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Étreinte 5

éditeur : Editions Addictives
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Résumé

Extrait

1. Les mots d'amour

Samedi deux janvier. Paris. Ma chambre. Froid. Pluie. La place de Roman encore chaude dans le lit. Le bruit de la douche qui coule. Découragement. Inquiétude. Peur de décevoir l’homme que j’aime. Envie de pleurer.

J’ai merdé (encore) et je ne sais pas comment rattraper ma gaffe sans perdre Roman, qui ne se doute de rien. En lui disant que l’enquête sur sa mère avait été rouverte, je me suis avancée. Trop avancée. Et maintenant, à moins de réussir à convaincre le lieutenant Eriksen de se pencher dessus, il va falloir que j’explique à Roman que j’ai un peu bluffé. Que l’histoire n’intéresse personne, que ses questions vont rester sans réponse.

Voilà pour le décor et l’ambiance. Pas génial. Mais j’essaie de faire bonne figure.

À cinq heures ce matin (autant dire en pleine nuit), Roman s’est levé en essayant de ne pas me réveiller. Tentative ratée ; j’ai si mal dormi que le moindre froissement, le moindre murmure m’aurait tirée du sommeil. Quand il sort de la douche, j’allume ma lampe de chevet et le regarde s’habiller, pelotonnée dans mes couvertures. Je ne me lasse pas d’admirer son grand corps aux muscles si bien dessinés, ses mouvements souples, ses gestes vifs. Aujourd’hui, il troque le jean pour un costume noir sobre mais classe sur une chemise sanguine, cravate noire. Il a des contrats à négocier avec un vieux Japonais irascible et richissime qui a la réputation de plier tout le monde à sa volonté ; mais Roman n’est pas du genre à courber l’échine devant qui que ce soit… Il m’impressionne toujours un peu, quand il s’habille comme ça. Ça me rappelle qu’il n’est pas seulement l’homme de mes rêves, sensuel et drôle, mais aussi un businessman, milliardaire de surcroît, et qu’on n’en arrive pas là par hasard, surtout si jeune. Quand on part de rien, on ne se retrouve pas à la tête d’un empire sans avoir une volonté d’acier. Il faut être un bourreau du travail et un tacticien hors pair, acharné, intelligent. Impitoyable aussi, parfois.

– Tu n’as jamais peur ? lui demandé-je.

– Peur ? s’étonne-t-il surpris, comme si le mot lui était inconnu.

– Oui, dis-je amusée. Peur. Tu sais, quand on hésite, qu’on redoute quelqu’un ou quelque chose, tellement qu’on en attrape des sueurs froides ou un mal de ventre. C’est un sentiment que le commun des mortels connaît assez bien.

– Oh… Eh ben… Si, ça m’arrive. Là, par exemple, j’ai peur de devoir utiliser du gel pour mater cet épi rebelle, répond-il en essayant de discipliner ses épais cheveux noirs. Et j’ai horreur du gel.

– Sérieusement ?

– Sérieusement, dit-il soudain grave en s’asseyant au bord du lit pour m’embrasser dans le cou, j’ai eu peur, il n’y a pas si longtemps. Quand j’ai cru m’être trompé et t’avoir perdue…

Sa déclaration me laisse tout étourdie de bonheur. Après son départ, je me rendors, les doigts posés sur mon cou, à l’emplacement de ses lèvres, comme pour retenir son baiser sur ma peau.

À mon réveil, la pluie a cessé de tambouriner contre les volets et le soleil est déjà haut dans le ciel. Je me sens tout à coup beaucoup plus optimiste. Roman et moi devons regagner les États-Unis ce soir, je n’ai plus le temps de tergiverser : je vais harceler Eriksen jusqu’à ce qu’il décroche son foutu téléphone ou bien j’irai personnellement le débusquer dans son bureau ou le rejoindre sur le ring. Je suis prête à tout pour obtenir des réponses.

Heureusement, je ne suis pas obligée de recourir à ces solutions extrêmes : un message d’Eriksen m’informe qu’il est au commissariat pour toute la journée et que je peux passer à n’importe quel moment.

Je retiens un glapissement de joie, chipe une barre de céréales dans le placard pour mon petit déjeuner, attrape mon manteau, embrasse mes parents, trottine dans les rues, saute dans un métro.

À onze heures trente-huit, à peine essoufflée, je suis devant lui, priant de toutes mes forces pour qu’il ait décidé de m’aider.

