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Étreinte 9

éditeur : Editions Addictives
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Résumé

Extrait

1. Révélations

Nils et moi atterrissons à Miami dans l’après-midi, après un vol tranquille, mais instructif, à bord du second jet de Roman. Avant le décollage, Nils a fait un crochet par sa chambre au Sleepy Princess pour récupérer un grand carton débordant de dossiers, de photos, de rapports, de témoignages, de notes, de documents en tout genre : toutes les informations qu’il a collectées au cours des dernières semaines dans le cadre de l’enquête sur la mort de Teresa. Je suis impressionnée, et même sidérée : ça représente une somme de données phénoménale. Je réalise seulement maintenant l’incroyable masse de travail qui se cache derrière chacune de ses avancées, mais aussi toutes les hypothèses qu’il a dû envisager, puis vérifier ou démonter, preuves à l’appui, avant de me transmettre ses conclusions. Toutes les fausses pistes, les impasses, les zones d’ombre. Il y a un rapport détaillé sur toutes les personnes qui ont eu un lien, direct ou indirect, avec Elton Vance et Teresa Parker. Une tâche hallucinante, rendue d’autant plus compliquée que l’affaire date de vingt-cinq ans et que les recherches doivent être menées de front aux États-Unis comme en France.

— Tu as fait tout ça tout seul ? lui demandé-je, incrédule, perdue dans toute cette paperasse.

— Quasiment, répond-il en haussant les épaules. Roman me paie pour un job, pas pour des vacances. Mais j’ai des contacts à Paris, je leur ai confié une partie du boulot. Ici, je ne connais pas encore assez de monde digne de confiance, je n’ai pas pu déléguer. Et puis, en général, je préfère me rendre moi-même sur place, pour me faire une idée.

Quand nous descendons du jet, en ce dernier dimanche de février, il pleut autant qu’à New York, mais il fait dix-sept degrés de plus, ce qui pourrait rendre la chose moins pénible si seulement nous avions emporté des vêtements plus légers. À défaut, avec mon pantalon de velours, ma chemise à manches longues et mes bottines, je me sens comme une aubergine cuisinée à l’étouffée. Il fait terriblement lourd et humide, mes cheveux bouclent dans tous les sens, et la sueur me coule dans le dos. Cela m’agace d’autant plus que Nils, en jean et tee-shirt, son blouson sur l’épaule, semble frais comme une rose. Pourtant, malgré la chaleur étouffante et mon teint qui vire à l’écrevisse aux premiers rayons de soleil, définitivement, je préfère le sud au nord, la Californie à New York. Et mon bref séjour en Louisiane, chez Roman, m’a franchement fait rêver. Ici, tout le monde est plus décontracté, moins pressé, on n’est pas bousculé à chaque coin de rue. Le cœur de la ville ne bat pas moins fort, mais plus lentement. Par contre, il faut livrer une guerre sans merci aux moustiques, que ma peau laiteuse de rousse attire comme un irrésistible appât.

Dans le taxi qui nous conduits jusqu'à Little Haïti, le quartier où habite Robert Martin, je retourne entre mes mains ce que Nils a déniché chez Jack Parker. Cela se résume à peu de chose, mais ça lui a ouvert la piste pour la suite de ses recherches : une photo de Fleming avec un inconnu aux faux airs de Steven Seagal. Il l’a trouvée dans un vieil album, glissée derrière un paysage enneigé, pendant sa seconde visite chez Jack. Il a passé toute la maison au peigne fin et méticuleusement décortiqué le contenu du fameux carton découvert sous l’établi, qui l’avait intrigué lors de la soirée VIP. Je sens que cette photo lui paraît importante, mais malgré son enthousiasme, ça ne me semble pas valoir tout ce remue-ménage. Au final, pas d’explications, pas de preuves irréfutables, pas de lien direct avec Teresa, pas de dénouement miraculeux.

— La photo nous montre un homme jeune, baraqué, tenue de sport, qui rencontre Fleming, et lui remet une enveloppe, résume-t-il. Elle est prise en France, le 11 mars 1990. C’est-à-dire pendant une semaine où Teresa et Vance sont officiellement tous les deux à Paris, elle pour le tournage d’une publicité, lui pour agrément. Officieusement, il s’agissait certainement d’une escapade en amoureux. Qu’est-ce que tu en déduis ?

