chargement

Étreinte 6

éditeur : Editions Addictives
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

EPUB

Adobe DRM
2,99 €
Lecture multi-support

Résumé

Extrait

1. Sportivement sexy

Les premiers jours de février à Manhattan sont froids mais ensoleillés. J’en profite pour aller travailler à pied, tous les matins. Je ne suis pas une grande sportive, mais je voudrais entretenir mon capital fessier, que Roman adore. Et je n’ai aucune envie de transpirer sur un vélo d’appartement ou m’épuiser à suivre les ordres sadiques d’un prof de gym bodybuildé, perdue au milieu d’une bande de lolitas anorexiques qui feront les exercices en sifflotant sans mouiller leur body Ralph Lauren. La marche me semble être un compromis acceptable. Roman, remarquant ma récente lubie, m’a gentiment proposé de m’apprendre à courir.

– Tu plaisantes ? me suis-je exclamée. C’est bien trop fatigant !

– Oui, c’est un peu l’idée, quand on fait du sport, a-t-il répondu, perplexe.

Néanmoins, il n’a pas insisté. Ces derniers jours de vie commune m’ont appris que s’il s’avère intraitable en affaires, impatient en société et parfois franchement dominant au lit, ce n’est pas un tyran domestique. Il a visiblement confiance en mon jugement et respecte mes choix et mes idées, défendant farouchement les siens mais sans me les imposer. Il sait pourtant être incroyablement têtu et tenace (et convaincant !) lorsqu’il souhaite obtenir quelque chose de moi :

– Je ne suis pas entêté, je suis persévérant, nuance-t-il dans un sourire désarmant si je lui reproche de s’obstiner.

Ce sourire précède généralement un numéro de charme auquel je suis incapable de résister et qui cause chaque fois ma capitulation. Pour notre plus grand plaisir…

Venant d’un homme comme lui, habitué à diriger, ordonner, mener, cette capacité d’écoute et de respect m’étonne et me ravit chaque jour un peu plus. Ça me change agréablement des prises de bec avec ma mère, qui voulait tout régenter, tout contrôler, de la couleur de mes ongles à l’orientation de ma carrière en passant par ma vie sentimentale.

Nos discussions sont parfois animées, parce que nous ne sommes pas d’accord sur tout et que chacun défend son avis avec passion, mais nous ne nous querellons jamais. Je dois néanmoins souvent me ranger à son opinion, en ronchonnant (oui je suis mauvaise perdante, et alors ?), vaincue par ses arguments et son raisonnement, parce qu’il a une faculté d’analyse prodigieuse. Hallucinante, même. Il a toujours dix coups d’avance, sur moi comme sur tous ses interlocuteurs, et se frotter à lui est comme essayer de battre un maître des échecs alors qu’on ne sait même pas déplacer un pion. Seul Malik, qui se charge lors des réunions de développer et traduire la pensée complexe de Roman à ses associés, semble capable de le suivre sur ce terrain. De le suivre mais pas de le précéder…

Malgré cela, Roman n’est pas arrogant. Confiant, sûr de lui mais pas arrogant. Il semble simplement considérer tout ça comme allant de soi. Ce qui me sidère complètement…

Du coup, plus j’apprends à le connaître, plus je suis amoureuse, intriguée, captivée… et tourmentée par son mutisme sur certains points. Sur deux points, en réalité :

1 - Il ne m’a jamais dit Je t’aime. Il ne répond jamais à mes déclarations.

2 - Il n’a jamais évoqué la possibilité de prolonger notre vie commune quand Sibylle aura libéré mon appartement

Ça fait beaucoup de jamais pour une histoire que je voudrais voir durer toujours.

Or, Sibylle a trouvé une chambre dans une pension de famille. Elle y emménage dans quelques jours. Je ne l’ai pas encore annoncé à Roman. J’ai peur, terriblement peur, qu’il n’essaie pas de me garder près de lui, qu’il ne me propose pas de rester chez lui plutôt que de regagner mes pénates.

En cette fin d’après midi, Roman et moi devons retrouver Nils Eriksen, pour parler de l’enquête (qui avance à bon train), à la salle de boxe. Je ne sais pas où en est ma petite sœur avec lui, mais visiblement ils se côtoient toujours : la voiture d’Eduardo, qu’elle m’a empruntée le temps que je loge chez Roman, est garée devant le gymnase… Je n’ai pas parlé de Nils à ma mère, qui m’a bien appelée une demi-douzaine de fois depuis l’arrivée de Sibylle aux États-Unis, et me relance encore aujourd’hui, juste avant qu’on ne pénètre dans la salle. Sibylle avait un fiancé en France, Matthieu, qu’elle a laissé tomber comme une vieille chaussette, et ma mère me supplie de la raisonner, de la convaincre de rentrer à Paris :

– Sibylle ne peut pas rester à New York, Amandine, martèle ma mère. Elle ne peut pas abandonner ses études, son fiancé, sa famille, sur un coup de tête. Il faut que tu la persuades de rentrer.

