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Étreinte 8

éditeur : Editions Addictives
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Résumé

Extrait

1. Tournez manèges !

D’où je suis, la vue est splendide, impossible de le nier. Les rayons du soleil rebondissent sur les structures métalliques. Les routes sinuent sous moi en des entrelacs paresseux, comme des guirlandes de bitume pour décorer la campagne parée d’une fine pellicule de neige. Non, vraiment, il faudrait être difficile pour ne pas apprécier le panorama. D’un mouvement de tête, j’essaie d’écarter mon écharpe qui me retombe sans cesse sur le front et me cache le paysage. Je n’ose pas me servir de mes mains, de peur de lâcher les accoudoirs et de tomber comme une pierre. Roman m’attend en bas, mais je ne suis pas certaine qu’il parvienne à me récupérer au terme d’une chute de cent vingt mètres.

— Wahou ! C’est carrément super génial, hein, Amy ? ! s’exclame Cameron à ma gauche, avec tout l’enthousiasme de ses 9 ans, ses cheveux littéralement dressés sur le crâne.

— Fantastique, marmonné-je pétrifiée de trouille, en soufflant sur mon écharpe qui s’obstine à me boucher la vue.

— C’est comme si on avait le soleil à nos pieds ! Et le sol au-dessus de nos têtes ! C’est le monde à l’envers !

— Fabuleux, murmuré-je avec un sourire crispé, en sentant mes entrailles me remonter dans la gorge.

— Regarde ! Maman et Roman nous font coucou ! COUCOU ! crie-t-il en retour, en faisant de grands moulinets avec les bras, au mépris de toute prudence.

— Cameron, gémis-je, ne t’agite pas tant, s’il te plaît, tu vas nous faire décrocher…

— Mais non, ça ne craint rien ! répond-il en riant. J’ai fait un exposé en classe sur les plus hauts manèges du monde, et les commissions de sécurité ne…

— AH ! ne puis-je m’empêcher de hurler, terrifiée, alors que le manège donne un à-coup brutal.

— Je crois qu’on va repartir, diagnostique Cameron avec un calme tout scientifique, en pivotant vers le forain au pied de notre manège, guère plus gros qu’une fourmi.

— Pas trop tôt, ronchonné-je en serrant les accoudoirs à m’en faire craquer les phalanges.

— C’est moi qui ai demandé à faire une pause tout en haut, m’avoue-t-il, l’air déconfit. Je voulais prendre des photos. Mais j’ai oublié mon appareil en bas. C’est bête, hein ?

— Ne t’en fais pas, le réconforté-je en essayant de ne pas céder à l’envie de lui tordre le cou. J’adore jouer les chauve-souris, accrochée la tête en bas, à cent vingt mètres d’altitude.

— Tu peux me tenir la main, si tu as peur, me propose Cameron, grand seigneur.

— C’est gentil, dis-je amusée par son air sérieux, en serrant sa menotte entre mes doigts glacés. Je te remercie ! hululé-je à nouveau alors que le manège s’élance soudain à l’assaut des nuages après une dégringolade vertigineuse.

Trois minutes plus tard, les trois minutes les plus longues de ma vie, je suis assise sur un muret en pierre, au pied du grand triple huit, les jambes flageolantes, le souffle court. J’ai bien cru que mon cœur allait se décrocher en route. Roman, plus beau que jamais en jean et bomber noirs, essaie de tempérer la fougue de son petit frère qui sautille partout en mimant nos péripéties, imitant mes glapissements et mes grimaces de panique. C’est plutôt réussi et comique, mais je ne peux pas m’empêcher, avec une parfaite mauvaise foi, de protester que je ne couinais pas si fort. On a sa dignité, quand même…

— On fait le train fantôme, Amy ? me demande Cameron, bouillonnant d’énergie, en me tirant par la manche. Dis ? Tu viens ? Ou alors les montagnes russes géantes ?

— Euh… hésité-je, encore complètement retournée par mon expérience dans les airs, l’estomac à deux doigts de se rebeller.

Heureusement, Roman vient à la rescousse et lui explique, avec un grand sourire :

— Quand les gens ont le visage tout vert, comme Amy, ça veut dire qu’ils doivent garder les pieds sur terre et se reposer. Dès qu’elle aura retrouvé sa belle couleur nacrée, tu pourras lui demander de jouer avec toi.

— Elle n’est pas complètement verte, constate Cameron, avec une moue dubitative, comme s’il me soupçonnait de simuler.

— Suffisamment pour mériter un peu de repos, crois-moi, répond Roman en riant (et ce rire, grave et chaleureux, me distille des frissons dans tous le corps). Mais si tu veux, je t’accompagne.

— Oh, ouais ! Super ! Tu ne m’en veux pas, Amy, si je te laisse ? s’inquiète-t-il néanmoins.

— Pas de souci, amusez-vous bien, dis-je, heureuse et touchée de son attention, mais soulagée d’échapper à d’autres galipettes aériennes.

— Ça va aller ? me demande Roman en me caressant furtivement la nuque avec un clin d’œil.

— Bien sûr, affirmé-je crânement. Mais ne vous pressez pas…

Sydney et moi les regardons s’éloigner et se mêler aux quelques groupes d’enfants éparpillés dans les allées gravillonnées du parc d’attraction. Roman porte Cameron avec aisance, et pique même un petit galop qui le secoue comme une poupée désarticulée, lui arrachant des cris de joie et des encouragements. Tous deux semblent s’amuser autant l’un que l’autre et je revois Roman à Noël, avec mes neveux. Il adore les enfants, c’est évident, et cette évidence m’attendrit et m’émeut.

Encore un bon point pour toi, Roman Parker…

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Informations

Titre Étreinte 8
Auteur
Editeur Editions Addictives
Langue FR
Date de publication 01/02/2015

Droits numériques

Ean EPUB 9791025720653
Type de protection Adobe DRM
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