Je n’ai jamais été bonne au Cluedo, je n’ai jamais été fichue de deviner que le meurtrier était le Professeur Violet, avec un revolver, sur la terrasse. Cependant, Nils, en appuyant sur certains détails, guide ma réflexion. Je me creuse les méninges et je choisis mes mots avec soin, en essayant de ne rien oublier :

— Teresa et son amant étaient surveillés par Fleming, lui-même suivi par je-ne-sais-pas-qui. Le baraqué connaît Fleming. Il lui donne des informations et/ou de l’argent. Teresa a caché cette photo donc elle est compromettante : on peut parier que l’enveloppe contenait des choses plus importantes que les horaires de bus pour le Texas ou un carnet de tickets-restaurant. Vu la date et le lieu, ça a probablement un rapport avec le décès de Teresa. Le type peut être celui qui a commandité sa mort.

Nils corrige et complète :

— Non, ce n’est pas le commanditaire, c’est un costaud, sportif, gueule carrée, fringues bon marché, et on distingue la bosse d’un flingue sous sa veste : sûrement un homme de main. Le type ne rigole pas ; comme tu dis, il ne se contente pas d’échanger avec Fleming des recettes de tarte aux pommes. Il se montre à visage découvert en plein jour, dans un lieu de passage, ce qui signifie qu’il n’est (ou n’était à l’époque) pas recherché. Pourtant, cette photo dérange, sinon elle n'aurait pas été dissimulée, et on sait que Fleming a provoqué la course-poursuite qui a coûté la vie à Teresa ; c’est donc que le baraqué doit être, d’une manière ou d’une autre, relié à la mort de Teresa... ou à celle de son amant, Elton Vance. Conclusion : c’est sûrement l’homme de main du commanditaire du meurtre de Vance et Teresa.

Nils ménage une pause, peut-être pour me donner la possibilité de le contredire ou le questionner. Je me contente d’approuver, impatiente d’avoir la suite. Il poursuit :

D’après l’angle de vue, on peut parier que la photo est prise de très loin, au téléobjectif, avec du matériel professionnel : l’homme qui l’a faite connaissait son boulot, et il a pris des risques. C’était donc probablement un journaliste. Combien de journalistes connais-tu qui ont remis en cause la thèse de l’accident ?

— Un seul, réponds-je de plus en plus exaltée à mesure que Nils déroule le fil de ses conclusions, et que je vois se décanter le mystère : Randall Farrell, l'auteur de l'article à l'origine de cette enquête, celui qui m'a mise sur la piste d'un assassinat maquillé en accident.

— Bingo. Et qu’est-il devenu ?

— Mort. D’un cancer, je crois.

— Un cancer qui tombe vraiment à point nommé, qui l’a terrassé à la frontière du Mexique de manière tellement foudroyante qu’il a été enterré le lendemain sur la foi d’un permis d’inhumer plus que douteux, signé de la main tremblante d’un médecin mexicain qui s’est ensuite évaporé dans la nature.

— Comment tu sais ça ? m’exclamé-je.

— Je ne me suis pas tourné les pouces, cette semaine, j’ai continué à fouiner, à creuser, à interroger des types, à faire bosser mes contacts... Bref. Cette photo ne s’est pas retrouvée par hasard dans la maison de Jack, et Farrell ne s’est sûrement pas amusé à photographier Fleming parce qu’il le trouvait joli garçon. Donc... ?

— Donc avant l’accident, quelqu’un a demandé à Farrell de suivre Fleming. Ou le baraqué.

— Tout à fait. Peut-être parce que ce quelqu’un, Teresa ou Vance, se sentait menacé et cherchait des preuves. Autre chose, toujours à propos de Fleming, que j’ai appris en tirant quelques ficelles chez les flics : à 24 ans, il a failli faire un séjour en prison, pour coups et blessures sur sa petite amie. Il est finalement resté libre car quelqu’un, un certain Charles Smet, s’est acquitté de sa caution et lui a payé un bon avocat qui est allé voir la fille et l’a convaincue de retirer sa plainte.

— Smet... Ça ne me dit rien...

— Ça ne dit rien à personne, mais c’est pourtant par là qu’il va falloir creuser. Parce que ce Smet n’était ni un de ses amis ni un bondsman.

— Un bondsman ?

