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Étreinte 4

éditeur : Editions Addictives
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Résumé

Extrait

1. Avis de tempête

Un vent glacé souffle sur Boston depuis deux jours, emportant les dernières feuilles des arbres. La pluie cingle les vitres sans discontinuer, les températures ont dégringolé aussi vite et aussi bas que mon moral. Novembre s’est achevé, et avec lui un automne tout en douceur et en promesses. L’hiver est déjà là, dans le ciel tumultueux comme dans mon cœur tourmenté.

Roman m’a quittée.

Emmaillotée dans une couverture polaire, assise en tailleur sur mon lit, je regarde la pluie tomber. Les vitres ressemblent à mes joues, surfaces froides sillonnées de larmes.

Je suis seule à l’appartement, je n’ai personne pour partager ma peine ou l’alléger un peu. Je me sens perdue. Il n’y a qu’Eduardo, mon adorable colocataire, qui est au courant de ma liaison avec Roman, et il est en vacances. Je ne me vois pas l’appeler chez sa mère au Mexique pour lui raconter à quel point j’ai été lamentable et combien je suis malheureuse.

Chaque matin, je grimace devant mon miroir jusqu’à trouver une expression qui puisse passer pour un sourire, puis je pars travailler. Au journal, personne ne s’est aperçu de rien, sauf Simon, mon collègue photographe, mais il a trop de délicatesse pour me dire que j’ai une tête de déterrée ou pour me harceler de questions. Je ferais bien d’en prendre de la graine. Est-ce que ça peut s’apprendre, la délicatesse ?

Roman m’a quittée parce que j’ai merdé. J’ai été nulle, je l’ai blessé. J’en paie les pots cassés. Cher.

Tout était pourtant parfait. Nous passions un week-end merveilleux en Louisiane dans la maison de son enfance, il m’a présenté Nora, sa gouvernante, et emmenée visiter La Nouvelle-Orléans. Nous avons discuté de nous, de nos goûts, de nos idées. Nous avons beaucoup ri, et fait l’amour.

Je lui ai parlé de mon enfance, de mes rapports chaotiques avec ma famille, de mes incessants conflits avec ma mère, qui m’aurait voulue plus ceci et moins cela ; de la passivité de mon père, que j’ai longtemps prise pour de l’indifférence à notre égard, nous, ses enfants. Roman m’a écoutée, et me confier à lui m’a fait du bien. Je me suis sentie comprise. Puis je l’ai questionné sur ses parents et je l’ai senti se crisper. Mais il m’a répondu, à demi-mots, à petites touches prudentes, pudiques. Son enfance sur les tournages avec sa mère, la grande actrice Teresa Tessler. Les absences et les excès de son père, que j’avais croisé à Halloween. La mort de sa mère, suivie de son entrée au pensionnat, en Suisse, où il rencontre Malik, qui devient son meilleur ami, puis son associé.

J’aurais pu me contenter de ça, c’était déjà énorme, surtout pour lui. Si j’avais eu une once de délicatesse, je l’aurais juste écouté, comme il l’avait fait pour moi, et je me serais tue. Mais j’ai foncé tête baissée dans la brèche qui venait de s’ouvrir dans sa carapace. Je lui ai parlé de mes recherches sur Teresa Tessler. Il s’est figé. J’ai senti que j’avais gaffé, mais je ne pouvais plus faire machine arrière. Il m’a questionnée et je n’ai pas voulu lui mentir. Alors je lui ai tout déballé, ce que je savais de la liaison de Teresa avec Elton Vance et de leur accident de voiture… qui aurait été un assassinat maquillé.

Roman s’est statufié, il est devenu livide. Le calme avant la tempête, ai-je pensé. Mais non. Il est resté maître de lui, comme toujours. Du moins, en surface.

– Ma mère est morte à cause des journalistes, m’a-t-il dit d’une voix blanche. Ils ont pris sa voiture en chasse, pour un scoop, pour une photo d’elle avec son amant, et la poursuite s’est terminée quand elle a percuté un poteau. Les paparazzis étaient aux premières loges. Des fouille-merde dans ton genre.

J’ai pris ses mots en pleine face, comme s’il venait de me gifler à la volée. Fouille-merde… le terme est tellement vulgaire, tellement méprisant, que je ne l’aurais jamais imaginé dans sa bouche. C’est à ça que j’ai réalisé soudain l’étendue du désastre. Il n’était pas en colère, il n’était pas furieux, il était au-delà de tout ça.

