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Les Dieux ont soif

éditeur : NumiLog
catégorie : Romans et nouvelles
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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2,00 €
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Résumé

Dix
heures du matin. Pas un souffle d'air. C'était le mois de juillet le plus chaud
qu'on eût connu. Dans l'étroite rue de Jérusalem, une centaine de citoyens de
la section faisaient la queue à la porte du boulanger, sous la surveillance de
quatre gardes nationaux qui, l'arme au repos, fumaient leur pipe.

La
Convention nationale avait décrété le maximum : aussitôt grains,
farine avaient disparu. Comme les Israélites au désert, les Parisiens se
levaient avant le jour s'ils voulaient manger. Tous ces gens, serrés les uns
contre les autres, hommes, femmes, enfants, sous un ciel de plomb fondu, qui
chauffait les pourritures des ruisseaux et exaltait les odeurs de sueur et de
crasse, se bousculaient, s'interpellaient, se regardaient avec tous les
sentiments que les êtres humains peuvent éprouver les uns pour les autres,
antipathie, dégoût, intérêt, désir, indifférence. On avait appris, par une
expérience douloureuse, qu'il n'y avait pas de pain pour tout le monde :
aussi les derniers venus cherchaient-ils à se glisser en avant ; ceux qui
perdaient du terrain se plaignaient et s'irritaient et invoquaient vainement
leur droit méprisé. Les femmes jouaient avec rage des coudes et des reins pour
conserver leur place ou en gagner une meilleure. Si la presse devenait plus
étouffante, des cris s'élevaient : « Ne poussez pas ! »
Et chacun protestait, se disant poussé soi-même.

Pour
éviter ces désordres quotidiens, les commissaires délégués par la section
avaient imaginé d'attacher à la porte du boulanger une corde que chacun tenait
à son rang ; mais les mains trop rapprochées se rencontraient sur la
corde et entraient en lutte. Celui qui la quittait ne parvenait point à la
reprendre. Les mécontents ou les plaisants la coupaient, et il avait fallu y
renoncer.

Dans
cette queue, on suffoquait, on croyait mourir, on faisait des plaisanteries, on
lançait des propos grivois, on jetait des invectives aux aristocrates et aux
fédéralistes, auteurs de tout le mal. Quand un chien passait, des plaisants
l'appelaient Pitt. Parfois retentissait un large soufflet, appliqué par la main
d'une citoyenne sur la joue d'un insolent, tandis que, pressée par son voisin,
une jeune servante, les yeux mi-clos et la bouche entrouverte, soupirait
mollement. À toute parole, à tout geste, à toute attitude propre à mettre en
éveil l'humeur grivoise des aimables Français, un groupe de jeunes libertins
entonnait le Ça ira, malgré les protestations d'un vieux jacobin,
indigné que l'on compromît en de sales équivoques un refrain qui exprimait la
foi républicaine dans un avenir de justice et de bonheur.

Son
échelle sous le bras, un afficheur vint coller sur un mur, en face de la
boulangerie, un avis de la Commune rationnant la viande de boucherie. Des
passants s'arrêtaient pour lire la feuille encore toute gluante. Une marchande
de choux, qui cheminait, sa hotte sur le dos, se mit à dire de sa grosse voix
cassée :

–
Ils sont partis, les beaux boeufs ! ratissons-nous les boyaux.

Chapitre
VI

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Informations

Titre Les Dieux ont soif
Auteur
Editeur NumiLog
Langue FR
Date de publication 15/01/2009

Droits numériques

Ean EPUB 9789999999322
Type de protection Adobe DRM
Ean papier 9999999315
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