Le lieutenant Nils Eriksen est un petit peu moins impressionnant quand il est habillé derrière son bureau que quand il est à moitié nu sur un ring. Mais vraiment un tout petit peu moins. Les fines tresses dans ses cheveux blonds ne parviennent pas à adoucir son visage aux traits bruts, à la barbe naissante. Il porte un jean marron, et un t-shirt blanc cache les tatouages tribaux de ses larges épaules. Mais, même ainsi, la description de Sibylle garde tout son sens : on dirait bien un Viking. Ce qui n’est pas pour me rassurer. Je me demande comment ma petite sœur a pu craquer sur ce type que je trouve plus intimidant que séduisant. Je ne sais toujours pas que penser de lui.

– Mademoiselle Lenoir, dit-il de sa voix rocailleuse, en me serrant la main. J’ai attendu d’avoir un peu de temps libre, pour effectuer quelques recherches à propos de la mort de Teresa Tessler, avant de vous rappeler.

Il ne s’excuse pas, n’emploie pas de formule de politesse toute faite. Il énonce simplement un fait. Ce n’est pas un diplomate…

– Oui, votre standardiste m’avait expliqué que vous étiez tous débordés, ici, à cette période de l’année, dis-je embarrassée. Je m’excuse si j’ai donné l’impression de vous harceler. Mais je dois être à Boston demain et cette affaire me tient à cœur.

– J’avais compris, répond-il en s’asseyant sur le bord de son bureau.

Installée face à lui sur une chaise inconfortable, je me mets à tripoter la fermeture de mon sac à main. Je cherche mes mots, mais, en fait, je ne sais plus si c’est à lui ou à moi de parler. Il ne montre aucun signe d’impatience, il m’observe calmement et ses yeux gris me flanquent une trouille bleue, aussi irrationnelle qu’intense.

Je parie qu’il est excellent en technique d’interrogatoire ! Je me sens coupable rien qu’en étant devant lui. Coupable de quoi ? Aucune idée. Mais je suis prête à tout avouer.

Oh, Roman ! Comment tu fais pour n’avoir jamais peur ? Pourquoi tu n’es pas là, avec moi ?

Penser à Roman me redonne un semblant de courage. Eriksen met fin à mon calvaire en me désignant un épais dossier :

– J’ai ici des documents qui m’ont persuadé que votre histoire valait le coup d’être examinée de près. En fait, si j’ai tardé à vous contacter, c’est aussi parce que plus je creusais, plus la manière dont cette enquête a été menée me paraissait aberrante.

– Aberrante ? demandé-je, à la fois soulagée qu’on entre dans le vif du sujet et inquiète de la tournure que prend la conversation, même si je me doutais qu’il y avait quelque chose de louche.

– J’ai dû remuer ciel et terre pour obtenir les témoignages, les rapports d’autopsie et ceux d’expertise du véhicule, ainsi que les notes de mon prédécesseur, Robert Martin, en charge de l’enquête. Tout aurait dû se trouver aux archives, mais… il manquait des documents. Je les ai finalement retrouvés, mais ils sont pour la plupart incomplets ou en totale contradiction avec les conclusions de l’enquête. Voire falsifiés.

– Falsifiés ? demandé-je abasourdie et assez effrayée à l’idée de ce que ça implique. Vous voulez dire… que… euh… balbutié-je sans oser lui livrer le fond de ma pensée.

Vous voulez dire que l’enquête a été sabotée ? Que votre collègue était un flic véreux et qu’il a étouffé l’affaire ?

– Il est clair que l’enquête a été bâclée et volontairement bousillée, dit-il imperturbable. Pourquoi ? Par qui ? Je n’en sais rien. Je ne peux pas et je ne veux pas accuser l’ex-lieutenant Martin sans preuves tangibles. Il faudrait que je lui parle, pour avoir sa version des faits et ses explications. Mais je ne le ferai pas.

– Comment ça ? sursauté-je. Vous allez laisser tomber ? Juste parce que ça remet en cause un de vos collègues ? Parce qu’on n’accuse pas un flic ? On parle d’un accident maquillé en meurtre et vous… vous…

Je suis incapable de continuer, j’ai la voix qui tremble d’indignation et je me suis levée sans même m’en apercevoir. Tout à coup, j’oublie qu’Eriksen est flic, qu’il me fait peur et que je n’ai aucune légitimité dans cette affaire. Je ne pense qu’à Roman et à sa mère. Eriksen semble plus amusé qu’impressionné par ma démonstration de bravoure :

– Rien de tout ça, mademoiselle Lenoir. Je quitte la police.

– Mais… je… vous… non ! bredouillé-je absurdement, effondrée à l’idée que tout me file entre les doigts, après avoir tant bataillé.

– Eh si, répond-il avec un semblant de sourire.

– Mais pourquoi ? Et comment je vais faire, sans vous ?

