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Étreinte 10

éditeur : Editions Addictives
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délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

1. Double Face

J’ai toujours voulu voir Vegas. Comme beaucoup de gens, je suppose. Après tout, c’est l’une des

premières villes touristiques au monde. Je me voyais déambuler sous les néons en arpentant le

Strip, boire du champagne devant les fameuses fontaines du Bellagio, essayer les machines à sous,

faire mes jeux à la roulette, lancer mes dés sur les tapis de craps, gagner ou perdre, peu importe

mais jouer. M’amuser, m’étourdir, lâcher prise. Régresser pour un moment au stade adolescent et

me laisser aller. J’ai toujours pensé que ce devait être un des endroits les plus dingues et

décadents de la planète, grandiose, d’une démesure insolente, d’un luxe à donner le vertige.

Il ne me viendrait pas à l’idée d’y vivre, surtout pas, mais pourquoi pas y passer un long week-end,

à se prélasser dans une somptueuse suite du Wynn le jour et à écumer les casinos la nuit ? Ce doit

être une expérience inoubliable, le truc à faire une fois dans sa vie, comme sauter à l’élastique,

nager avec les dauphins, assister au décollage d’une fusée, se payer une virée shopping avec

Jennifer Lawrence ou camper sous une aurore boréale (ça, c’est fait, merci Roman).

Aujourd’hui, Vegas est un vœu devenu réalité et, finalement, je m’en serais bien passée.

En cette fin de nuit, après un vol depuis New York particulièrement silencieux et oppressant, la

ville se déploie sous mes yeux dans toute la splendeur de ses scintillements. Jamais je n’aurais

imaginé la découvrir à travers les vitres teintées d’un Hummer, les mains ligotées, le crâne

bourdonnant et la joue cuisante d’une gifle magistrale qui a bien failli me dévisser la tête.

Baldwin a perdu sa belle humeur factice quand j’ai essayé de lui fausser compagnie en descendant

de son jet. Dans une tentative désespérée et tout à fait vaine de m’échapper, j’ai retroussé ma

robe de soirée et couru une dizaine de mètres sur le tarmac avant que No-Name, un de ses hommes

de main, ne me rattrape, me balance sur son épaule comme un sac de patates et me dépose aux pieds

de son patron sans aucune délicatesse.

– Vous n’êtes pour moi qu’une garantie, Amy, m’a déclaré Baldwin après m’avoir violemment giflée,

agacé. Une assurance-vie provisoire, juste au cas où votre ami Eriksen découvre le pot aux roses

avant que j’aie pu mettre mes affaires en ordre et quitter le pays. Tant que je vous détiens, je

pourrai faire pression sur Parker et lui, les contraindre à rester sages le temps que je disparaisse

du paysage. Mais rien ne m’oblige à vous conserver en bon état ; vous remplirez aussi bien votre

fonction avec les deux jambes brisées. Alors, n’abusez pas de ma patience.

J’ai hoché la tête frénétiquement, muette d’angoisse et de douleur, persuadée qu’il n’hésiterait

pas une seconde à mettre sa menace à exécution. Il a ordonné de me lier les poignets et de me

garder à l’œil. No-Name a obéi sans un mot. C’est un jeune type trapu, tout en nerfs et en muscles,

le crâne rasé et une vilaine cicatrice boursouflée autour du cou, comme si on l’avait décapité pour

ensuite se raviser et lui recoudre la tête sur les épaules à la va-vite. Il parle peu et d’une voix

basse, presque un chuchotement. Il me terrifie. Tout, dans cette histoire, me terrifie, même si je

voudrais faire preuve de sang-froid et ne pas le montrer. Je serre les mains sur les genoux, pour

les empêcher de trembler, et je garde le visage tourné vers la vitre, comme si je contemplais la

ville et ses lumières alors que je tente simplement de cacher mes larmes.

