiplié que dans le courant du XVIIIe siècle et dont les extraordinaires qualités (et nuisances) ne se sont révélées qu’au XIXe siècle.

Le couple lièvre-lapin a différemment marqué le folklore : lièvre courant dans les sillons où il aménage son gîte ; lapin bondissant autour de son terrier, animal sauvage dont la progression, aidée par les bâtisseurs de garennes seigneuriales, a pu, en certains cas, refouler le lièvre et frapper le paysan, soit par les ravages que seigneur et droit de chasse laissaient impunis soit par son élevage, à l’époque moderne, dans le clapier de la fermière.

Intéressantes aussi les quelques apparitions de l’écureuil, lutin ou farfadet à capuchon rouge, issu des branches ou des racines de la forêt prochaine et surtout la chauve-souris, que représente aussi bien le frôlement velu dans le noir de la nuit ou de la mort que le jaillissement imprévu et le hideux déploiement de ces grappes vivantes, alliant monstrueusement bête et oiseau, dans l’ombre du grenier ou de la cave.

Il n’est pas jusqu’aux rares mentions du singe lubrique (de fait peu fréquent) ou de l’aimable dauphin, dont l’anthropophilie traditionnelle depuis l’Antiquité, a été récemment confirmée (et audelà) qui ne corresponde à des solides réalités.

Le réel transparaît tout autant dans la représentation des animaux domestiques avec ce chat, encore sauvage, félin prédateur de souris, mais aussi miaulant sous la lune, héritier des traditions indo-européennes ennemies de son sombre frère des forêts, symbole de la cruauté, de la vitalité rebelle, de la lubricité sournoise ; ajoutons la jouissance ludique (et sadique ?) avec la souris encore vivante, la sexualité brutale du mâle ou souple et dangereuse de la femelle, la paresse au soleil — d’où proviendront les étincelles magiques de la fourrure électrostatique quand le soir sera là et les mystérieux malaises (allergiques), imputés à sa malfaisance diabolique, de ces gens qui, au XVIe siècle, « même sans le voir pâlissent, tremblent et suent »... Bien rares sont les ossements de chats retrouvés dans les maisons d’avant la Révolution (sauf ceux emmurés vifs dans les fondations dont leur sacrifice devait assurer la pérennité) ; le chat vit au-dehors et seul le chien a son existence inextricablement mêlée à celle des patrons, mais au niveau de l’esclave, dévoué et sans personnalité, attentif à la moindre manifestation d’intérêt, rebut de cuisine ou coup de pied. Sa fonction de défenseur des troupeaux ou de la maison, de nettoyeur d’ordures et de vivante poubelle ne s’ennoblit que peu à peu, avec la conduite des moutons ou, dans les milieux aristocratiques, avec l’aide sportive et efficace à la grande chasse, l’intimité virile du seigneur ou l’affection caressante de la dame...

On pourrait continuer sans fin la recherche de ces éléments réels qui portent (partiellement) le folklore du bœuf, de l’âne, du bouc, du cheval, du mouton, de la volaille domestique ou sauvage, des reptiles, des amphibiens, des poissons, des insectes ou autres invertébrés... Sébillot y est souvent attentif, comme le paysan qui regarde les chiens se flairer l’anus, lever la patte pour uriner, remuer la queue de plaisir... les chats se secouer ou se gratter l’oreille, le bœuf marcher plus lentement que le cheval, la mule ruer... l’hirondelle qui a la queue à demi mangée, le coucou qui a les ailes larges et le croupion cassé, les rats qui quittent le navire, les chiens qui sentent le vent, les hirondelles qui annoncent la pluie et le chat qui prévoit le beau temps... et ces bêtes dont on renforce la fidélité en leur parlant doucement ou en les habituant aux odeurs de leurs maîtres, à la senteur des aisselles ou au parfum du corps.

Mais, ce qui importe encore plus est l’interprétation de ces observations, la manière dont les hommes se sont représenté les animaux, les significations qu’ils ont données ou dont ils ont chargé directement ou médiatement leurs attitudes, à l’occasion d’une méditation ou d’un thème plus complexe, longuement traité et développé par additions successives autour d’un noyau initial.