La question m’a échappé. Je me rassieds sur ma chaise, au bord des larmes. Je croyais que tout s’arrangeait, qu’Eriksen allait rouvrir l’enquête, que mon petit bluff passerait inaperçu et n’arriverait jamais aux oreilles de Roman. Au lieu de ça, je me retrouve au point de départ et je vais devoir annoncer à Roman que j’ai enjolivé la vérité. C’est la panique dans ma tête :

– Petit bluff ? Tu appelles ça un petit bluff, toi ? Pourquoi ne pas appeler un chat un chat et avouer que tu as menti à Roman en lui disant que l’enquête était déjà rouverte ?

– Je ne lui ai pas vraiment menti ! Quand j’ai demandé à Eriksen de m’aider, j’étais sûre qu’il le ferait !

– Sûre, réellement ?

– Presque sûre… En tout cas, je voulais le croire.

– …

– J’étais tellement heureuse de retrouver Roman. Je me suis laissée déborder par mon enthousiasme. C’est un crime ?

– Non. Mais maintenant, tu es dans la merde… Parce que si Eriksen n’a pas rouvert l’enquête, alors aux yeux de la loi ça reste une affaire classée, donc personne ne va la reprendre derrière lui. Et ça, je ne vois pas comment tu vas l’expliquer à Roman sans lui avouer ton « petit bluff »…

– Je sais. Mais il y a pire : j’aurai rouvert toutes ses blessures à propos de sa mère pour rien. Et ça, même si lui me le pardonnait, moi je ne me le pardonnerais pas…

– Pourquoi je démissionne ? me répond Eriksen après un long silence. Parce que j’étouffe. La police est une formidable famille, mais aussi une vaste prison à ciel ouvert, procédurière et parfois injuste.

– Et corrompue, ajouté-je, maussade, en songeant à Robert Martin.

– Non, dit-il avec une douceur étonnante. Vous ne pouvez pas juger tout un groupe sur les agissements d’un seul de ses membres. D’autant que vous n’avez aucune preuve. Les flics ont leurs défauts, mais il y en a beaucoup plus de bons que de mauvais. Et n’oubliez pas que ce ne sont que des hommes, pas des super-héros…

Moi, à cet instant, je pense surtout à Roman. Le reste, la police, les gentils flics, les états d’âme d’Eriksen, tout ça, je m’en contrefous.

– Bref, reprend-il en se levant, comme s’il avait lu dans mes pensées. Quoi qu’il en soit, il est évident que je ne vous ai pas appris tout ça pour vous annoncer ensuite qu’on enterrait l’affaire. Voici le nom, le mail et le numéro du collègue qui me remplacera à partir de la semaine prochaine. Je le brieferai, lui transmettrai le dossier Tessler et il prendra contact avec vous dès que possible. On a suffisamment d’éléments pour rouvrir l’enquête.

Cette dernière phrase me cause un choc monumental. Et formidablement agréable. Je prends la carte de visite qu’il me tend, comme un automate, hésitant encore, après tous ces rebondissements, à y croire.

L’enquête est rouverte ! J’ai réussi ! Roman ! J’ai tenu ma promesse !

J’ai encore du mal à réaliser, mais j’ai bien conscience que je dois afficher un sourire ravi (et peut-être un peu idiot). La peur de perdre Roman, qui me noue le ventre depuis des jours, s’est envolée. Enfin ! Je me répands en remerciements.

– Il est midi trente, me coupe Eriksen, amusé. Je ne tiendrai pas une minute de plus sans manger. Vous m’accompagnez au resto ? J’ai encore deux ou trois choses à vous dire.

J’hésite une seconde, pas super enthousiaste à l’idée de prolonger notre face à face. Il me met toujours mal à l’aise.

Et si c’était un plan drague ? Oh, la galère !

– Pas de panique, c’est pas un rendez-vous galant, dit-il en attrapant son blouson en cuir, l’air goguenard. J’ai seulement faim.

Contrariée d’être si transparente (et vexée de sa répartie, qui frôle la muflerie) j’accepte néanmoins, encore éperdue de reconnaissance et vaguement incrédule.

Dix minutes plus tard, nous sommes installés à une petite table au fond de la brasserie Au chien qui fume quand je reçois un texto de Roman :

[J’ai terminé plus tôt. On déjeune ensemble ?]

– Ça vous ennuie si Roman Parker, le fils de Teresa Tessler, nous rejoint ? demandé-je à Eriksen.

– Pas du tout, répond-il en attaquant le pain et les olives qu’une serveuse vient de déposer devant nous. Je serais même curieux de faire sa connaissance… du moment qu’il n’arrive pas dans trois heures.

Je rappelle Roman pour lui expliquer et lui résumer mon entretien avec le lieutenant.

– Il est tout près d’ici, il nous rejoint très vite, dis-je à Eriksen en m’installant face à lui. Vous ne devriez pas avoir le temps de tomber d’inanition, ajouté-je en constatant que la corbeille de pain est déjà vide.

