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Le Folklore de France - Le Peuple et l'Histoire

éditeur : Imago
catégorie : Fiction > Contes, Fables et Mythologie
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

PRÉFACE DE FRANÇOIS LEBRUN

Ni par sa formation, ni par ses curiosités intellectuelles, ni par sa profession, Paul Sébillot n’est particulièrement ouvert à l’histoire telle qu’elle s’écrit, à la Sorbonne et ailleurs, dans les années 1880-1900. Il n’en a pas moins jugé utile de clore son grand œuvre sur Le Folklore de France par un volume intitulé Le Peuple et l’Histoire. Encore ne faut-il pas se méprendre sur ses intentions en s’assignant une telle tâche. Son but est seulement de relever dans les croyances et les traditions populaires celles qui se réfèrent non plus au ciel et à la terre, ou à la faune et à la flore, mais à des événements ou des personnages de l’histoire. Mais pas plus qu’il n’a voulu se transformer en astronome, en géologue ou en botaniste dans les volumes précédents, il ne prétend ici jouer à l’historien. L’histoire de France n’est pour lui qu’un cadre qui doit lui permettre d’épingler les faits de folklore qu’il n’a pu placer ailleurs.

Mais ce cadre même, tel qu’il le conçoit, ne manque pas d’intérêt. Paul Sébillot appartient encore à une génération pour qui 1789 marque la grande fracture à partir de laquelle le temps vécu n’est pas encore tout à fait celui de l’histoire. Il note au début du paragraphe consacré à la décennie révolutionnaire : « Aux yeux du peuple, la Révolution est une sorte de jalon chronologique, le seul — avec le règne de quelques souverains modernes et la guerre de 70 — qu’il connaisse réellement. Il lui semble même, et à juste titre, partager en deux son histoire. » Et plus loin : « En Ille-et-Vilaine et dans la partie française des Côtes-du-Nord, les paysans rapportent au temps de la “ Grande Révolution ” presque tous les événements importants qui se perdent dans la nuit des âges. » C’est pourquoi le mode de classement qu’adopte Sébillot est emprunté à la nature trifonctionnelle de la société d’Ancien Régime : les gens d’Église, la noblesse et le tiers état. Il s’en justifie ainsi : « Comme il s’agit presque toujours de faits relativement anciens qui ont pris la forme traditionnelle, les deux ordres jadis privilégiés y tiennent une place prépondérante. » Il est vrai que vers 1890, ce jadis est presque hier, ce qui rend défendable le parti adopté.

Ce qui l’est moins aux yeux de l’historien, c’est le fait qu’à l’intérieur de chacun des chapitres consacrés aux trois ordres, le passé précédant la Révolution est traité comme un tout, une « nuit des âges » obscure que ne vient éclairer aucun repère chronologique précis, sauf rares exceptions. Évoquant les stéréotypes concernant les moines, réputés paillards, avares et gourmands, il n’est pas gêné de citer pêle-mêle jésuites et moines mendiants. Ce faisant, il ne fait que souligner l’intemporalité des croyances populaires qui s’incorporent au fil des siècles des éléments nouveaux en leur conférant aussitôt un statut intemporel. Évoquant les faits de folklore concernant les champs de bataille, il note qu’« ils échappent à toute chronologie ».

Pourtant, en dépit de cette attitude justifiée par son sujet même, Paul Sébillot ne peut échapper totalement à la prégnance du temps de l’histoire, ne serait-ce que parce que certaines de ses notations semblent se rattacher ouvertement à des faits précis et bien datés relevant de l’histoire officielle. C’est pourquoi il a jugé indispensable de consacrer un dernier chapitre à « l’histoire de France dans la tradition populaire ». Bon connaisseur de cette histoire telle qu’on la lui a enseignée dans sa jeunesse, il retient comme jalons rois et grands hommes : Pharamond, Clovis, Charlemagne, Hugues Capet et la suite. Mais, pour autant, il n’est pas dupe du profond travail de transformation que la mémoire collective fait subir aux faits historiques. A propos des guerres de la Ligue en Bretagne, il écrit : « Il subsiste encore d’assez nombreux souvenirs, parfois un peu confus. Ils ont été sans doute bien plus considérables. Au bout de trois siècles on ne peut s’étonner que plusieurs aient disparu, surtout si l’on songe que des faits de guerre civile assez analogues se reproduisent pendant la Révolution et que vraisemblablement, suivant un processus régulier en folklore, on les a attribués à des personnages plus modernes. » Le travail de décryptage d’un Philippe Joutard sur la mémoire camisarde est en germe dans cette réflexion de Sébillot.