— Un garant de caution judiciaire, un genre d’agent d’assurances, un type dont c’est le métier d’avancer le montant des cautions des mecs qui n’en ont pas les moyens. J’ai vérifié : Smet n’en est pas un. Mais ce qui est étrange, c’est que ce n’est pas non plus un homme riche, juste un gars tranquille, sans histoire, un cadre moyen, fiché nulle part... mais qui a disparu de la circulation. Je n’ai pas encore réussi à le loger. Selon moi, il s’agit d’un prête-nom, un homme de paille du commanditaire. Conclusion ?

Comme je reste silencieuse, le cerveau en ébullition, essayant de trier et d’assimiler tous les tenants et les aboutissants, il enchaîne :

— Donc, Fleming bossait pour un homme qui avait besoin de lui (c’est-à-dire d'un journaliste peu scrupuleux et prêt à tout) et qui était libre en 1990. Cet homme voulait lui confier un boulot délicat : déclencher l’accident de Teresa et Vance. Il était riche et souhaitait la disparition radicale de Teresa et/ou de Vance. Il s’entourait de types louches, mais il était intelligent et prudent. La preuve : ses seuls rapports avec Fleming se faisaient par le biais d’intermédiaires, qu’il s’agisse de lui transmettre des infos par le baraqué ou de le sortir du pétrin, en utilisant un homme de paille. On a donc deux pistes sérieuses et exploitables sans trop de complication : Charles Smet et le baraqué. Si on met la main sur l’un ou l’autre, on tient le commanditaire...

— Et l’avocat ? Il n’y a pas moyen de remonter jusqu’au commanditaire grâce à lui ?

— Bien tenté, me répond Nils en souriant. Mais c’était un vieux bonhomme et il a cassé sa pipe, le plus paisiblement du monde, il y a déjà pas mal d’années.

Je réfléchis, je mets bout à bout cette avalanche d’informations et de conclusions. Présenté ainsi, ça paraît tellement évident. Pourtant, ça me fait tourner la tête, pire qu’un énième tour de manège avec Cameron. Nils raisonne vite, avec une logique implacable portée par des années d’expérience. Il tente de se mettre à mon niveau en simplifiant, mais je m’embrouille parfois, alors je proteste, je conteste, mais il finit immanquablement par balayer mes objections et démolir mes contre-propositions en quelques mots.

Quand moi j’aurais accusé le Colonel Moutarde dans le salon avec la clef anglaise, Nils me prouve que ça ne peut être que Madame Leblanc avec la hache dans la cuisine. Finalement, je lui pose la question qui me taraude depuis des jours :

— Tu crois que cet homme, le commanditaire, pourrait être Jack Parker ?

— J’y ai pensé. C’est même pour cette raison que j’ai fouillé sa baraque. Il avait le mobile : être cocu ne doit pas être une partie de plaisir, surtout pour un homme comme lui, fier, orgueilleux et imbu de sa personne. Il avait l’argent : il était déjà millionnaire à cette époque. Mais d’une part, aussi antipathique soit-il, il n’a pas le profil d’un assassin ; d’autre part, la manière dont le coup a été préparé, la patience, la minutie et les moyens mis en œuvre, les contacts utilisés, me font penser à quelque chose de beaucoup plus froid, prémédité et énorme qu’un crime passionnel. Ça ne ressemble pas non plus à une vengeance : il n'y a pas de volonté de faire souffrir, seulement d'éliminer. C'est organisé, minutieux, réfléchi, radical mais il n'y a pas de sadisme ou de dimension symbolique. Du coup, je pencherais plutôt pour un crime d’intérêt. Teresa ou Vance devaient représenter une menace pour le commanditaire, et si on parvenait à apprendre lequel des deux était visé par l’accident, ça me simplifierait la vie pour la suite des recherches... J’espère que Martin aura un avis sur la question. Donc, non, je ne pense pas que ce soit Jack.

Je rumine ces arguments, pas tout à fait convaincue. Pourtant, j’aimerais tellement le croire ! C’est déjà assez sordide comme ça sans qu’on rajoute dans l’équation le père de Roman en meurtrier.

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Titre Étreinte 9
Auteur
Editeur Editions Addictives
Langue FR
Date de publication 01/02/2015

Droits numériques

Ean EPUB 9791025721254
Type de protection Adobe DRM
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