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Étreinte 7

éditeur : Editions Addictives
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Résumé

Extrait

1. Love is all we need ?

Il fait presque beau sur Manhattan, en ce lundi de février. L’orage est passé, le soleil de midi pointe timidement le bout de ses rayons. Dans quelques jours, ce sera la Saint Valentin. Tous les amoureux du monde s’échangeront des cadeaux et des câlins. Moi je vais probablement descendre une boîte de chocolats devant une série télé débile. Seule. Je ne sais pas comment je me débrouille, mais je suis toujours célibataire précisément à cette période. J’avais cru que cette année serait différente : après tout, à six jours de la date fatidique, j’étais la petite amie de l’homme le plus merveilleux de la Galaxie. Ça s’annonçait donc plutôt bien, d’autant qu’il m’avait promis une surprise.

Mais ça, c’était il y a une éternité, dans une autre vie. C’était il y a au moins une bonne heure, avant de le surprendre dans un tendre face à face avec une femme belle comme la nuit, un enfant lui ressemblant comme deux gouttes d’eau dans les bras. Depuis, je suis dévastée.

Pourtant, je ne pleure pas, mes yeux sont secs, mais c’est encore pire que si je m’étais effondrée en sanglots et répandue en larmes. J’ai mal, atrocement mal, sauf que je n’arrive pas à exprimer ma douleur, je ne parviens pas à l’extérioriser. Alors elle reste là, bien au chaud dans mon ventre, dans ma gorge, dans mes veines.

Mes pas m’ont menée à Central Park, je déambule dans les allées, j’écoute rugir les lions, dans le zoo tout proche. Je marche jusqu’à mon banc, celui des débuts, sur lequel je m’asseyais le soir quand je courais après un inconnu du nom de Roman Parker, pour lui soutirer l’interview qui devait changer ma vie. Le banc est trempé de pluie mais je n’y prends pas vraiment garde, je me laisse tomber dessus, indifférente à tout. C’est ici que j’ai vu Roman pour la première fois. Il n’était alors qu’un joggeur anonyme, au visage dissimulé par une capuche. Mais je me souviens qu’il m’avait plu, instantanément ; sa silhouette athlétique, sa foulée ample et régulière, sa façon de courir, tout en puissance et souplesse. Au fil des jours, il était devenu un point d’ancrage dans mon quotidien chaotique. J’aimais le retrouver, mon inconnu sans visage, rapide et aérien, chaque soir dans ce parc. Sa présence silencieuse était rassurante. Il y avait quelque chose en lui, d’indéfinissable, qui m’attirait.

Je sens une larme m’échapper et je me dis qu’enfin je vais pleurer, me lâcher ; enfin je vais me débarrasser de cette peine qui me coupe le souffle.

Mais non.

C’est même pire encore au fil des minutes qui passent. Parce que je prends toute la mesure du désastre, de la supercherie : si Roman a pu me cacher qu’il avait un fils, que me cache-t-il d’autre ? Jusqu’où va la tromperie ? S’il m’a menti là-dessus, sur quoi d’autre encore ? S’il est capable de jouer tant de rôles différents, lequel est le vrai Roman ? Je mets des « si » partout parce que, contre toute attente, j’espère que l’évidence n’est pas la vérité, que Roman a une bonne explication à tout ça, ou de solides excuses. Mais j’ai bien du mal à essayer de m’en convaincre…

La sonnerie de mon téléphone m’arrache à mes pensées. Une fraction de seconde, j’ai l’espoir fou qu’il s’agit de Roman et qu’il va me dire :

– Amy, mon amour, tu vas rire, il m’arrive un truc de dingue : figure-toi que ma mère avait une demi-sœur cachée qui vient de me retrouver après avoir passé douze ans au Guatemala. J’ai fait la connaissance de mon neveu, il est adorable, aussi beau que moi, rejoins-moi à la Red Tower, je voudrais te les présenter !

