chargement

Fast - 5

éditeur : Editions Addictives
date de publication :
délai de livraison : Immédiat (à partir de la date de publication)

EPUB

Adobe DRM
2,99 €
Lecture multi-support

Résumé

Extrait

Jo

Tom et moi restons silencieux dans sa voiture de sport. Il conduit prudemment, précédé par une voiture de police, qui nous ouvre le chemin. Agacée, impatiente d’arriver à l’hôpital, je me tourne vers lui avec l’intention de lui demander d’accélérer un peu quand je constate qu’il essuie régulièrement ses larmes d’une main rapide.

Il faut que je me calme, lui aussi a vu l’accident et…

Je secoue la tête, refusant de laisser mes pensées suivre leur cours. J’ai trop peur et en même temps, je me sens froide. Presque morte.

Non, je ne dois pas penser à ce mot. Jamais. Pas encore.

Ça suffit.

Ça m’est déjà arrivé : mon cerveau comprend, mais je suis presque coupée de mes émotions. Sauf que j’ai l’impression d’être traversée par un courant alternatif : la douleur m’arrive par éclairs foudroyants, me vrille le cœur et me donne envie de hurler…

D’ailleurs, j’ai toujours mal à la gorge. J’ai hurlé à m’en déchirer les cordes vocales devant l’accident sur le circuit. Je me revois courir vers les voitures en flammes. Celle de Nate avait quasiment disparu sous le panache d’une fumée poisseuse… Celle de Blake était écrasée, des flammèches bleues se rapprochant dangereusement du réservoir… Celle d’Angus était déjà la proie des flammes… Je me souviens qu’on m’a empêchée de m’approcher trop près. Je crois que c’était un commissaire de piste. Ou Mark ? Oui, sans doute Mark, les bras étaient énormes et tatoués.

Mais entre ce moment-là et maintenant, le trou noir. Le néant.

Je ne dois pas penser à ce mot non plus.

Nous arrivons devant l’hôpital de Manama. Une foule dense en bloque l’accès, mais le véhicule de police avance jusqu’à ce que tout le monde s’écarte. Je baisse la tête en détachant mes cheveux d’un geste brusque. Ma casquette a dû tomber à un moment ou à un autre, je n’ai rien d’autre que ma chevelure pour me dissimuler aux regards. Derrière le volant, Tom se tient raide, mâchoires crispées, gardant les yeux fixés droit devant lui, ignorant les flashs qui se déclenchent autour de nous.

Nous nous garons devant l’entrée principale, où un cordon de policiers nous laisse passer. C’est la folie. Je vois des visages crier, des bouches articuler des questions, des micros tendus au bout d’une forêt de bras, mais tout ce qui me parvient, c’est une bouillie de sons incompréhensibles. Dissociée. Je suis là sans être là. Je suis auprès de Nate. Mon geste pour rattacher mes cheveux quand je pénètre dans le hall climatisé de l’hôpital me rappelle la douceur de ses doigts lorsqu’ils s’emmêlent dans mes longues mèches après l’amour. Chaque fois que je pense à lui, j’ai l’impression que mon cœur se fracasse, explose, brûle… Je suis un crash à moi toute seule. En permanence.

Tom me prend par le coude et me dirige doucement vers la droite. Je marche mécaniquement, le dos droit. Je suis solide, je tiendrai le coup jusqu’à ce que je m’effondre. En attendant… j’avance.

Alors que je suis dans un ascenseur, que mon cœur s’arrête une fois de plus, il me semble qu’un léger choc électrique le fait repartir.

Je suis vraiment sur courant alternatif ?

Je réalise soudain que c’est tout simplement mon téléphone portable qui vibre dans la poche de ma combinaison rouge et or.

Je suis en train de perdre la boule ou quoi ?

La peur au ventre, je regarde mon écran et constate, un peu soulagée, qu’il s’agit d’un SMS de Marina. Je fronce les sourcils et me racle la gorge. Il faut que je me secoue pour rester en prise avec la réalité, si cruelle qu’elle soit.