Ce rapprochement avec la démarche d’un historien contemporain n’est pas fortuite. S’il est très loin des historiens de son temps, Paul Sébillot se révèle, par contre, à bien des égards, très proche des historiens d’aujourd’hui. Les curiosités dont il témoigne, les moyens d’investigation dont il use en font non le disciple de Charles Seignobos ou d’Ernest Lavisse, mais le précurseur de Lucien Febvre ou de Robert Mandrou, pour ne citer que deux grands disparus. Il s’intéresse au peuple, à ses comportements, à ses croyances, en un temps où celui-ci est encore le grand oublié d’une histoire trop exclusivement attachée à déchiffrer « les noms des rois » à travers les seuls documents écrits. Il utilise, pour cela, l’enquête orale, ce qui va de soi pour un folkloriste de la fin du XIXe siècle, mais il ouvre ainsi la voie aux historiens qui, dans les années 1970, ont commencé à se mettre à l’écoute de « ces voix qui nous viennent du passé » et à faire ce que l’on a appelé improprement de l’histoire orale.

Il y a plus encore. Cet homme acharné à faire l’inventaire des croyances et pratiques populaires double ces infatigables entretiens avec les paysans de Haute-Bretagne de multiples lectures dont la liste réserve bien des surprises. En effet, à côté des travaux de ses confrères folkloristes qui lui fournissent des matériaux pour les régions françaises autres que la Bretagne, on trouve tous les livres des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles que les historiens actuels de la culture populaire interrogent, croyant parfois les découvrir. Ils sont tous là : Noël Du Fail, Rabelais, Scarron, Furetière, Charles Sorel, Restif de La Bretonne, certes, mais aussi L’Évangile des Quenouilles (1475), Les Bigarrures et Touches du seigneur des Accords de Tabourot (1572), Les Caquets de l’accouchée (1622), sans parler des Erreurs populaires de Laurent Joubert (dans l’édition de 1580), du Traité des Superstitions de Jean-Baptiste Thiers (1570), de l’Histoire critique des pratiques superstitieuses du Père Le Brun (1701), et même cette mine que constituent les Curiosités françaises pour supplément aux dictionnaires d’Antoine Oudin (1641). Rien ne semble lui avoir échappé, et s’il ne cite pas les Mémoires de Valentin Jamerey-Duval, c’est parce que ce texte capital n’est alors connu que par des adaptations pour enfants. On ne peut qu’admirer aujourd’hui la sagacité et la culture de cet homme qui a su déceler dans la production multiforme de ces trois siècles, au-delà des grands auteurs classiques, les ouvrages de toute nature susceptibles de lui fournir ce qu’il appelle des « miettes traditionnistes » et que nous appelons des éléments de la culture populaire.

Certes, il se contente d’en extraire ces « miettes » qu’il juxtapose, sans grand souci de leur ancrage chronologique, aux données que lui fournissent les enquêtes folkloriques. Il ne dépasse jamais ce stade de l’inventaire a-historique, se démarquant par là, à l’avance, de ceux qui relisant après lui ces mêmes auteurs les utilisent comme témoins privilégiés d’époques bien datées. Mais n’est-ce pas déjà beaucoup que d’avoir ainsi ouvert le chemin aux historiens de ce dernier quart du XXe siècle, attentifs à ressusciter les mentalités populaires de la France d’Ancien Régime ?

F. L

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Informations

Titre Le Folklore de France - Le Peuple et l'Histoire
Auteur
Editeur Imago
Langue FR
Date de publication 01/01/1986

Droits numériques

Ean EPUB 9782849528082
Type de protection Adobe DRM
Ean papier 9782902702312
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