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Le Petit Enfant

éditeur : Michel de Maule
catégorie : Poésie, Théâtre et Correspondance > Poésie
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Table des matières

PASCOLI, LE CONTRE-DEUIL

La mort n’a toujours que le dernier mot ; vie et oeuvre de Giovanni Pascoli, l’un des plus grands poètes italiens, en témoignent. Dès l’enfance, il subit les disparitions de son père (mystérieusement assassiné le 10 août 1867), de sa mère et de deux soeurs, toutes emportées par la maladie. En 1868, à quelques jours de ses treize ans, son horizon s’est déjà clairsemé. Trois ans plus tard, le deuil retourne à sa tâche : Gigino, son « frère plus frère », succombe à une méningite. En 1876, Giacomo l’aîné, devenu « le petit père », meurt du typhus et rejoint lui aussi la maisonnée des morts : à vingt ans, Giovanni se retrouve à la tête d’une famille en ruines.

Mais la mort n’a toujours que le dernier mot – et Pascoli lui redonne vie. Il étudie les auteurs grecs et latins ; il retourne à ces langues dites mortes qu’il professe au lycée, puis à l’université ; treize fois, il remporte le concours de poésie latine d’Amsterdam – autant de médailles d’or qu’il fondra pour s’acheter un toit… La pauvreté est une maladie qui hâte souvent la mort : Pascoli s’engage politiquement, contribuant à l’essor d’une Italie à peine unifiée ; dans sa bouillonnante Romagne natale, il est aux côtés des anarchistes et surtout des premiers socialistes italiens ; il le paie d’un emprisonnement et d’un procès au cours duquel le poète Carducci, le futur Prix Nobel, plaide en sa faveur. En 1882, son initiation à la franc-maçonnerie est un autre éveil – secret. Par son oeuvre poétique latine mais aussi et surtout dans cette langue italienne et magique qui lui est propre, il poursuit sans cesse ce deuil du deuil, choisissant de mourir à la mort pour ne vivre que d’elle. Ce choix, c’est d’abord le « nid » familial qu’il recompose avec ses deux soeurs, Ida la brune et Maria la blonde. Mais, en 1895, après treize ans de « nid », Ida se marie. Mourant à toute conjugalité, le poète et sa soeur Maria débutent leur vie à deux. Homère, Leopardi et surtout Dante sont les compagnons tutélaires de cette renaissance. Avec eux, Pascoli devient à l’aube du XXe siècle l’un des poètes les plus décisifs et les plus inventifs pour la poésie italienne à venir. Des esprits aussi opposés que D’Annunzio et Marinetti le mettent à la première place – certes, l’autre premier nom d’une mise à mort symbolique. En 1912, la mort bien physique de Pascoli a l’étrange solennité d’un remous. On va s’inspirer de lui, comme Angiolo Silvio Novaro, comme les poètes crépusculaires et comme Montale ; et ce sera l’heure où la France l’étudie et le traduit.

Sous le poids de la Grande Guerre et du fascisme, la célébri té de Pascoli va pourtant s’effriter. Sa poésie se voit bientôt associée à la caricature qu’en imposent les manuels scolaires ; et les écoliers ne retiennent qu’une version édulcorée et lénifiante de sa poétique du Petit Enfant – une poétique, c’est le cas de le dire, qui ne les grandit pas ; et les classes récitent alors ses poèmes comme une prière à l’oubli, en insistant sur son patriotisme – sans dire qu’il se refuse au deuil de l’Italie naissante, en « leader du peuple italien » comme l’a souligné Gramsci. Après la chute de Mussolini et alors qu’une nouvelle chance s’offre aux Italiens, la critique s’intéresse de plus près à la poésie pascolienne et notamment à sa langue. Dès 1944, le jeune Pasolini entreprend sa recherche universitaire sur Pascoli; par la suite, il jouera un rôle essentiel dans la réévaluation de toute l’oeuvre du poète. En 1982, la poétique du Petit Enfant bénéficie d’une édition réalisée et présentée par le philosophe Giorgio Agamben, l’une des pensées les plus singulières et les plus critiques de la culture transalpine. Aujourd’hui, en Italie, ce travail contre la mort de Pascoli se poursuit intensément, tout en se renouvelant.

Désormais, grâce à des esprits mieux inspirés, la poétique du Petit Enfant prend dans les écoles et dans les lycées des allures de Lettre du Voyant à l’italienne ; en son pays, Pascoli renaît. Dans le même esprit, l’objet de cette présentation et de l’édition du Petit Enfant qui l’accompagne est de participer à ce « contre-deuil », à cette lutte contre la mort et dans la mort dont Pascoli s’est fait le chantre et l’analyste. Rendre vie et rendre raison à Pascoli : pour ne plus en finir avec lui et pour inciter à la découverte ou à la redécouverte d’autres Pascoli.

« Il y a en nous un petit enfant…» : cette phrase introductive de la poétique pascolienne vaut pour un recommencement à partir de Pascoli et à ce qui fait que nous sommes déjà en son oeuvre. Dans notre langue aussi, il est donc temps de mourir à sa mort pour ne pas avoir le dernier mot.

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Informations

Titre Le Petit Enfant
Auteur
Editeur Michel de Maule
Langue FR
Date de publication 01/01/2004

Droits numériques

Ean PDF 9782876234970
Type de protection Adobe DRM
Ean papier 9782876231468
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