– J’avais sept ans. Grâce à eux, j’ai pu voir des photos de ma mère morte dans les journaux. La carcasse de la voiture. Le sang sur la route. Tu trouves ça normal ? Tu trouves ça excitant ?

Évidemment non ! Que répondre à ça ? Mortifiée, effarée, la langue collée au palais, j’étais incapable de trouver les mots. Sa douleur semblait irradier de lui, et elle me brûlait.

– C’est pour ça que tu t’es intéressée à moi ? a-t-il continué d’une voix si basse qu’on aurait dit un grondement. Pour déterrer cette vieille histoire, la remettre au goût du jour, avec une petite sauce au meurtre en prime, pour en relever la saveur surannée ? Pour écrire le scoop que personne n’a pu obtenir avant toi ?

Je me suis aperçu alors que, en pleine confusion, je ne lui avais pas expliqué le pourquoi de mes recherches. Pour me rapprocher de lui, d’abord. Pour découvrir la vérité sur la mort de sa mère, ensuite. Mais certainement pas pour en faire un article. L’idée ne m’avait même pas effleurée, et qu’il puisse le croire m’a fait paniquer tout à fait.

– Roman, non, je… ça n’a rien à voir, je te promets…

– Non ? Vraiment ? Alors pourquoi fraies-tu avec cette fouine d’Andrew Fleming ? Je le croyais disparu ou au moins cantonné à la rubrique des chiens écrasés mais… surprise ! Il refait surface juste au moment où tu débarques dans ma vie. Une sacrée coïncidence, pas vrai, Amy ?

– Mais… Andrew est juste un collègue… qui s’est proposé de m’aider à…

– T’aider à quoi ? À brasser la merde ?

Roman a secoué la tête, l’air profondément choqué. Et, pire que tout : dégoûté.

La suite n’est qu’un cauchemar. J’ai voulu m’expliquer, m’excuser. Impossible. Malgré mes cris, malgré mes pleurs, Roman n’était plus qu’un mur.

– Je ne veux plus te revoir, m’a-t-il simplement dit d’une voix étrangement atone.

Moi, j’aurais préféré qu’il crie lui aussi, qu’il m’engueule, qu’il fulmine, qu’il tempête. Qu’il communique. Mais il était juste… de marbre. Froid. Immobile. Mutique.

En deux temps, trois mouvements, je me suis retrouvée dans le jet, confiée aux bons soins de Joshua, qui s’est chargé de me raccompagner ensuite à mon appartement.

Et voilà.

Bien sûr, depuis je lui ai envoyé un mail et même plusieurs, pour lui présenter mes excuses, lui demander de me pardonner ma maladresse. Et surtout, pour lui expliquer ma démarche.

Mais… rien. Pas de réponse. Je ne sais même pas s’il les a lus.

Comment ai-je pu manquer autant de tact ? De sensibilité ? Comment ai-je pu laisser la situation m’échapper au point que Roman me croie capable de l’avoir utilisé ? Si moi je suis effondrée, comment doit-il se sentir, lui ? Trahi, c’est sûr…

C’est un coup de fil d’Andrew, le samedi suivant, qui me tire de ma léthargie. En voyant son nom s’afficher sur mon portable, j’hésite à répondre. Roman l’a traité de fouine. J’ignore ce qu’il lui reproche au juste mais j’éprouve un certain malaise à l’idée de continuer à le côtoyer. Ceci dit, Roman en avait après tout ce qui s’apparente de près ou de loin au journalisme. Et je n’ai pas l’intention de laisser tomber mes recherches sur la mort de Teresa. Après tout, le pire est déjà arrivé : Roman m’a quittée. Et si elle a été assassinée, alors il faut que justice soit faite. Je décroche :

– Salut Andrew, quoi de neuf ?

– Salut Amy, j’ai fouillé dans toutes mes archives et j’ai mis la main sur des articles et des notes qui pourraient t’intéresser. Tu enquêtes toujours sur Teresa Tessler ?

– Enquêter, c’est un bien grand mot, mais oui, je suis toujours à la recherche d’infos sur sa mort.

– Ok, t’es chez toi, là ? Parce que je suis en voiture, je peux passer te déposer tout ça, vers quinze heures, si tu me donnes ton adresse.

– C’est super sympa, Andrew. Merci. Je suis au 12 Chesnut Street, appartement 3B.