Je me repasse en accéléré le film de ces dernières heures : la soirée VIP de Baldwin à New York,

ma rencontre calamiteuse avec Amber, une ex de Roman, le départ de Roman pour Buffalo, Baldwin

qui me kidnappe, son chauffeur qui ressemble à Steven Seagal, notre embarquement dans son jet

direction Las Vegas, le choc d’y retrouver Amber, passée sans scrupules du lit de Roman à celui

de Baldwin (la garce !).

Tellement d’événements en si peu de temps et aucune explication, juste la terreur froide de

l’incertitude. J’ai été ballottée d’une soirée mondaine à un enlèvement brutal, et il n’y aura

personne pour s’inquiéter de ma disparition avant demain. J’aurai eu dix fois le temps de mourir

d’ici là.

Roman, je t’en prie, viens me chercher…

Mais Roman est à Buffalo et il ne rentrera pas à New York avant demain soir, Baldwin s’en est

assuré. C’est lui qui a supervisé la construction des nouveaux bâtiments de la clinique de Roman,

et s’il n’a pas été très bavard pendant le vol entre New York et Las Vegas, il m’a au moins appris

ça : les soucis que Roman est parti régler à la clinique, où il a rejoint Malik, ne sont pas le

fruit du hasard. Baldwin a éloigné Roman de moi pour pouvoir me kidnapper en toute tranquillité.

Et moi, comme une andouille, je lui ai facilité la tâche ; je me suis engouffrée dans sa voiture

en riant pour échapper à la pluie torrentielle, sans aucune arrière-pensée. Il n’a même pas eu à

m’y pousser.

J’ai toujours apprécié Baldwin, dès l’instant où je l’ai interviewé pour mon premier article, à

cette fameuse vente aux enchères. Il était souriant, agréable et sans chichis. L’homme qui est

assis à mes côtés dans ce Hummer n’est pas celui que je connais. On dirait qu’il a abandonné son

costume d’être humain. Il m’observe avec un intérêt glacial et un certain mépris. Je le revois

dans son déguisement de Harvey Double Face lors de la soirée d’Halloween : un visage coupé en deux,

comme sa personnalité, un côté mondain, un côté monstrueux ; c’était particulièrement bien choisi.

Halloween ! C’est là que j’ai aperçu son chauffeur pour la première fois ! Le sosie de Steven Seagal.

Il fumait une cigarette, appuyé contre une grosse berline, quand Roman et moi avons quitté la fête

avant tout le monde.

Un peu tard pour m’en souvenir, ça ne me sert plus à rien. Si seulement ça m’était revenu plus tôt,

Nils aurait sûrement réussi à faire le lien. Il aurait découvert que Baldwin était le commanditaire

du double meurtre de Vance et de la mère de Roman, et je ne serais pas là aujourd’hui, avec une

trace de main imprimée dans la joue, la peur au ventre et le cœur qui fait des bonds erratiques

dans ma poitrine oppressée.

Le Hummer roule tranquillement dans les rues illuminées de Vegas en descendant vers le sud. Quand

il sort de la ville pour déboucher sur l’immensité inquiétante du désert, je parviens à garder mon

calme et même à retrouver un peu le contrôle de mes nerfs et de mes glandes lacrymales. Il me suffit

d’ignorer ces petites voix me chuchotant que, quand des méchants emmènent quelqu’un faire une

promenade dans un lieu inhabité et hostile, c’est rarement pour discuter chiffons. Je n’ai aucune

envie de finir enterrée dans le désert, mais je suppose que Baldwin ne se serait pas donné la peine

de me faire voyager si loin s’il avait l’intention de se débarrasser de moi tout de suite. J’ai du

répit devant moi. Pour combien de temps encore ? Je l’ignore.

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Informations

Titre Étreinte 10
Auteur
Editeur Editions Addictives
Langue FR
Date de publication 01/03/2015

Droits numériques

Ean EPUB 9791025721896
Type de protection Adobe DRM
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