[Suis dehors, pas possible d’entrer pour les journalistes. Je pense à vous tous. Tiens bon.]

Je tiendrai, promis.

Le message de soutien de ma meilleure amie me fait un bien fou. Elle aussi doit être morte d’inquiétude. Blake et elle se connaissent depuis maintenant des années et sont devenus très amis. Je dois la tenir au courant. Le fait d’avoir quelque chose de concret à faire me donne un peu plus d’énergie. Sans attendre, je rédige une courte réponse.

[Je te dirai dès que je sais quelque chose.]

Décidée, je range mon téléphone et me tourne vers Tom, toujours silencieux. Nous échangeons un regard. J’imagine que le mien est, tout autant que le sien, chargé de détresse et d’espoir…

– Merci de m’avoir emmenée jusqu’ici, fais-je, d’une voix un peu enrouée.

– C’est… C’est rien, répond Tom, toujours sous le choc, lui aussi.

L’ascenseur s’arrête. Tom et moi en sortons, pour nous retrouver aussitôt au milieu d’une salle d’attente improvisée. Apparemment, tout le circuit ou presque s’est précipité ici pour attendre des nouvelles des pilotes accidentés. Personne n’évite mon regard, certains hochent doucement la tête. Tous sont présents pour soutenir ceux qui se battent derrière les portes closes des blocs opératoires.

C’est aussi ça, la Formule 1. Ce n’est pas que le risque, la compétition, le fric, les scandales, la vitesse, c’est aussi ce lien étrange et profond qui nous unit tous les uns aux autres, au-delà de nos désaccords, de nos positions d’adversaires. Les accidents sont inévitables. Nous le savons et pour nombre d’entre nous, nous l’avons déjà expérimenté.

Je me tourne vers Tom, toujours figé sur place.

– Je vais aller chercher un café, tu veux quelque chose ? demandé-je.

– Non, je n’ai besoin de rien.

– Tu es sûr ? On va peut-être devoir attendre longtemps, insisté-je.

Je ne tiens pas particulièrement à le faire boire ou manger, mais je sais que l’attente est plus facile quand on a les mains occupées. Moi-même, je me fous un peu de boire un café, mais marcher jusqu’aux distributeurs, revenir en essayant de ne rien renverser devrait me prendre quelques minutes et il va nous falloir trouver comment tuer le temps…

Mais ta gueule !

Je frissonne, comme si un vent glacé venait de souffler sur mes épaules.

– Ça va, Jo ? s’inquiète aussitôt Tom.

– Oui, oui, c’est juste…

– Je sais, moi aussi, j’ai peur pour eux, me coupe-t-il subitement. Pour Nate, surtout.

Cet aveu, ajouté à mi-voix, me fait aussitôt monter les larmes aux yeux. Impossible de lutter davantage : Nate est là, au mieux grièvement blessé, au pire… Quant à Blake, je n’en sais pas plus. Même chose pour Angus. Malcolm aussi a été emmené en urgence, d’après ce que j’ai compris.

– Putain, gémit Tom en retirant ses lunettes pour se frotter les yeux. Et il y a des victimes dans le public.

– Quoi ? fais-je, pétrifiée.

– Des débris ont volé jusqu’aux premiers rangs, m’explique-t-il, à mi-voix.

Je n’ai pensé qu’à Nate et Blake, quand j’ai vu l’accident, je n’ai pas réalisé que les choses étaient si graves. Sans que je puisse rien y faire, les gros titres qui ont marqué mon enfance me reviennent aussitôt en mémoire. Dans l’accident qui a coûté la vie à mon père, il y avait aussi eu des morts parmi les spectateurs. L’histoire se répète, comme une malédiction.

Lire la suite...

Commentaires des lecteurs

9791025735671
- / 5
  5
  4
  3
  2
  1

Informations

Titre Fast - 5
Auteur
Editeur Editions Addictives
Langue FR
Date de publication 03/04/2017

Droits numériques

Ean EPUB 9791025735671
Type de protection Adobe DRM
Haut