Nous passons l’après-midi à discuter de l’affaire. Andrew semble intéressé par mes découvertes et mes déductions, et je me demande tout à coup quel intérêt il a à m’aider. Qu’est-ce que ça lui rapporte ? Est-ce-que je devrais me méfier de lui ?

– Andrew ? demandé-je en feuilletant son dossier. Pourquoi tu m’aides ?

– Bah… dit-il en haussant les épaules. Ça ne me coûte rien. Et puis… qui sait ? Un jour, peut-être, j’aurai besoin de toi. Je ne suis pas tout à fait désintéressé. Après trente ans dans ce milieu, ma seule certitude, c’est que pour un journaliste, un bon réseau est la clef de la réussite.

Il a raison. Je deviens parano… Plus on a de contacts, plus on récolte d’infos, c’est aussi simple que ça.

– Tu es super documenté. Tu n’as jamais envisagé de sortir un papier là-dessus ? lui demandé-je encore, le soupçonnant quand même de m’aider pour en tirer profit plus tard.

– Sur l’accident ? Tout a déjà été écrit à l’époque.

– Oui, mais si on part du postulat que c’est un assassinat maquillé en accident, il y a encore beaucoup à dire.

– C’est vrai. Mais je suis trop vieux pour ces conneries. Je laisse ça aux petits jeunes pleins de fougue, comme toi, dit-il en souriant. Moi, je fais mon beurre avec des articles qui rapportent gros pour un minimum d’investissement. Je ne suis pas un idéaliste, et je ne bosse ni pour la gloire ni pour le plaisir. Juste pour l’argent. Si jamais il y a bien quelque chose de louche dans la mort de Tessler (ce qui reste encore à prouver), tu en as pour des jours, des semaines, voire des mois, d’investigation avant de trouver quoi que ce soit. Sans compter qu’il faut pouvoir se rendre en France, où elle est morte, et se coltiner les flics français (sans vouloir t’offenser). Non merci !

– Merci pour tes encouragements, plaisanté-je. Présenté comme ça, même moi je commence à me demander dans quoi je me suis embarquée.

Au moins, il dit les choses franchement !

Rassérénée, je passe le week-end à éplucher son dossier et j’y trouve une foule d’informations qui, correctement recoupées, me confortent dans l’idée d’un assassinat. Je note le nom du flic parisien qui s’est chargé de l’enquête à l’époque : Robert Martin. J’aurais voulu le contacter mais on m’apprend qu’il est à la retraite et que c’est un certain Nils Eriksen qui l’a remplacé. Trop jeune pour avoir suivi l’affaire mais si je pouvais le rencontrer, j’arriverais peut-être à le convaincre de rouvrir l’enquête… Je serai à Paris dans dix jours, ça ne pouvait pas tomber mieux.

Paradoxalement, me plonger dans le passé de Roman m’aide à affronter notre rupture. C’est quelque chose qui nous rassemble, comme un lien que je tisse entre nous.

Quelques jours plus tard, les DVD des films de Teresa que j’avais commandés arrivent enfin. Je regarde les trois principaux, et s’ils ne m’apprennent rien qui puisse faire avancer mon enquête, ils me rapprochent encore un peu plus de Roman.

Dans l’un d’eux, le petit garçon qui joue le fils de Teresa ressemble étrangement à… son propre fils ! Je m’empresse d’avancer au générique de fin, je fais fébrilement défiler les noms jusqu’à tomber sur celui qui m’intéresse : le petit garçon s’appelle Jacob Parker ! Mon cœur fait un bond dans ma poitrine, je fais un bond sur le canapé. Je reviens à la scène où il apparaît : c’est bien Roman, un Roman miniature, de cinq ou six ans, adorable, avec ses grands yeux en amande et son air grave. Et une coupe de cheveux improbable, ses mèches noires pointant dans tous les sens, qui m’arrache mon premier sourire depuis des jours.

Oh, Roman ! Tu me manques ! Si tu savais comme je regrette…

Le voir avec sa mère me noue le ventre. Ils ont l’air tellement proches, je lis tellement de tendresse dans les regards que Teresa pose sur lui… je ne peux pas imaginer qu’elle joue la comédie. Il y avait forcément quelque chose de fort entre eux. Je n’en éprouve que plus de compassion pour elle, plus d’amour pour lui. Je suis plus que jamais déterminée à découvrir qui s’en est pris à Teresa, et les a séparés.

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Titre Étreinte 4
Auteur
Editeur Editions Addictives
Langue FR
Date de publication 01/11/2014

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Ean EPUB 9791025715949
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