Or il est particulièrement intéressant de voir comment la religion ou l’idéologie dominante a pu passer ou s’exprimer dans le folklore. La vision de l’animal par le christianisme apparemment adopté et pratiqué à partir des IVe et Ve siècles dans l’ensemble de la Gaule, peut être rapidement évoquée. Les animaux ont été créés collectivement par Dieu (au quatrième et au cinquième jour de la Genèse) puis une deuxième fois, un par un, par Adam (comme on le voit sur la fameuse mosaïque de saint Marc à Venise) quand il leur a donné le nom que Dieu leur avait choisi de toute éternité et qui définissait et portait leur nature propre, donc leur signification. Ce sont ces significations que le monde chrétien a cherché à interpréter, dans la lignée du Physiologus, ouvrage composé à Alexandrie au IIe siècle, mais sans cesse repris et amplifié jusqu’aux Bestiaires occidentaux des XIIe et XIIIe siècles, qui distinguaient les plans réel, allégorique et moral. A ces principes et ces exemples doit être rattaché le récit hagiographique qui décrit non seulement les animaux de la vie quotidienne qui gravitent autour des saints mais aussi ceux au service du saint, l’ours auquel on parle, l’âne béni qui affronte et tue le loup, le cheval d’orgueil opposé à l’humble baudet qui porta le Christ ; le merveilleux chrétien montre le coq qui chante les offices, le rat qui éveille le saint en lui mordillant l’orteil, la mouche qui marque la page où s’est interrompue la pieuse lecture, les sauterelles qui obéissent à saint Augustin et se jettent dans le Tage à Tolède... Le seul christianisme voit aussi dans les animaux le symbole d’un saint, évangéliste ou non, parfois même un saint, comme le lévrier Guinefort, ou encore l’un des attributs de la Divinité ou le reflet de la Divinité comme la colombe du Saint-Esprit ou l’agneau de Dieu... Mais toute totémisation, tout culte de la bête en tant que telle, sont interdits, rejetés, diaboliques. C’est à partir du XIIe siècle que le Diable a pris (ou repris) la peau de quelques bêtes velues ou lubriques : chat noir, bouc, âne, loup, crapaud (serpent...) et que l’hérésie majeure a été évoquée comme le culte obscène du crapaud ou du chat (auquel, entre autres étymologies, serait rattachée celle du « Catharisme »).

L’homme, mi-ange, mi-bête, doit dépasser la bête, la désacraliser bien sûr mais aussi la dominer, car Dieu lui a donné pouvoir sur la nature. On sait le court et percutant résumé qu’a fourni de cette vision Michelet : « Le christianisme... garda un préjugé judaïque... tint la nature animale à une distance infinie de l’homme et la ravala. »

Le folklore français, tel que nous le transmet Sébillot, est loin d’être en accord parfait avec la vision chrétienne et orthodoxe de l’élite intellectuelle et religieuse. Il y a certes d’évidentes résonances : la Création par Dieu (et Adam) avec pour reflet déformant celle par le Diable (et Eve) ; l’intervention du Christ, de la Vierge, des saints est fréquente, même si elle sert à christianiser des thèmes plus anciens ; la signification des bêtes est également précisée, parfois même en reprenant telle quelle l’exégèse chrétienne : le pélican du folklore est bien celui qui donne son sang à ses petits ou qui les ressuscite par son sacrifice comme le Christ a fait pour les hommes. Mais les animaux ne sont généralement pas dominés par l’homme : ils ne sont pas toujours à son service et parfois ils sont respectés voire aimés pour eux-mêmes et pas en tant que reflets de la Création divine.

Ils ne sont pas non plus et uniquement des modèles anthropomorphes symbolisant des vertus, des vices, des attitudes de la vie quotidienne comme souvent dans les fables, les proverbes, les sentences, la littérature écrite, qui n’échappait guère aux censeurs ecclésiastiques.

Est particulièrement remarquable ce rapport magique à la nature, ce merveilleux qui recouvre des réalités (alors) mal comprises ou dont nous n’avons pas encore perçu l’origine et qui plonge souvent ses racines dans une tradition non chrétienne ou dans un imaginaire non contrôlé par le christianisme. Puissance de l’animal lui-même, poisson d’or ou roi de bêtes cachées ; puissance d’une partie de l’animal (crin, poil, sabot, dent, salive, déjection) ou transférée par attouchement, aboutissant au sortilège ou au médicament : animal qui parle, dialogue avec les autres ou avec les hommes, dans les chants d’oiseaux, par exemple ; animal qui a une personnalité, un prénom : Jeannot Lapin ou Robin Mouton ; animal exemple de la fidélité conjugale (tourterelle) ou de l’amour filial (cigogne).

Par là se note la liaison entre l’homme et l’animal : ceux qui portent bonheur, succès en amour, richesse, santé, mais aussi hommes dont l’impureté (adultères, criminels, blasphémateurs...) souille les bêtes et leurs produits ; hommes transformés en bêtes, pour une faute ou par la méchanceté d’un autre ; sorcières abandonnant les habits humains pour se livrer nues aux instincts bestiaux de la sexualité, souvent sous une forme animale...

Rechercher les mille autres clés que nous suggère la lecture de Sébillot est une entreprise aussi longue que vaine, chaque lecteur portant en soi ses préoccupations, son savoir, ses sentiments, ses intuitions, son intérêt pour un thème ou un récit. Cette somme, pendant des décennies encore, excitera les esprits et alimentera des théories, motivera et fera naître mainte explication linguistique, phonétique, théologique, philosophique, juridique, socio-économique non moins que zoologique ou historique...

C’est probablement le grand mérite de Sébillot d’avoir à peine touché à ces mille faits bruts, livrés avec tout le pittoresque de leur environnement, simplement piqués sur un canevas, qui suggère leurs liens sans chercher à les souligner. On ne peut reprocher à personne d’être riche avec discrétion et de nous mettre, presque sans intermédiaire, à l’écoute prolongée de « ces voix qui nous viennent du passé ».

R. D.

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Titre Le Folklore de France - La Faune
Auteur
Editeur Imago
Langue FR
Date de publication 01/01/1984

Droits numériques

Ean EPUB 9782849528020
Type de protection Adobe DRM
Ean papier 9782902702220
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