Roman s’assied à notre table exactement neuf minutes plus tard. Il soulève mes cheveux et m’embrasse sur la nuque (frisson !) après avoir salué Eriksen qui, entre-temps, a dévoré une autre corbeille de pain et deux bols d’olives. La serveuse nous a ravitaillés sans manifester le moindre étonnement, avec une belle régularité, et je devine qu’il a ses habitudes ici. Et un appétit d’ogre.

À ma grande surprise, Roman et lui s’entendent à merveille. Ils paraissent pourtant aussi différents qu’on peut l’être, et sont physiquement l’exact contraire l’un de l’autre. À part leur haute stature, ils se ressemblent comme le jour et la nuit.

Par contraste, je trouve Roman encore plus beau… et Eriksen moins impressionnant.

Au bout d’un quart d’heure, ils s’entendent si bien qu’ils sont passés au tutoiement. Moi, je reste silencieuse, un peu nerveuse : j’ai peur qu’au détour d’une phrase Roman s’aperçoive qu’Eriksen vient seulement d’accepter de rouvrir l’enquête et découvre mon bluff. Mais le lieutenant n’est pas loquace, il n’entre pas dans les détails et tout semble vouloir bien se passer. Ouf !

À la fin du repas, quand il termine son second plat du jour (je n’ai jamais vu quelqu’un manger autant !), Roman lui demande :

– Tu quittes la police pour te mettre à ton compte, en tant que privé, c’est bien ça ?

– Ouaip. Je boucle les démarches administratives, ensuite je peux voler de mes propres ailes. Mais je reste consultant pour la police, ça me permet de garder des contacts.

– D’accord… dit Roman avec, visiblement, une idée derrière la tête. Alors je t’embauche. Pour enquêter sur ma mère. Tu me donneras ton tarif fixe et tu auras un crédit illimité pour tous les défraiements.

– Ok, répond sobrement Eriksen après un temps de réflexion qui me paraît interminable. Mais ça risque d’être long. Quelqu’un s’est donné beaucoup de mal pour étouffer l’affaire…

– Prends tout le temps nécessaire. Je veux savoir ce qu’il s’est réellement passé.

Je m’attends à ce que s’ensuivent au moins quelques mises au point, mais Eriksen commande les desserts et l’affaire semble être entendue. Il ne leur a pas fallu plus de trois ou quatre phrases pour passer un accord.

Eh bien ! Quelle concision ! Ça, c’est de l’efficacité !

La discussion dérive ensuite, je ne sais comment, vers le sport, mais je suis tellement soulagée que tout se soit arrangé que je perds le fil.

Le soir même, après l’au revoir à ma famille, Roman et moi montons à bord de son jet pour regagner les États-Unis. Je suis contente que se termine cette parenthèse de ma vie qui a été particulièrement éprouvante pour mes nerfs, mais j’ai le cœur serré de quitter Paris, mes parents, et surtout ma petite sœur, aux prises avec ses tourments amoureux. Je m’inquiète pour elle ; je n’imagine pas une seconde Nils Eriksen, qui semble, malgré sa petite trentaine d’années, avoir vécu déjà dix vies, s’intéresser à elle, qui ne connaît rien d’autre que le nid familial. En vérité, j’imagine mal le lieutenant tomber amoureux de qui que ce soit…

Pendant le vol, je me blottis dans les bras de Roman, sur un confortable canapé de cuir au moelleux incomparable. Il a baissé les lumières et enclenché une musique douce en fond sonore, une sonate pour piano qui me berce et m’apaise. Il tient ma main droite dans la sienne et joue avec mes cheveux de l’autre. Nous échangeons quelques mots en murmurant. Des mots doux. Je suis amoureuse…

– Je suis heureuse que tu aies laissé tomber ton job de chevalier servant par intérim, lui chuchoté-je. Ce n’était pas un plan de carrière digne d’un milliardaire.

Il rit doucement et je lui dis je t’aime.

C’est venu tout seul, je ne l’avais pas prémédité. Je suis un peu déstabilisée, et Roman aussi, je crois. Il enfouit son visage dans mon cou en me serrant plus fort. Il chuchote tout bas et très vite, en américain, son accent plus marqué que jamais. Je ne comprends pas un traître mot, mais il refuse de répéter.

– Ça n’a pas d’importance, dit-il. Embrasse-moi.

Alors je l’embrasse. Et c’est vrai que plus rien d’autre n’a d’importance.

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Titre Étreinte 5
Auteur
Editeur Editions Addictives
Langue FR
Date de publication 01/12/2014

Droits numériques

Ean EPUB 9791025715956
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