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Étreinte 12

éditeur : Editions Addictives
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

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Résumé

Extrait

1. Peur bleue

Jusqu’à cet instant, jusqu’à ce mercredi quinze avril aux alentours de dix-huit heures, lors de la tournée promotionnelle de mon premier livre, je ne m’étais jamais demandé si je préférerais mourir d’un coup de couteau ou d’une balle dans la tête. Mais évidemment, c’était avant de voir John Baldwin se ruer sur moi alors que je sors des toilettes après une séance de dédicaces particulièrement éprouvante, quoique gratifiante. Un John Baldwin rendu méconnaissable par la chirurgie esthétique, et qui devrait s’être retranché à huit ou dix mille kilomètres de là, quelque part en Amérique du Sud. Mais qui, pourtant, est venu me retrouver ici, dans cette bonne ville de New York, pour assouvir sa soif de vengeance. J’ai le temps de penser à Roman et Nils, restés au stand, à moins de vingt mètres de l’endroit où je vais mourir, seule, sous le regard bienveillant de Snoopy qui n’a pas l’air de se rendre compte du sordide de la situation, et reste placidement couché de tout son long dans le couloir. Après l’avoir enjambé, Baldwin se plante face à moi, un demi-sourire accroché sur son visage, sa main droite toujours dans son dos, comme s’il s’apprêtait à me proposer une partie de pierre-feuille-ciseaux.

Alors ? Couteau ou pistolet ?

Mais c’est finalement un livre qu’il me tend, d’une façon si brusque que je sursaute, persuadée que ma dernière heure est venue. Mon livre.

– Mademoiselle Lenoir, balbutie-t-il, décontenancé par mon violent mouvement de recul. Mademoiselle Lenoir… je… je suis désolé. Je m’appelle Terry Merchant. Je ne voulais pas vous effrayer. Je… Voyez, j’ai adoré votre livre, mademoiselle Lenoir. Il est fantastique ! Et cette nouvelle, « Le prix d’une heure au Paradis », elle est si belle, si poignante. Je l’ai relue plusieurs fois ; elle m’a tiré des larmes. Je voulais vous remercier pour le bonheur que vous m’avez apporté. Tandis qu’il se répand maladroitement en un flot d’excuses, compliments et explications, mon cerveau mouline à toute allure pour traiter l’information : ce n’est pas Baldwin ! Je ne vais pas mourir !

Il lui faut un certain temps pour ordonner à mes muscles tétanisés de se détendre, à mon cœur de se calmer, à mes poumons de rompre leur apnée prolongée. Et quand c’est fait, je suis prise d’un violent fou rire, de ceux, irrépressibles, déclenchés par une nervosité extrême, et qui n’ont rien à voir avec la gaieté. Celui-ci, pourtant, signifie un immense soulagement. Ce n’est pas Baldwin ! Merci mon Dieu ! Ce n’est pas John Baldwin ! Je me suis fait des films. Ce n’est qu’un fan. Mon premier fan !

– Malheureusement, continue Terry Merchant, rassuré de me voir rire, je suis timide. Très timide, voyez. C’est idiot, je sais mais… Il y avait trop de monde à votre stand, mademoiselle Lenoir. Et ces deux hommes aux mines si inquiétantes qui ont l’air d’être vos gardes du corps… je n’avais pas le courage de les affronter. Pas même pour un autographe de vous. Pourtant, j’y tenais, je vous assure. Juste un autographe sur mon livre, un seul mot de votre main, et je serais le plus heureux des hommes.

Il a l’air sincère, cet énergumène. Un peu bizarre, exalté, mais apparemment inoffensif. Et après tout, c’est mon premier vrai fan, je devrais me réjouir, et lui répondre, au lieu de rester plantée là comme un pot de fleurs.

– Enchantée, Terry, dis-je en prenant son livre.

Puis, tout en me creusant la cervelle à la recherche de l’inspiration, je sors mon stylo de ma poche, mon superbe stylo Cartier, cadeau de Roman, et qui est devenu ces dernières heures comme une extension naturelle de ma main. Son poids et sa douceur au creux de ma paume me réconfortent. Il fait une chaleur invraisemblable et je me sens les jambes flageolantes, mais je m’appuie contre le lavabo dans mon dos pour assurer mon équilibre. Merchant s’écarte respectueusement, comme pour laisser à l’artiste l’espace vital indispensable à toute création, et cela me fait sourire. Tandis que je sèche sur sa dédicace, il se baisse pour caresser ce gros benêt de Snoopy qui, toujours étalé dans le couloir, a posé sa tête sur ses chaussures et le contemple avec une sorte d’admiration béate.

– J’avais le même genre de chien, dit Merchant en examinant Snoopy. En un peu moins gros. Mais je me le suis fait voler il y a deux ou trois mois.

– Ah, oui ? demandé-je poliment, tout en essayant de trouver une formule originale et pas trop bateau à écrire sur son livre.

– Oui, incroyable, n’est-ce pas ? J’étais à une soirée, à Miami, et j’avais emmené Hogan, mon chien, avec moi. Hogan, pour Hulk Hogan, voyez ? Le catcheur.

– Je vois, dis-je, avec l’étrange pressentiment, tout à coup, que je suis en fait bien plus concernée par la vie et les déboires de Terry Merchant que je ne l’aurais soupçonné au premier abord.

– Bon, c’était peut-être une erreur d’emmener mon chien à cette soirée, d’accord. Mais ma fiancée venait juste de me l’offrir et j’étais fou de joie. Je ne voulais pas m’en séparer une minute. Et là, voyez, il y a cette fille, jolie mais complètement frappée, et ivre, à tous les coups. Alors, d’accord, tout le monde avait bu. Mais c’est quand même pas une raison pour kidnapper un chien, vous croyez pas ?

Je hoche la tête, compatissante, tandis que je me remémore ma première rencontre avec Snoopy, échoué sur le canapé de mon salon au lendemain d’une fête chez Jack. À Miami. Charlie y avait pris une cuite monumentale, suivie d’une colossale gueule de bois, au terme de laquelle elle avait juré de ne plus jamais boire une goutte d’alcool. Elle s’y était (presque) tenue depuis.

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Informations

Titre Étreinte 12
Auteur
Editeur Editions Addictives
Langue FR
Date de publication 01/04/2015

Droits numériques

Ean EPUB 9791025722695
Type de protection Adobe DRM
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