Évidemment, ce n’est pas Roman. J’ai beaucoup trop d’imagination pour mon propre bien, comme dirait ma mère. J’hésite à décrocher, mais il s’agit de Nils. Je repense soudain à Fleming, qui s’est éclipsé sans paraître convaincu par mon petit numéro de fille débordée qui ne veut plus entendre parler de Teresa Tessler. Après avoir appris par Martin de quoi ce pourri est capable, je ne suis pas rassurée de le savoir dans les parages.

– Salut Nils, dis-je en tentant de maîtriser ma voix, pour éviter qu’elle tremble.

– Amy, Fleming est toujours à Undertake ? me demande-t-il sans préambule.

– Non, il a disparu comme il est venu après que je lui ai dit que l’affaire Tessler ne m’intéressait plus.

– Merde ! peste Nils. Il t’a crue ?

– Heu… pas sûr. Je ne mens pas très bien…

– Merde ! répète-t-il avec plus de véhémence. Cette ordure est intraçable. Fausse adresse, numéro de téléphone plus attribué, plaques d’immatriculation bidon, aucun lien avec quiconque, pas d’amis, pas de famille. Je comptais planquer devant Undertake mais maintenant qu’il sait que tu lui as raconté des bobards, il doit se méfier, il va s’évaporer dans la nature. Je parie qu’on ne le reverra plus au journal, ni ailleurs. Dix ans à vivre dans l’ombre avec le contrat de Roman sur la tête lui auront sûrement appris comment disparaître et devenir invisible.

– Désolée, réponds-je dépitée.

– Pas ta faute, soupire-t-il. Tu ne vas pas t’excuser d’être honnête, quand même ?

Je pense à ce que je viens de découvrir à propos de Roman et je décide que Nils a mille fois raison. Ok, je ne sais pas mentir, mais c’est plutôt une qualité, non ?

– Je suppose qu’Undertake payait Fleming en liquide pour ses articles ? reprend Nils.

– Oui, ça faisait râler Kathy pour la compta, d’ailleurs, parce que ça lui compliquait la tâche. Mais il y tenait.

– Évidemment. Il n’a laissé aucune trace. Le contraire aurait été trop beau… Et Vance, dit-il soudain, en sautant du coq à l’âne, d’une manière qui me rappelle douloureusement Roman. Que sais-tu de lui ?

– Pas grand chose… balbutié-je, prise de court.

– Mais encore ?

– Voyons… Eh bien… C’était l’amant de Teresa depuis trois ans. Il avait 42 ans, veuf, un enfant. Il vivait en Californie. C’était un homme politique, réputé intègre et intransigeant. Un bourreau du travail. Rien que l’année précédant sa mort, il a fait tomber une demi-douzaine de types qui s’en mettaient plein les poches avec des arnaques aux contribuables. Les journaux le surnommaient parfois le Chevalier Blanc.

– Oui, un incorruptible, d’après ce que j’ai lu dans les rapports. Et cette année-là, ce mec, cet hyperactif n’a mené aucune action, n’a dévoilé aucun scandale, n’a marché sur les pieds de personne, ni remué le moindre centimètre cube de vase ?

– Je ne crois pas. Attends, je vérifie… Non, réponds-je au bout d’un moment, après avoir fait défiler sur mon iPhone toutes les infos que j’avais collectées sur Vance.

– Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il a foutu pendant un an ? Il est allé parfaire son bronzage à Laguna Beach ? Il s’est lancé dans le tricot, le swahili, la danse classique, le scrapbooking ?

– Aucune idée. Il s’est murmuré qu’il se désintéressait de la politique, que ce serait son dernier mandat. Tous les magouilleurs ont poussé un grand soupir de soulagement.

– Ça ne colle pas. Un type comme ça ne baisse pas les bras sans raison du jour au lendemain. Soit on le menaçait, mais ça m’étonnerait que ça l’ait fait changer d’avis, il devait en avoir l’habitude… Soit il était sur une affaire tellement énorme qu’elle mobilisait toute son énergie et tout son temps. Peut-être une affaire qui aurait pu lui mettre à dos des hommes puissants et sans scrupules ? Qui aurait pu lui coûter la vie ?