– Tu connais Sibylle, maman, soupiré-je. Elle est plus butée qu’un troupeau de mules sourdes. Elle ne m’écoutera pas plus que toi.

– Elle est en train de gâcher sa vie ! Elle dilapide l’argent de son livret d’épargne, elle a brisé le cœur de ce pauvre Matthieu et elle va perdre son année d’études.

– Peut-être qu’elle a juste besoin de respirer un peu ? suggéré-je. Et qu’elle va revenir d’elle-même. Il faut lui laisser du temps. Considérer son escapade comme une année sabbatique… ?

– On ne prend pas d’année sabbatique à vingt et un ans ! fulmine ma mère. Il faut qu’elle pense à son avenir ! Amandine, je te demande de la mettre à la porte ! Tant que tu l’hébergeras, elle ne reviendra pas.

– Je vais lui parler, maman, capitulé-je en sentant poindre une migraine. Mais je crois qu’elle a déjà trouvé un autre logement. Je te laisse, Roman m’attend. Bisous.

– Tu savais, toi, qu’il y a un âge minimum pour prendre une année sabbatique ? demandé-je à Roman quand je le rejoins dans la salle.

– Non, mais je suppose que si Évelyne Lenoir l’a décrété, ça ne va pas tarder à entrer dans la Constitution, dit-il le plus sérieusement du monde.

Je reste interdite cinq secondes devant son air austère avant d’éclater de rire.

– Vous êtes magnifiquement belle, mademoiselle Lenoir, quand vous riez… murmure-t-il en m’embrassant la nuque, de ces baisers tendres et légers dont il a le secret et qui me font chaque fois vibrer tout entière.

Je glisse ma main dans la sienne et nous slalomons entre des hommes en short et en sueur, plutôt jeunes, de tous gabarits, de toutes couleurs. La salle est plus grande que celle de Paris, mais c’est le même genre d’endroit, gris et sans fard. Un lieu brut et sans clinquant. « Pas fréquentable » dirait ma mère. À l’image de Nils, probablement. Nous stoppons à bonne distance de lui et Sibylle, pour ne pas les interrompre. Ils sont devant une espèce de punching-ball miniature accroché au plafond et relié au sol par une corde élastique. Nils, toujours aussi massif, torse nu, ses tatouages noirs tranchant sur sa peau blanche, frappe doucement le petit sac ballonné, à une allure rapide et régulière, de ses deux mains bandées, alternativement, sans même regarder ce qu’il fait. Il est tourné vers Sibylle, qui l’observe, captivée, tandis qu’il lui explique visiblement comment s’y prendre. Il augmente progressivement sa cadence de frappe, l’air de rien, diversifie les enchaînements, et le ballon lui obéit parfaitement. Ses larges mains sont vives et gracieuses, elles semblent indépendantes du reste de son corps et suivre une chorégraphie compliquée, incroyablement rythmée et véloce.

– Ça a l’air rigolo, dis-je.

– Oui, tant qu’on ne se le prend pas dans le nez, me répond Roman, amusé. C’est vite arrivé et plutôt douloureux. On est sonné avant d’avoir compris ce qui se passait. Ce n’est pas si facile que ça paraît, Nils doit avoir pas mal d’années de boxe derrière lui pour maîtriser si bien l’exercice.

– Tu t’y connais en boxe ? demandé-je en me souvenant qu’il a mis K.O. trois types le jour de notre rencontre.

– Je me débrouille. Mais je n’aimerais pas trop me retrouver face à Nils quand il est en colère. Sans compter qu’il pèse bien vingt kilos de plus que moi.

– Oui mais de toutes façons, tu cours plus vite que lui, non ?

– Il faut l’espérer, répond-il en riant.

Tandis que nous plaisantons, Sibylle a pris place face au petit ballon de frappe. Elle souffle impatiemment sur sa frange pour dégager ses cheveux blonds de ses yeux, et remonte sur ses hanches étroites son survêtement qui a glissé. Son débardeur bleu ciel laisse voir ses bras tout en délicatesse. J’ai une bouffée de tendresse pour ma petite sœur : elle est belle comme un cœur. Nils vient se poster derrière elle, prend ses mains dans les siennes pour la guider et lui imprimer le rythme des premiers mouvements. Sibylle paraît vraiment minuscule entre ses bras, à la fois fragile et déterminée, comme une fleur sauvage. Elle paraît aussi très troublée par leur proximité… Pour la première fois, je vois Nils sous un autre jour : ce n’est pas la brute que je croyais, il est doux avec ma sœur et, même s’il demeure impassible, s’il n’est pas bouleversé d’être contre elle, il laisse transparaître une sensibilité émouvante.

Je viens me blottir contre Roman, qui m’ouvre ses bras sans un mot.

Lire la suite...

Commentaires des lecteurs

9791025716755
- / 5
  5
  4
  3
  2
  1

Informations

Titre Étreinte 6
Auteur
Editeur Editions Addictives
Langue FR
Date de publication 01/12/2014

Droits numériques

Ean EPUB 9791025716755
Type de protection Adobe DRM
Haut