La théorie de Nils rejoint une remarque que j’avais faite à Fleming, un jour où nous en discutions. Je m’étonnais que Randall Farrell, le seul journaliste à avoir remis en cause la thèse de l’accident et à avoir suggéré un assassinat maquillé, prenne pour acquis le fait que c’était Teresa la cible et non Elton Vance. À l’époque, Fleming avait parfaitement réussi à me convaincre que mon idée d’un complot contre Vance était absurde, mais aujourd’hui, je n’en suis plus si sûre…

– C’était Tessler la star, m’avait répondu Andrew ; elle que les paparazzis pourchassaient nuit et jour, elle dont on suivait les moindres faits et gestes. Et c’était sa voiture. Vance était beaucoup moins médiatisé, il aurait été plus simple de le descendre discrètement chez lui en Californie. De plus, Teresa Tessler était une passionaria de la cause animale et sa mort est survenue pile pendant une campagne particulièrement mouvementée contre les laboratoires de cosmétiques qui pratiquent l’expérimentation et les tests sur les animaux. Ces labos avaient gros à perdre. Des millions de dollars…

Nils m’écoute attentivement lui raconter cette anecdote et lui résumer tout ce dont je me souviens de mes discussions avec Fleming.

– Il a procédé avec toi exactement comme Martin, me dit-il quand je termine. En ramenant au premier plan le militantisme de Teresa et en minimisant les actions de Vance. Ça confirme qu’il faut creuser dans cette voie. Tu as les coordonnées de ce Randall Farrell ?

– Non, il est décédé d’un cancer de je ne sais plus quoi.

– Évidemment… Les gens qui m’intéressent ont une fâcheuse tendance à disparaître ou à mourir, dans cette histoire, grogne Nils avant de prendre congé.

Discuter avec lui, réfléchir, m’a fait oublier pour un temps ma douleur. Pour un temps seulement. Quand je raccroche, elle plante à nouveau ses griffes dans mon cœur et dans ma tête. Et elle a un nom : Roman…

Je tourne et retourne mon iPhone entre mes mains, hésitant sur la conduite à tenir. Je tergiverse un bon quart d’heure avant d’appeler Edith pour accepter le reportage sur la chirurgie esthétique au Brésil. Quelques jours loin de Roman me permettront de faire le point, de me calmer, et peut-être d’y voir plus clair. Edith est ravie, ce papier lui tient à cœur, elle y travaille depuis plusieurs semaines en confrontant des sources de différents pays, et il ne lui manque que des infos du Brésil pour le boucler. Pour l’heure, elle est à Buffalo avec son père, dont l’état est stationnaire. Je lui glisse le nom de Simon pour m’accompagner et elle accepte sans hésiter, m’assurant qu’elle va s’arranger avec le photographe qu’elle avait initialement prévu. Elle a une réelle estime pour le travail de Simon et je crois qu’elle veut me faire plaisir.

– Je décommande mon photographe et je gère les formalités administratives de votre voyage. Je me charge de tout, ça m’occupera l’esprit. Vous, soyez prêts demain à la première heure, me dit-elle sur son habituel ton d’autorité. Je vous écris un mail dans la soirée avec les consignes, les documents indispensables, les contacts, vos réservations et cetera.

Avoir pris cette décision me soulage. C’est une opportunité en or pour mon boulot et l’occasion de me focaliser sur autre chose que ma peine. Je quitte mon banc pour rejoindre le métro, et tout en marchant, j’envoie un texto à Simon :

[Demain 6 h sur notre palier. Prépare ta valise et ton masque de carnaval : direction Rio. Bises.]

Il me répond immédiatement :

[Génial ! Merci, tu es la meilleure ;) J’ai ma crème solaire et un assortiment de strings à paillettes, ça devrait suffire. Biz.]

Son message m’arrache un pauvre sourire. Pas terrible, mais toujours mieux que pas de sourire du tout. Oui, ce voyage est une bonne idée…

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Informations

Titre Étreinte 7
Auteur
Editeur Editions Addictives
Langue FR
Date de publication 01/01/2015

Droits numériques

Ean EPUB 9791025718643
Type de protection Adobe DRM
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